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La Commission Européenne, fan des énergies fossiles ?

Pays : Europäische Union

Tags : Cañete, GPL, tafta

Alors que Greenpeace a dévoilé 248 pages confidentielles sur la négociation TAFTA/TTIP, il n’est pas inutile de se pencher sur les positions défendues par la Commission Européenne. Le commissaire à l’énergie,  Miguel Arias Cañete, est notoirement favorable aux énergies fossiles et en particulier au gaz de pétrole liquéfié (ou GPL). Comment expliquer ces choix, sont-ils les bons ? ARTE fait le point avec trois experts.

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Notre dossier sur le TAFTA.

Ce n’est pas un secret : le Commissaire européen au Climat et à l’Energie Miguel Arias Cañete est un adepte des énergies fossiles. Actuellement, en tant que Commissaire européen au Climat et à l’Energie, il est en charge du projet d’"Union de l’énergie".  Objectif: renforcer la coopération européenne en matière d’énergie. Il est question de sécurité d’approvisionnement, de durabilité et de compétitivité. Un autre objectif est de nature géopolitique : la réduction de la dépendance face à la Russie. Pour toutes ces raisons Cañete s’engage pour le GPL, le gaz liquide, qui peut être plus facilement transporté que le gaz naturel. "C’est un objectif clé de l’Union de l’énergie, que tous les Etats-membres aient accès aux marchés du GPL.", dit une porte-parole de la commission.

 

Mais cette priorité pour le GPL surprend, car depuis la COP21 les grands états se sont mis d’accord publiquement pour réduire les carburants fossiles. Claudia Kemfert, de l’Institut allemand pour la recherche économique DIW souligne, que l’Europe devrait à tout prix s’éloigner des carburants fossiles pour réduire ses émissions de CO2. La même chose vaut pour l’énergie nucléaire, car ses coûts explosent. "Les énergies renouvelables gagnent en intérêt car les coûts continuent de baisser. Mais nous avons besoin d’objectifs concrets pour faire avancer le développement des énergies renouvelables en Europe, l’efficience énergétique et la protection du climat. J’aimerais bien que les Commissaires européens Arias Cañete et Sevcovic défendent énergiquement ces objectifs au sein de l’Union de l’énergie."

 

Conflit d’intérêt ?

Pour comprendre cette politique, la biographie du commissaire peut éventuellement donner des pistes. Cañete a travaillé pour l’industrie pétrolière, il a été pendant plusieurs années le président de la société pétrolière Petrolifera, sa famille détient des parts dans de grandes sociétés du secteur pétrolier.  Et il a été révélé récemment qu’elle  possède également des sociétés offshore au Panama.

Pendant son mandat de ministre de l’environnement espagnol de 2011 à 2014, il n’a pas montré d’engagement pour les énergies renouvelables. Au contraire : il a stoppé son développement en Espagne. De nombreux investisseurs privés de centrales photovoltaïques ont fait faillite suite à cette décision. En contrepartie, Cañete a relancé le forage de puits pour l’exploitation de pétrole et de gaz de schiste.

 

Nous autres Européens aimons pointer du doigt les pays en voie de développement et leurs conflits d’intérêts. Mais nous ferions mieux de commencer par balayer devant notre porte.

Thomas Porcher

Thomas Porcher est spécialiste dans le domaine de l’énergie et professeur à la Paris School of Business. Il critique vivement le fait que  Cañete détient le poste pour déterminer l’avenir de la politique énergétique européenne. "Ce qui se passe en Europe est incroyable. Nous autres Européens aimons pointer du doigt les pays en voie de développement et leurs conflits d’intérêts. Mais nous ferions mieux de commencer par balayer devant notre porte."

 

De mal en pis ?

Certes Cañete a des planss pour les énergies renouvelables : Il prévoit de proposer en 2016 de nouvelles règles de marché pour les intégrer de manière efficace et pour développer de nouvelles infrastructures. En même temps il prépare de nouvelles importations de gaz liquide en grand volume. Cela va réduire le chiffre d’affaire de l’industrie russe et monter les bénéfices des autres pays. Le Qatar en est l’un des plus importants producteurs. La politique européenne engendre du coup de nouvelles dépendances face à des partenaires  peu démocratiques.

