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La crise grecque révèle la fracture franco-allemande

Pays : France, Allemagne

Tags : Grèce, Crise économique, Euro

C’est officiel : la Grèce reste dans la zone euro. En tout cas, pour l’instant. L’accord a été négocié le "pistolet sur la tempe" selon des négociateurs grecs, au terme d’un marathon de dix-sept heures de discussions, dans la nuit de dimanche à lundi. Partisans de l'orthodoxie allemande, ou porte-parole d'une plus grande souplesse, la crise grecque divise les idéologues de l'économie. ARTE Info a interviewé deux économistes aux positions radicalement opposées, pour mieux comprendre ce qui les sépare.

Le premier ministre Alexis Tsipras a avalé les réformes drastiques comme autant de couleuvres, pour obtenir l’argent frais qui fait aujourd’hui cruellement défaut à son pays, au bord de la faillite. Et ce, malgré le référendum du peuple grec, qui avait opté à plus de 60% contre le premier programme de réformes. Sur Twitter, l’accord a été dénoncé comme un "coup d’état", sous le hashtag #Thisisacoup. Même des prix Nobel d’économie se sont joints à la mêlée. Joseph Stiglitz réclame de supprimer purement et simplement la dette de la Grèce, estimée à 300 milliards d’euros. Et Paul Krugman se fend d’une tribune dans le New York Times pour clouer l’austérité au pilori. Le couple franco-allemand affiche son unité sur la question. Mais dans les faits, les orientations économiques et la lecture politique de la crise par les deux pays semblent difficilement conciliables. 

Un accord conclu le "pistolet sur la tempe"

Athènes s'engage maintenant à appliquer ce qu'elle combattait jusque-là avec force : une réforme du système de retraites, une hausse de la TVA et de la fiscalité, la "modernisation" du marché du travail, et, surtout la mise en place d'une tutelle de la troïka (Commission européenne, Fonds monétaire international, Banque centrale européenne), de retour sur le sol grec pour "guider" le pays sur la voie de la vertu budgétaire. L'Europe contraint la Grèce à "normaliser" ses relations avec les institutions europénnes. Une manière de mater la rébellion. Nouveauté de ce programme d'aide, qui devrait débloquer 82 à 86 milliards d'euros pour les trois prochaines années: le gouvernement d'Alexis Tsipras doit mettre en oeuvre un programme de privatisation pour dégager 50 milliards d'euros.

Orthodoxie vs. souplesse

Clemens Fuest, président du Centre de recherches économiques européennes de Mannheim, et futur directeur de l'Institut de recherche économique de Munich, prône le Grexit, soit la sortie de la Grèce de la zone euro, comme seule solution aux troubles européens. Eric Toussaint, membre d'Attac et porte-parole du réseau international du comité pour l'annulation de la dette du Tiers-Monde, opte, lui, pour l'annulation de la dette, et a d'ailleurs mené l'audit sur la dette grecque commandé par Syriza.

 

 

Dernière màj le 8 décembre 2016