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Kosovo, terre d’exil

Pays : Union européenne

Tags : Kosovo, Immigration

Depuis le début de l’année, plus de 20 000 kosovars ont quitté leur pays, chassés par la pauvreté, pour aller chercher une vie meilleure dans les pays de l’Union européenne. Sept ans après l’indépendance du pays, la crise n’est plus seulement économique. Les accords signés en 2013 sur la "normalisation" des relations entre Belgrade et Pristina facilitent le départ des kosovars : ils peuvent désormais pénétrer en Serbie avec un simple document d’identité. Le reportage d'Ulrike Dässler et Antje Stahlschmidt sur l'exode des Kosovars.

Kosovo : l‘Eldorado européen

 

Paradoxalement, ce qui était un succès de la diplomatie européenne est en passe de se transformer en fiasco. En permettant aux ressortissants du Kosovo de quitter leur enclave avec une simple carte d’identité, l’Union européenne a créé un appel d’air. Pour les Albanais du Kosovo, c’est la possibilité de quitter le pays. Première étape pour les candidats au départ : le sud de la Serbie. Deuxième étape : trouver un bus qui les emmène au nord du pays. Troisième étape : entrer dans l’Union européenne, illégalement.

Depuis le début de l’année, des milliers de kosovars auraient pris le chemin de l’exil. Les chiffres sont invérifiables, mais on estime que plus de 100 000 personnes auraient quitté le Kosovo ces derniers mois.

 

Le virus du départ

Le mouvement débute il y a 6 mois. Les gens décident de partir du jour au lendemain. Dans les écoles, les professeurs constatent que des enfants manquent à l’appel. Dans les entreprises, les patrons constatent l’absence de leurs employés. Certains comparent cela à une épidémie. Contrairement aux années précédentes, l’ambiance était plutôt sombre le 17 février dernier, jour de l’anniversaire de l’indépendance. Ils étaient à peine un millier à braver le froid pour se réunir au centre de Pristina. Certains portaient un petit drapeau national. "Si c’était juste pour moi, je ne serais pas venu à la manifestation, mais je l’ai fait pour mon petit fils qui je l’espère verra des jours meilleurs" déclare Selim Kastrati, un retraité de 67 ans. Non loin de lui, Ljuljeta Morina, une médecin âgée de 42 ans, affirme que "pour la plupart des Kosovars, c’est une journée de joie et de tristesse à la fois".

Sept ans après son indépendance, le Kosovo n’offre aucune perspective à ses habitants. Le premier ministre Isa Mustafa a beau marteler que l’avenir du Kosovo sera "brillant et prospère", ses compatriotes ne semblent pas être de cet avis : ils sont des milliers à fuir la misère. Et s’il le faut, à pied. La zone frontalière entre la Serbie et la Hongrie, à proximité du village de Subotica, ressemble à une véritable "zone piétonne". La nuit tombée, des groupes se dirigent vers la Hongrie. Les candidats au départ empruntent une route utilisée depuis des années par des migrants originaires de Syrie ou d’Afghanistan. Ces derniers jours, les autorités ont renforcé le contrôle aux frontières, mais après 72 heures de garde à vue, ceux qui ont été interpellés peuvent demander l’asile en Hongrie. Selon Budapest, 13 000 kosovars auraient déposé une demande d’asile depuis début janvier, contre 43 000 pour l’année 2014.

 

L’Allemagne en première ligne

Mais c’est en Allemagne que le phénomène fait le plus parler de lui, provoquant quelques remous politiques. Alors que Horst Seehofer, ministre-président de la Bavière (CSU) affirme que l’Allemagne n’a pas vocation à être "le bureau d’assistance sociale qui doit accueillir toute la misère du monde", les autorités allemandes ont tenus à réaffirmer que le Kosovo n’étant plus un pays où la population est en danger, et qu’il n’y avait donc aucune raison de répondre positivement à leurs demandes d’asiles. Depuis mercredi dernier, une procédure accélérée est d’ailleurs mise en place concernant les albanais du Kosovo. Résultat : 99% des demandes ont été rejeté alors que plus de 18 000 albanais du Kosovo sont arrivés sur le territoire allemand depuis le début de l’année.

 

Le Kosovo, "malade de ses illusions perdus"

C’est avec ces mots qu’un journaliste kosovar désignait la situation. Ceux qui partent n’ont plus d’espoir. Ils essayent d’échapper à la misère. Les conditions de vie sont difficiles au Kosovo, le PIB est deux fois moins élevé que celui de la Bulgarie, pays le plus pauvre de l’Union Européenne, et neuf fois moins élevé que la moyenne européenne.

La situation est explosive car le chômage touche plus de 40% de la population active, principalement les jeunes (60%). Près de la moitié des 1,8 millions de kosovars vivent dans la pauvreté. Comment faire pour subvenir aux besoins d’une famille quand le salaire minimum est fixé à 170 euros, que le salaire moyen atteint à peine les 400 et qu’un retraité touche en moyenne 65 euros ?

Pour l’ancien leader d’opposition du mouvement d'autodétermination "Vetevendosje", Ilir Deda, les Etats-Unis et l’Allemagne sont responsables de cette situation : "leur priorité est le dialogue avec la Serbie, mais ce ne sont pas les priorités de la population. Le Kosovo est fatigué, cela fait 15 ans qu’il attend que la situation s’améliore . Ceux qui partent veulent que ça change ".

Ces départs en masse symbolisent l’échec de la communauté internationale, mais aussi celles des élites locales corrompues. A la fin de la guerre en 1999, les albanais du Kosovo voulaient à tout prix rentrer chez eux, alors que le pays était dévasté. Aujourd’hui, leurs enfants n’ont plus qu’un rêve : quitter le Kosovo.

 

 

Le 17 février 2008, cette ancienne province méridionale de la Serbie a unilatéralement proclamé son indépendance. A ce jour, celle-ci est reconnue par une centaine d’états, dont les Etats-Unis et la majorité des pays membres de l’UE. Mais son voisin, la Serbie refuse toujours de reconnaître l’indépendance kosovarde, tout comme la Russie, allié traditionnel de Belgrade.

 

Dernière màj le 13 février 2018