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La communauté du logiciel libre se défend contre la surveillance

Pays : Belgique

Tags : Internet, FOSDEM

La plus grande rencontre de "Free and Open Source Software" (FOSDEM) s’est tenue à Bruxelles le 31 janvier et le 1e février, rassemblant près de 5 000 programmeurs, développeurs et utilisateurs. Liberté d’expression et protection de la vie privée sur Internet sont les principes fondateurs de la communauté du logiciel libre. C’est d’ailleurs pour cette raison que ses membres élaborent des systèmes d’exploitation qui restent hors de portée du contrôle des sociétés commerciales comme Microsoft ou Apple. Nous leur avons demandé ce qu’ils pensent des propositions des hommes politiques qui veulent encore renforcer la surveillance d'Internet, après les attentats terroristes commis à Paris.

Blocage d’Internet, filtres, plus aucun cryptage ?

La discussion a de nouveau éclaté après les attentats de Paris : comment lutter contre le terrorisme et la radicalisation sur Internet ? Les hommes politiques européens se sont précipités sur ce sujet avec leurs propositions. Le ministre de l’Intérieur allemand Thomas de Maizière a donc exigé le blocage des sites islamistes radicaux, et demandé à ce que les fournisseurs d’accès à Internet s’engagent à filtrer les contenus radicaux. Le Premier ministre britannique David Cameron a, lui, appelé à la fin du cryptage des données sur Internet.

"Le service de renseignement britannique a exploité les lacunes de Cameron sur le sujet"

L’avocat new-yorkais Aaron Williamson s’est spécialisé dans les questions du logiciel libre, de la vie privée et de la surveillance sur Internet. Lors du FOSDEM, il a tenu une conférence sur la lutte entre, d’un côté, les services de renseignement et la sphère politique, qui demandent de plus en plus de surveillance, et, de l’autre,  les activistes du net. 

"La manière dont David Cameron introduit le cryptage dans la discussion est cynique. Il n’y a aucune preuve que les terroristes de Charlie Hebdo ont utilisé le cryptage pour communiquer. Cette tragédie est instrumentalisée par les politiciens." Un comportement, qu’Aaron Williamson a souvent constaté, ajoutant : "Les services de renseignements électroniques du gouvernement britannique, le GCHQ, ont exploité les lacunes de Cameron sur le sujet."

 

"Pourquoi les citoyens ne pourraient-ils pas utiliser davantage le cryptage ?"

La Free Software Foundation Europe intervient auprès des Parlements et des gouvernements pour promouvoir les logiciels libres et appelle les internautes à crypter leurs emails pour protéger leur vie privée. Son vice-président Matthias Kirschner répond aux propositions de David Cameron et Thomas de Maizière :

"Nous avons déclaré qu’il était important que la société puisse contrôler la technologie, et que les données publiées sur Internet restent privées et sécurisées. Que ferons-nous lorsque les banques n’auront plus le droit d’utiliser des connexions cryptées ? Et pourquoi les citoyens ne pourraient-ils pas utiliser davantage le cryptage ?"

"Emails sind wie Postkarten - außer man verschlüsselt sie."

 

"Les hommes politiques ne sont pas forcément très transparents"

Un collaborateur du projet Tor (voir encadré), qui souhaite rester anonyme, déclare :

"Les hommes politiques qui exigent cela devraient nous communiquer leur mot de passe pour accéder à leurs emails. Ainsi nous pourrions voir s’ils n’ont rien à cacher. Ensuite, ils devraient aussi installer une caméra dans leur salon. Les hommes politiques ne sont pas forcément très transparents, nous ne devrions pas leur faire confiance."

Selon la communauté du logiciel libre, la réponse à cette montée en puissance de la surveillance sur Internet pourrait être de s’engager davantage pour des logiciels libres, le cryptage des données et la liberté d’expression, surtout depuis les révélations d’Edward Snowden sur la surveillance menée par la NSA.

Crypter des emails et naviguer sur Internet en conservant son anonymat : pour cette communauté, il s’agit là de droits fondamentaux.

 

Logiciel libre et Open source
La majorité des ordinateurs et des téléphones portables fonctionnent avec des logiciels d’exploitation produits par des entreprises commerciales. Les utilisateurs ou les programmeurs ne peuvent pas avoir accès aux logiciels ou les modifier. L’idée du logiciel libre : les programmeurs travaillent de concert sur Internet pour développer des applications et des systèmes d’exploitation, tout le monde peut avoir accès au code du logiciel et l’utiliser à sa guise, et lorsque quelque chose est amélioré, il doit de nouveau être mis à la disposition de la communauté. Un grand nombre de programmes développés sur cette base, à l’image de Mozilla Firefox, Libre Office ou du système d’exploitation Linux, sont désormais utilisés sur la majorité des serveurs sur Internet. Les logiciels de cryptage font également partie de cette liste. Le logiciel est gratuit, n’importe qui peut le télécharger et l’installer. 

Le service d’anonymisation Tor
Avec le logiciel Tor (acronyme de The Onion Router), les internautes peuvent rendre anonymes leurs données de connexion. Normalement, lorsqu’un utilisateur visite un site Internet, le serveur du site retrace l’adresse IP de l’ordinateur utilisé. Tor renvoie ces données sur plusieurs ordinateurs et les crypte, afin qu’il ne soit plus possible de déterminer le lieu depuis lequel l’utilisateur s’est connecté. Ceci permet notamment aux  citoyens, qui militent pour leurs droits dans des pays au régime dictatorial, de ne pas être poursuivis pour leurs activités sur Internet.

Dernière màj le 8 décembre 2016