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Pour l’ONU, Julian Assange doit être libéré et indemnisé

Pays : Royaume-Uni

Tags : Wikileaks, Equateur, Julian Assange

Le fondateur du site WikiLeaks Julian Assange a appelé vendredi le Royaume-Uni et la Suède à le laisser libre, après quatre ans de détention dans l'Ambassade d'Equateur à Londres. La requête est confortée par l'arbitrage d'un comité de l'ONU. Ce dernier était cependant divisé au moment du vote. Décryptage

 

Quel est le lien entre Julian Assange et l'ONU?

Le "cyber-warrior", privé de liberté, a choisi de lier son sort à une décision de l’ONU. Ayant épuisé toutes les voies de recours classiques, Julian Assange a porté plainte en 2014 auprès d’un groupe de travail de l’ONU (WGAD) pour détention arbitraire contre la Suède et la Grande-Bretagne.

Les experts onusiens ont tranché la question vendredi. Ils appellent les autorités suédoise et britannique à mettre fin à la détention de Julian Assange et à respecter son droit à être indemnisé.

Le gouvernement suédois se dit "en désaccord" avec cette position. "La conclusion du groupe de travail de l'ONU est franchement ridicule", a pour sa part réagi le Secrétaire d'État aux Affaires étrangères britannique Philip Hammon . Selon lui, Julian Assange est une "faille dans la loi", un "fugitif" qui a "trouvé le moyen d'échapper à la justice". 

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Julian Assange, "cyber-warrior" en cage.

Le cofondateur de Wikileaks est confiné depuis quatre ans à Londres à l’Ambassade d’Equateur, et s’expose à une arrestation s’il en sort. Cette semaine, Julian Assange a annoncé qu’il accepterait de se rendre si jamais l’ONU approuvait sa détention. L’hacktiviste était décidé à sortir de l’Ambassade vendredi midi pour se laisser arrêter par la police britannique. Mais, ayant obtenu le soutien de l’ONU, l’Australien a exigé la restitution de son passeport pour rejoindre librement Quito.

Les déclarations de Julian Assange 

Pour faire suite au verdict tant attendu, Julian Assange s'est exprimé vendredi lors d'une conférence de presse. Amaigri et le teint pâle, il a salué "une victoire significative qui m'a redonné le sourire". Les conclusions du groupe d'experts de l'ONU sont "contraignantes" et constituent une "preuve" du caractère arbitraire de sa détention.

Les lois nationales, selon ses mots, doivent se plier à ce jugement d'un niveau légal supérieur. Si les autorités suédoise et britannique campent sur leurs positions, elles seront attaquées par voie diplomatique, a-t-il averti. Julian Assange a en outre jugé les déclarations de Philip Hammond, qui a qualifié de "ridicule" le verdict de l'ONU, "insultantes", et "pas dignes" d'un Secrétaire d'Etat.

 

 

 
Quel est ce fameux groupe de travail de l’ONU décisionnaire (WGAD) ?

Le groupe de travail des Nations unies sur la détention arbitraire (WGAD) a été créé en 1991 par la Commission des droits de l’Homme. Basé à Genève, il compte cinq experts de droit international. Il examine les plaintes individuelles, et enquête sur les cas illégitimes de détention. Ses décisions reposent souvent sur un consensus entre ses membres.


Ses arbitrages ont une grande portée symbolique à défaut d’être contraignante. Le groupe avait notamment appuyé la libération de l’opposante à la junte birmane Aung San Suu Kyi en 2010, ou celle du journaliste du Washington Post Jason Rezaian, détenu dix-huit mois en Iran.

Le groupe de travail onusien a tranché à trois contre un sur le cas Assange, l'un des membres s'étant désisté en raison de sa nationalité commune avec le plaignant. L'expert d'origine ukrainienne qui n'a pas soutenu le "cyber-warrior", Vladimir Tochilovsky, estime que son cas n'est pas du ressort du WGAD. "M. Assange n'est pas détenu à l'ambassade d'Equateur ; il utilise ce lieu pour échapper à un mandat d'arrêt", a-t-il notamment argué.