Le GPL est un carburant fossile issu du raffinage du pétrole ou un résidu de l’extraction du pétrole et du gaz naturel. Le GPL peut être utilisé pour le chauffage, les cuisinières et en tant que carburant de véhicule. Contrairement au gaz naturel, le GPL n’est pas transporté par pipelines, mais par de grands cargos, par wagon-citerne ou par camion-citerne. Le plus grand exportateur de GPL est le Qatar.

Thomas Porcher explique ainsi ce nouveau développement : "On peut parler d’une grande guerre froide des énergies.  Cañete est pris dans ce vieux modèle opposant les Etats-Unis et la Russie. Cet ancien conflit politique et géopolitique est toujours d’actualité et il conditionne la pensée actuelle. Il est toujours question d’isoler la Russie."

 

Le TAFTA pour le gaz de schiste ?

 Cañete se bat pour le très controversé traité de libre-échange transatlantique. Il en a besoin pour importer en Europe le gaz de schiste en provenance des Etats-Unis.

Thomas Porcher

Mais Cañete a également prévu d’importer du gaz en provenance d’Australie et des Etats-Unis. "Il se bat d’ailleurs dans ce contexte pour le très controversé traité de libre-échange transatlantique.  Il en a besoin pour importer en Europe le gaz de schiste en provenance des Etats-Unis", explique l’économiste.

 

La spécialiste en gestion de l’énergie Claudia Kemfert est également très critique vis à vis de ce traité de libre-échange : "Le TAFTA recèle de graves dangers pour l’Europe. Il suffit de se souvenir du cas Vattenfall pour réaliser à quel point les recours à l’arbitrage de la part de sociétés peuvent coûter cher à l’Etat. C’est là un très grand problème. Le TAFTA risque même d’entraver la course de l’Europe."

Néanmoins, Claudia Kemfert voit certains avantages dans le GPL, mais essentiellement d’un point de vue économique : "Il existe actuellement une suroffre de GPL. Il est très peu cher. En plus, en Europe, nous disposons partout de terminaux de GPL qui n’exploitent pas toutes leurs capacités. On peut ainsi considérer le GPL comme énergie de transition."

 

Nous nous enfermons pour les prochaines 50 années dans un système basé sur une énergie fossile polluante

Pascoe Sabido

Il faut cependant rester méfiant face au terme d’ "énergie de transition", estime Pascoe Sabido du laboratoire d’idées "Corporate Europe Observatory" à Bruxelles. "L’argument est que le GPL est simplement une énergie de transition vers un avenir durable, mais en vérité, nous nous enfermons pour les prochaines 50 années dans un système basé sur une énergie fossile polluante alors que nous devrions investir dans les énergies renouvelables. C’est parfait pour l’industrie pétrolière et gazière, mais désastreux pour tous les autres."

 

Miguel Arias Cañete – lobbyiste de l’industrie pétrolière ?
L’homme politique espagnol Miguel Arias Cañete est Commissaire européen au Climat et à l’Energie depuis 2014. Entre 2011 et 2014, il a été ministre de l’Agriculture, de l’Alimentation et de l’Environnement en Espagne et a autorisé l’exploitation du gaz de schiste dans son pays. Son gouvernement a également été critiqué pour avoir freiné le développement des énergies renouvelables.
La nomination d’Arias Cañete a également été vivement critiquée en raison de conflits d’intérêts : En effet, Arias Cañete a longtemps été président de deux compagnies pétrolières. Malgré le fait qu’il ait déclaré avoir vendu ses parts dans les deux sociétés, au sein desquelles des membres de sa famille tiennent d’ailleurs des postes importants, l’ONG environnementaliste allemande "Deutsche Umweltstiftung" basée à Mainz considérait encore Arias Cañete comme un lobbyiste de l’industrie pétrolière en 2014. 
Cañete​ polarise avant son nomination au poste de commissaire à l’énergie​. Le reportage du ARTE Journal pour vous remémorer les faits :

EU-Anhörungen: Umstrittener Kommissar
UE : un commissaire sur la sellette UE : un commissaire sur la sellette UE : un commissaire sur la sellette