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"La France vue d’ici" : Marseille en photographie

Pays : France

Tags : Marseille, Exposition, La France vue d’ici

Lancé en octobre dernier par Mediapart et le festival photo de Sète - Images singulières, "La France vue d’ici" est un vaste projet photographique. Tous les six mois, cinq photographes qui ont candidaté pour participer au projet, sont choisis par un jury. Leur mission : documenter la situation économique et sociale, les évolutions sociétales, les mutations,… afin de dresser un portrait photographique de la France en crise. Sur une période de plus de deux ans et demi, une trentaine de photographes témoignera de la vie en France aujourd’hui. Nous avons suivi l’une de ces photographes sur le terrain, Yohanne Lamoulère, à Marseille. La série culture de la semaine de Richard Bonnet et Pierre Giraud.

Un projet photographique en construction

Participatif par son mode de financement – une collecte de dons sur le site KissKissBankBank, "La France vue d’ici" se veut également participatif par le fonctionnement de sa plateforme. Sur le site web, une carte interactive et des blogs tenus par les photographes ont vocation à être enrichis par des idées et des commentaires des internautes, comme l’expliquent les initiateurs du projet Sophie Dufau et Gilles Favier dans cette vidéo :

 


 
"La France vue d’ici" s’inscrit dans la lignée de deux initiatives qui ont marqué l’histoire de la photographie : le travail de la section photographique de la Farm Security Administration et la Mission photographique de la Datar. L’objectif était également de dresser un portrait d’une société et d’un territoire à un moment donné de son histoire. La différence : ces deux projets étaient des commandes artistiques certes mais émanant d’institutions gouvernementales.
 
De 1935 à 1942, une trentaine de photographes, sous la direction de Roy Stryker, ont parcouru les Etats-Unis afin de faire un bilan des conditions de vie et de travail des Américains ruraux. Plus de 270 000 images ont été réalisées par ces photographes, choisis pour leur engagement social et politique. Parmi eux, Walter Evans, Dorothea Lange ou encore Russell Lee ont mis en lumière une Amérique en crise. 

 

Invitant les candidats à proposer des projets documentant "la précarité, les alternatives à la crise (…), la désertification industrielle", les initiateurs de La France vue d’ici semblent également vouloir mettre l’accent sur les difficultés traversées par les Français. Différence notable cependant, le travail mené par les photographes de la FSA avait un objectif politique clair : convaincre de l’utilité des réformes du président Roosevelt dans le cadre du New Deal. 

 

 

En France, la Délégation du territoire et à l’action régionale (Datar) lance en 1984 une commande artistique de photographies afin de "représenter le paysage français des années 1980". De 1984 à 1989, Raymond Depardon, Robert Doisneau et 26 autres photographes travaillent sous la direction de Bernard Latarjet, en poste à la Datar et du photographe François Hers. Parmi les 2000 épreuves produites, 1200 sont désormais librement consultables sur le site de la Datar.

 

"Il y a eu une réflexion et une prise de conscience sur l’insuffisance et la médiocrité des représentations du territoire", expliquait Bernard Latarjet. Un constat partagé par les organisateurs de La France vue d’ici, qui déplorent "le manque de photoreportages sur la France d’aujourd’hui" mais tiennent également à souligner leur volonté de créations indépendantes : ils veulent donner accès à des "sujets et à des sources d’information originales qui ne soient pas les traditionnelles institutions syndicales, territoriales ou médiatiques".

 

Léa Desrayaud

Dernière màj le 8 décembre 2016