La France et l’Union européenne face à la création d’un État palestinien

Pays : Palestine

Tags : union européenne, Europe, Israel, Palestine, Reconnaissance

Après l'Espagne, l'Irlande et le Royaume-uni, la France, par l'intermédiaire de ses députés, reconnaît dès à présent un État palestinien. L'Union européenne également. Les élus européens ont débattu de cette question le 26 novembre dernier. Béligh Nabli, directeur de recherche à l’Institut des relations internationales et stratégiques (IRIS) et spécialiste de l’Union européenne, nous aide à comprendre la portée du vote, qui aura lieu mi-décembre.

 

 

 

 

 

Huit pays au sein de l’Union, ont déjà reconnu la Palestine en tant qu’État. Sept d’entre eux (Chypre, Malte, la République tchèque, la Hongrie, la Roumanie, la Bulgarie et la Pologne) l’ont fait avant d’intégrer l’Union européenne, et alors qu'ils étaient encore sous influence soviétique. Le dernier (la Suède) l’a fait très récemment, fin octobre. Ailleurs, ce sont les parlements qui ont pris les devants ces deux derniers mois (Espagne, Royaume uni, Irlande), demandant à leur gouvernement de procéder à une telle reconnaissance. Et ce 2 décembre, c’est au tour de la France. D’autres pays comme le Danemark et la Slovénie, semblent vouloir faire de même. Certains spécialistes n’hésitent plus à parler de tendance.

L'impasse de la colonisation

Béligh Nabli (IRIS), rappelle qu’il s’agit surtout d’une "nouvelle tendance dans le monde occidentale. Dans le reste du monde, en Asie, en Amérique latine ou en Afrique, de nombreux pays l’ont fait depuis longtemps (135 Etats ont déjà reconnu la Palestine, NDLR)". Echaudés par vingt années de tractations qui n’ont rien donné, les Européens ne semblent plus croire en une solution négociée visant à la création de deux États distincts et prennent acte de l’échec des négociations.

La résolution des parlementaires européens, dont le vote a été repoussé au 18 décembre, recommande à tous les pays membres de l’Union, de considérer la Palestine comme État au même titre qu’Israël. Elle n’obligera en rien les Etats membres, mais un vote favorable aurait valeur de signal. "On est au-delà d’un acte symbolique, on est devant un acte volontariste fort qu’on ne saurait ignorer. Un triple signal, explique Béligh Nabil. A la fois en direction des États membres de l’Union européenne, en retrait jusqu’à présent. Mais aussi un acte de soutien à l’autorité palestinienne dans sa stratégie diplomatique, et enfin un signal au gouvernement israélien, consistant à rappeler que sa stratégie d’occupation et de colonisation constitue une impasse."

La reconnaissance d'un État viable

Un triple signal d’ailleurs renforcé par la position très en pointe de la Haute commissaire aux Affaires étrangères, "qui a très clairement affiché une ambition en la matière en faveur de la reconnaissance rapide d’un Etat viable, une ambition affichée dès sa prise de fonction", souligne Béligh Nabil. Sur le plan diplomatique, les relations de l’UE avec Israël ne changeront pas beaucoup. Car les leviers existants ne sont jamais actionnés. "L’accord d’association avec Israël n’a jamais été remis en cause, malgré le non-respect de certaines valeurs fondamentales comme les droits de l’Homme", rappelle Béligh Nabil.

Mais avec ce  vote des parlementaires, l’UE enverrait un message qui encouragerait la Palestine à poursuivre son offensive diplomatique. Déjà observateur non membre de l’ONU depuis 2012, la Palestine garde en tête son projet de résolution au Conseil de sécurité demandant le retrait d’Israël des Territoires occupés, d’ici 2016.

 

Qui reconnaît l'Etat palestinien ?

Survolez les pays pour connaître la date à laquelle ceux-ci ont reconnu l'Etat palestinien.

Le processus de reconnaissance remonte au 15 novembre 1988, quand l'Organisation de libération de la Palestine a unilatéralement proclamé l'indépendance du pays à Alger. Dans la foulée, quatre-vingt-trois Etats, en majorité des pays d'Afrique, du Moyen-Orient, d'Asie et du feu bloc soviétique, reconnaissent officiellement cette nouvelle nation. D'autres vont progressivement suivre le mouvement, dont des pays d'Amérique latine entre 2009 et 2011. Parmi les régions du monde, seules l'Europe de l'Ouest, l'Amérique du Nord et l'Océanie manquent de façon flagrante à l'appel - hormis la Suède, dernier pays en date à avoir reconnu l'Etat palestinien, le 30 octobre 2014.

Et l’Allemagne dans tout ça ?
L’Allemagne juge contre-productif toute reconnaissance d’un État palestinien en l’état actuel des choses. La chancelière Angela Merkel a déclaré récemment que la "reconnaissance unilatérale d’un tel État ne permettrait pas d’avancer vers l’objectif d’une solution à deux États". Pour Udo Steinbach, politologue allemand spécialiste du Proche Orient, l’Allemagne reste très réticente à franchir le pas, car " le gouvernement ne veut rien décider sans avoir l’accord d’Israël. Mais la frustration augmente tous les jours à Berlin, car on sait qu’il faut abandonner cette politique frileuse", explique-t-il. D’un autre côté, le gouvernement allemand reste très pragmatique. "Si tout le monde acceptait la reconnaissance de la Palestine, cela nuirait fortement aux relations économiques des pays européens avec Israël", ajoute Udo Steinbach.