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La France est-elle prête à faire face à la menace chimique ?

Pays : France

Tags : armes chimiques, attentat, Paris, Valls

A la suite des attentats de Paris, les autorités françaises ont renforcé la sécurité pour faire face à une menace chimique ou bactériologique. Le Premier ministre Manuel Valls a évoqué cette hypothèse devant l'Assemblée nationale la semaine dernière. Les services d'urgence se tiennent prêts et la protection des sites sensibles a été renforcée depuis le vendredi 13.

Sécurité : la menace chimique et bactériologique

Quels sont les risques que les organisations terroristes font peser sur la sécurité internationale ? Andrew Weber, secrétaire d’Etat à la Défense américain attaché aux programmes nucléaires, chimiques et biologiques de 2009 à 2014, répond à cette question :

Andrew Weber : les dangers des armes chimiques

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>> Qu’est-ce qu’une arme chimique ?
Quatre tonnes de sarin suffisent à tuer la moitié des êtres vivants présents sur une surface enclose de 1 km2, alors qu’il faut 20 tonnes de gaz moutarde. Quatre tonnes de gaz VX peuvent provoquer plusieurs centaines de milliers de morts dans une zone urbaine densément peuplée. Quels sont ces gaz ? Lesquels sont employés par les armées et contre les populations ? Quand sont-ils considérés comme une arme chimique ? Quels effets provoquent-ils ?

Le mandat de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques souffre de lacunes régulièrement pointées du doigt. Une des principales préoccupations des spécialistes est qu’il ne couvre que les activités des Etats officiels, et non les potentiels méfaits des organisations non-étatiques, telles que les sectes ou les groupes terroristes. La guerre qui fait rage en Ukraine et la brutale émergence de l'ISIS, conflits hors de tout radar législatif ou sécuritaire, ont mis à jour ces problématiques. Fin janvier, les services de renseignements américains ont annoncé la mort de "Abou Malik", un expert en armes chimiques de l’organisation terroriste ISIS, dans un raid de la coalition en Irak. Après avoir travaillé dans l'usine Al-Muthanna de Saddam Hussein, il a rejoint Al-Qaïda en 2005, puis Daech, et a été tué avant de pouvoir mettre ses compétences technologiques au service du terrorisme. Néanmoins l'ISIS a été suspecté d'utiliser de la chlorine contre l'armée irakienne, ainsi que contre les Kurdes, qui ont déjà tenté d'alerter la communauté internationale dès l'automne dernier.

Les agences de renseignement du monde entier savent que ces personnes cherchent à se munir de l’arme chimique depuis des années. Les risques sont multiples : qu’ils parviennent à mettre au point de larges quantités de produits toxiques, mais aussi qu’ils mettent la main sur des lieux où sont stockés d’anciens armements chimiques. Par exemple, les contenus des deux bunkers 13 et 41 situés à Al Muthanna, reliquats du programme chimique de Saddam Hussein, sont encore intacts, leur démantèlement accusant un grand retard à cause des troubles dans la région ; il est par ailleurs impossible pour les autorités irakiennes de fournir un descriptif détaillé du contenu de ces bunkers puisque d’importants documents officiels se trouvent sous scellés jusqu’en 2038 ou 2068 dans les archives des Nations unies à New York. 

L’arme chimique est une arme de choix pour ce genre de groupuscule car elle tue rapidement, de façon indistincte, provoque une panique ainsi qu’une large couverture médiatique. En 1988, le président du Parlement iranien Hashemi Rafsanjani, décrit les armes chimiques et biologiques comme "l’arme atomique du pauvre".

Ce n’est évidemment pas à la portée de n’importe quel groupuscule d’orchestrer une attaque d’ampleur, mais concernant les armes chimiques, les spécialistes estiment qu’une petite équipe de chimistes expérimentés, avec à disposition quelques milliers à quelques millions de dollars peuvent mettre au point des quantités décentes de gaz, simples à fabriquer et à manipuler. Par exemple, la secte Aum, responsable de la double attaque au Japon dans les années 1990 avait réussi avec 30 millions de dollars à se fournir en matériel grâce à des sociétés-écrans, à construire des laboratoires bien équipés, et à produire plusieurs centaines de tonnes de 40 produits chimiques différents. Une estimation suggère que tout ce matériel utilisé à pleine puissance aurait pu aboutir à 50 tonnes d’armes chimiques et tuer 4,2 millions de personnes. 

Dernière màj le 8 décembre 2016