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La classe politique libanaise aux ordures !

Pays : Liban

Tags : Liban, Ordure, crise

Tôt ce matin, la police a évacué manu militari une vingtaine d'activistes entrés en force au ministère de l'Environnement pour réclamer la démission du ministre Mohammad Machnouk. Les tensions ne retombent pas dans la capitale du Liban depuis le 19 juillet, jour depuis lequel les ordures ne sont plus ramassées. C'en est trop pour les Libanais qui souffrent depuis des années de pénuries d'électricité, d'une crise socio-économique sans précédent et d'une crise politique insoluble. "You Stink" ("Vous puez !"), un mouvement issu de la société civile, appelle à manifester devant le Parlement libanais et devant le Grand Sérail, siège du gouvernement de Tammam Salam, le Premier ministre. En dix points, voici les causes de ce ras-le-bol et les revendications des manifestants.

La répression des manifestations, filmée en direct

Les faits :

Le 22 août, les forces de l'ordre s'en prennent aux manifestants. Des casseurs s'en mêlent le 23 : c’est le début de l’escalade. La police et l'armée aspergent les manifestants d'eau et de gaz lacrymogène puis tirent sur la foule. Tirs en l'air à belles réelles, à balles en caoutchouc directement sur la foule. Résultat : Mohammed Kassir, un jeune manifestant, est atteint à la tête. Il est actuellement entre la vie et la mort.

Depuis, l'indignation gronde au sein de la population. Les manifestants exigent la résolution de la crise des déchets et la démission de l'ensemble de la classe politique -députés, ministres et seigneurs de guerre confondus. 

Le gouvernement répond par une annonce de nouveaux contrats de ramassages des ordures auprès de société privées. Le problème : les tarifs demandés sont astronomiques et la plupart de ces sociétés sont liées à des politiciens au pouvoir.

 

Drapeau libanais

 

Samedi 29 août, la plus grande manifestation de la société civile de l'histoire du Liban se tient au centre-ville de Beyrouth. Selon les organisateurs, elle a réuni de 100 000 à 200 000 personnes. Ce chiffre peut sembler dérisoire mais, dans un pays miné par les querelles partisanes et confessionnelles, l'émergence d'une catégorie de personnes qui rejettent en bloc le système politique est une première. Les manifestants ont donné 72 heures au gouvernement de Tammam Salam pour présenter des propositions concrètes, sans quoi ils menacent d'étendre leur mouvement au reste du pays. 

 

Les raisons du ras-le-bol populaire :

1

La crise économique

 

Elle est due en grande partie à l'afflux massif des réfugiés syriens. Le Liban est le pays qui, proportionnellement à sa population, accueille le plus de réfugiés au monde : environ 1,5 million pour une population à peine supérieure à 4 millions. 

 

 

2

La crise de l'électricité 

En 2006, date de la dernière guerre contre Israël, les infrastructures électriques ont été endommagées ou détruites. Neuf ans après, le réseau n’a toujours pas été remis en état. Les Libanais souffrent toujours de coupures chroniques d’électricité, ceci est dû en grande partie à la corruption qui sévit dans la classe politique et les ministères.

 

 

3

Un système de soins et d'éducation inexistant

 

Au Liban, tout citoyen qui ne veut pas mourir à la porte d'un hôpital se doit de souscrire une assurance privée hors de prix. Idem pour l'éducation : écoles et universités dignes de ce nom n’existent que dans le privé.

 

 

4

Une crise politique et institutionnelle majeure

 

Depuis un an et demi, le Liban n’a pas de chef d’Etat car au parlement, majorité et opposition ne parviennent à s'entendre pour désigner un président de la République. Le parlement de 128 députés a, par ailleurs, prolongé son mandat deux fois depuis les dernières législatives de 2009. 

 

 

5

La goutte qui a fait déborder le vase : les ordures

Depuis le 17 juillet dernier, les ordures ne sont plus ramassées à Beyrouth. La décharge de Naameh où étaient déversés les déchets de la capitale a été fermée et le contrat de Sukleen, la compagnie privée chargée de collecter les ordures, a pris fin. Résultat : en pleine canicule estivale, des monticules de déchets se sont amoncelés dans tous les quartiers de la capitale. Insectes, rats, allergies et maladies virales ont envahi la ville. La solution du gouvernement a été de jeter ces ordures dans les vallées, les cours d'eau et les régions boisées du pays : une catastrophe écologique en perspective.

 

Ce que réclament les manifestants :

 

6

 

La résolution durable et écologique de la crise des déchets.

 

 

7

 

La démission de Mohammed Machnouk, le ministre de l'Environnement, pour son incapacité à gérer la crise des ordures. 

 

 

8

 

La démission de Nohad Machnouk, le ministre de l'Intérieur, responsable selon eux, des tirs sur les manifestants lors des heurts du 22 et du 23 août dernier.

 

 

9

 

La démission du Parlement libanais, considéré par les manifestants comme illégitime, car prolongé deux fois, et accusé de piller les ressources de l'État. 

 

 

10

 

La tenue de nouvelles élections législatives afin que le nouveau Parlement puisse élire un nouveau président.

 

Dansons sur les ordures ! Voici quelques images de détournement de la crise des déchets :

 

Dernière màj le 8 décembre 2016