|

La droite, gagnante des élections législatives au Portugal

Pays : Portugal

Tags : élections parlementaires, Crise économique

La coalition de droite menée par le premier ministre portugais sortant, Pedro Passos Coelho, a remporté les élections législatives au Portugal. Elle obtient 38,6% des voix, composée du parti social-démocrate PSD et des chrétiens-démocrates du CDS. Ce résultat ne permet pas à la droite de bénéficier d’une majorité absolue au Parlement. La coalition pourrait être renversée par les partis de gauche, majoritaires avec 50,9% des voix. En attendant les élections présidentielles prévues en janvier 2016, le nouveau Parlement doit assurer la stabilité tout en poursuivant la politique d’austérité entamée en 2011.

 

Des élections sous le signe de la crise

Après quatre ans d'austérité, le premier ministre portugais Pedro Passos Coelho a réussi son tour de force en remportant les élections législatives du 4 octobre. Il était pourtant donné perdant dans les sondages, avec 39% d'opinions défavorables dans les derniers sondages. Élu en 2011 sur la base d’un programme d’austérité, son parti de centre droit PSD a imposé au pays une sévère cure d’austérité en échange d’un plan d’aide de 78 milliards d’euros accordé par l’Union européenne et le FMI.

Coupes dans les salaires des fonctionnaires, hausse du temps de travail, suppressions de jours fériés, baisse des retraites, augmentation de 40% des impôts... autant de réformes que les électeurs ont eu à subir ces dernières années. Discret pendant la campagne, le premier ministre à l’origine de ces mesures s’appuyait sur le retour timide de la croissance pour rester au pouvoir. Il préconisait la poursuite d’une politique de rigueur, la reprise du marché immobilier, une hausse des exportations et des investissements ainsi qu’un allègement des impôts. Sans enthousiasme, les électeurs ont choisi la continuité en reconduisant sa coalition avec le parti populaire CDS. "La politique fiscale du premier ministre a été fortement critiquée ces dernières années", reconnaît Zsolt Darvas, chercheur au think tank européen Bruegel, spécialisé sur les questions économiques. "Mais sa rigueur politique a payé et a permis à l’économie de se redresser. Les électeurs le reconnaissent."

 

"Quelle que soit la tournure politique au Parlement, la reprise économique est lancée et soutenue par l'Union."

Zsolt Darvas, chercheur au Bruegel

Le Parlement dans l’impasse après les résultats

Les députés de la coalition obtiennent 104 sièges au Parlement, un score inférieur aux 116 mandats nécessaires pour gouverner seuls. Les deux partis de droite totalisent 38,6% des voix, contre 50,4% en 2011 et devront donc composer avec les autres forces politiques. Le PS, arrivé second avec 32,4% des voix et 85 sièges, est invité à s’allier avec eux mais le leader Antonio Costa, soucieux de conserver une position centrale malgré la perte de sièges par rapport à 2011, a répété sa volonté de voir le Portugal "tourner la page de l’austérité".

En troisième position, le Bloc de gauche, un parti anti-austérité proche de Syriza en Grèce, s’est imposé avec 10,2% des voix contre 5,2% en 2011. Il est suivi par les écologistes communistes, en hausse également par rapport à 2011, avec 8,3% des suffrages. A eux trois, ces partis de gauche sont majoritaires dans le nouveau Parlement. Ils cumulent 50,9% des voix et pourraient former une coalition alternative à la droite. Pris à la gorge, le premier ministre se dit prêt à faire des concessions avant les élections présidentielles prévues en janvier 2016. Mais quel que soit le résultat, les Portugais ne pourront être rappelés aux urnes avant juin 2016 car la Constitution interdit la dissolution du Parlement durant les six mois précédant ou suivant l’élection présidentielle.

 

Quel avenir pour un pays tout juste sorti de la crise ?

Le soir des élections, M. Passos Coelho s'est dit prêt à former un nouveau gouvernement avec d’autres forces politiques comme le Parti socialiste, tout en insistant sur la nécessité de tenir ses engagements envers les investisseurs étrangers et de mettre en oeuvre les réformes importantes que cela nécessite. Il a souligné que le PS avait jusqu'ici partagé son "attachement à l'Union européenne et à la monnaie unique".

L’objectif à court terme pour le nouveau Parlement est de voter le budget 2016 en poursuivant la politique d’austérité pour réduire la dette et maîtriser les comptes publics. Si le pays est sorti en mai 2014 de la tutelle de la Troïka, son redressement est encore fragile. Avec un chômage qui tutoie les 12%, Lisbonne a dû revoir à la hausse son déficit budgétaire de 4,5% à 7,2% alors que son taux d’endettement demeure supérieur à 130%. "Depuis que le pays a quitté le programme d’assistance financière de l’Union, il est à nouveau soumis aux mêmes règles européennes que les autres", analyse Zsolt Darvas. "Quelle que soit la tournure politique au Parlement, le mécanisme de reprise économique est lancé et contrôlé par l'Union."

Le Portugal n’est pas le seul pays à voir triompher les partis favorables à l’austérité. En Espagne, le gouvernement de Mariano Rajoy, qui a succédé aux socialistes fin 2011, a lui-aussi multiplié les mesures d'austérité pendant la crise. Comme son homologue portugais, il briguera un nouveau mandat à l'occasion des élections législatives prévues en décembre.

Dernière màj le 8 décembre 2016