Selon le groupe de travail, la Suède et le Royaume-Uni seraient libres de fixer le montant de la compensation à Julian Assange.

 

Pourquoi Assange est-il poursuivi ?

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Plusieurs pays recherchent activement Julian Assange pour le traduire en justice. D’abord, l’hacktiviste est dans le collimateur de la justice américaine. Il a en effet publié 500 000 documents secrets sur l'Irak et l'Afghanistan, et 250 000 communications diplomatiques via son site WikiLeaks. En Suède, on l’accuse en revanche d’avoir commis un viol en août 2010.

Un mandat d’arrêt européen a été émis contre lui. S’il sort de l’Ambassade, la police britannique aura alors l’obligation de l’extrader en Suède. Un risque que le quarantenaire refuse de prendre. Pas question de se voir juger aux Etats-Unis, puisque dans ses communiqués, il estime légitime la publication de ces documents secrets. En outre, il craint de subir de mauvais traitements sur le sol américain.

En 2010, Luc Hermann et Paul Moreira, deux journalistes de l’agence de presse Premières Lignes, ont suivi pour ARTE Reportage Julian Assange. Le fondateur du site WikiLeaks vivait alors caché, sans téléphone portable pour qu’aucune machine ne puisse identifier sa position. Le nouveau contre-pouvoir de WikiLeaks était en marche vers une révolution qui allait bouleverser le rapport des citoyens à l’information. Reportage.

 
Que contient la plainte d’Assange à l’ONU ?

Des questions sur WikiLeaks ?

Retrouvez les réponses des deux journalistes aux questions des internautes. 

Dans le courrier qu’il a adressé au groupe de travail onusien, Julian Assange regrette de n’avoir pu jouir du droit à l’asile que lui a accordé l’Equateur en 2012. En effet, il souhaitait pouvoir se rendre à Quito mais n’a jamais pu atteindre l’aéroport. Le quadragénaire explique que ses conditions de vie en détention sont inacceptables. Selon lui, son intégrité physique et sa sécurité ne seraient pas garanties.

 

L’Ambassade, située dans le quartier londonien de Knightsbridge, n’offrirait aucun confort. Le chef de WikiLeaks doit vivre dans une pièce de 30m2 faisant office de chambre et de bureau. L’accès aux soins médicaux lui serait difficile, et il se dit constamment surveillé. Julian Assange estime aussi être l’objet d’une campagne diffamatoire aux Etats-Unis, où  il est présenté comme "ennemi public numéro un".

 
Qui est Julian Assange ?

Né en 1971 en Australie, Julian Assange est co-fondateur et rédacteur en chef de WikiLeaks. Ce site se destine à informer le public des actions du monde politique ou financier par la diffusion d’un média indépendant, au nom de la liberté d’expression. Pour ce faire, Wikileaks compte sur la contribution d'informateurs anonymes, dont les sources sont gardées secrètes. Des milliers de documents ont déjà été publiés, faisant éclater au grand jour des scandales de corruption ou de violations des droits de l'Homme.​ En 2010, Assange s'attire les foudres de Washington en mettant en ligne les "War Logs", documents classés secret-défense dévoilant des abus commis par l'armée US en Afghanistan et en Irak. Soutenu par de nombreux défenseurs des droits de l'Homme, il est sacré "homme de l'année" 2010 par Time magazine et Le Monde.

Julian Assange en chiffres : 

 

  • 1 886 jours de détention (source gowaste.co.uk)

  • 20 millions en surveillance policière autour de l'Ambassade d'Equateur

  • 50 policiers dénombrés autour de l'Ambassade par jour jusqu'en novembre dernier

  • 10 millions de documents publiés sur WikiLeaks depuis sa création (selon le site)

  • 250 000 câbles diplomatiques issus de 274 ambassades américaines, publiés en 2010

  • 500 000 documents secrets sur l'Irak et l'Afghanistan publiés la même année

 

Dernière màj le 6 février 2017