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Kirkouk, l'espoir kurde repris par l'autorité irakienne

Pays : Irak

Tags : indépendance, Kurdistan irakien, pétrole, Referendum

"A peine dix peshmergas tués", selon un responsable de la santé kurde. Entre les 16 et 17 octobre, c’est quasiment sans combat que les forces régulières irakiennes ont chassé les combattants kurdes de Kirkouk. Comme si ces derniers avaient laissé l’armée irakienne reprendre le contrôle de cette ville symbole du Kurdistan irakien. Une ville riche en ressources pétrolières, dont la quasi-totalité des champs d’or noir est à nouveau aux mains de Bagdad. Le régime irakien a ainsi voulu marquer le retour de son autorité dans cette province : les Kurdes contrôlaient Kirkouk et sa région depuis son abandon par l’armée régulière, obligée de se replier vers Mossoul en 2014, pour y combattre le groupe Etat Islamique. Avec la reprise de Kirkouk, c’est l’espoir d’un Kurdistan irakien libre sur le plan politique, et sur le plan économique, qui s’envole.

Un référendum d’indépendance jugé illégal

92.73%

des voix en faveur du "oui" pour un Kurdistan irakien libre

Référendum du 25 septembre 2017

 

L’opération de l’armée irakienne est une réponse au référendum d’autodétermination organisé le 25 septembre, dans la région autonome du Kurdistan irakien. Un référendum dénoncé par Bagdad, mais qui s’est soldé par une large victoire du "oui". Massoud Barzani, président du gouvernement régional du Kurdistan, a officiellement annoncé cette victoire avec 92.73% de voix en faveur d’un Kurdistan irakien libre, pour un taux de participation à hauteur de 72.16%. Selon le haut responsable kurde Hoshyar Zebari, le scrutin ne vise pas nécessairement une déclaration d’indépendance unilatérale, mais servirait à mener des négociations avec le gouvernement central, pour une indépendance officielle.

Le scrutin a ainsi été rejeté par Bagdad. Le jour du référendum, le Parlement irakien a voté une résolution exigeant le déploiement de l'armée dans les territoires disputés, et notamment à Kirkouk, afin d’à nouveau y assoir l’autorité du pouvoir central. En amont, le 18 septembre 2017, la cour suprême d'Irak s'était d’ores et déjà opposée au référendum sur l’indépendance du Kurdistan irakien, et avait souhaité, en vain, en suspendre l’organisation.

 

Par ailleurs, le moment choisi par le gouvernement régional du Kurdistan d’Irak pour organiser ce référendum n’a rien d’un hasard. Le 11 octobre, l’armée irakienne a annoncé la fin des opérations contre le groupe Etat Islamique à Hawija, à une vingtaine de kilomètres au sud de Kirkouk, et a affirmé que tous les villages de la région ont été libérés. Les autorités kurdes ont ainsi souhaité anticiper cette reprise de territoire, et entériner leur présence dans Kirkouk : la guerre qui sévit en Irak permet ainsi d’envisager la création d’un Kurdistan indépendant, la carte de la région se trouvant bouleversée. D’autant que la minorité kurde revendique un territoire plus vaste que celui qui leur est attribué par la constitution fédérale de l’Irak.

 

Qu’est-ce que le Kurdistan irakien ?
Région du nord de l'Irak frontalière de la Turquie, de la Syrie et de l'Iran, le Kurdistan irakien est peuplé de près de 5 millions de Kurdes. Il est le sixième territoire, en termes de population, d'une région du Kurdistan qui comprend plus de trente millions d’habitants, répartis à travers six pays, sans compter d'importantes diasporas. Il est le seul territoire du Kurdistan à avoir acquis, au fil de son histoire, une autonomie réelle qui veut aujourd'hui se transformer en souveraineté. Les Kurdes irakiens disposent de leur propre parlement, prévu par la constitution irakienne de 2005, où ils peuvent adopter leurs propres lois et contrôler des domaines tels que celui de l‘éducation.

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40%

des réserves irakiennes de pétrole brut se trouvent dans la région de Kirkouk 

L’or noir au cœur du jeu de territoires

Très critiqué à l'étranger, le référendum organisé par le président du gouvernement régional kurde Massoud Barzani est particulièrement critiqué par les autorités des pays voisins, qui craignent que le scrutin ne suscite des volontés séparatistes parmi leurs minorités kurdes.

En guise de représailles, l'Iran a interdit jusqu'à nouvel ordre le transport de produits pétroliers depuis et vers le Kurdistan irakien : Téhéran est en effet l'un des principaux exportateurs de pétrole raffiné utilisé comme carburant vers le Kurdistan d'Irak et le volume des échanges dans ce domaine est de cinq milliards de dollars par an.

Parmi ces pays voisins figure également la Turquie, qui est la plus à même d’handicaper le Kurdistan dans son ensemble par le biais du pétrole : une menace qu'a expressément proférée le président Erdogan. En effet, quelque 550 000 des 600 000 barils produits par jour depuis la capitale du Kurdistan (Erbil), sont exportés via un oléoduc débouchant dans le port turc de Ceyhan (au sud du pays).

Jusqu’alors produit et vendu de façon indépendante par les autorités kurdes, le pétrole de Kirkouk est une source de revenus stratégique pour la région. C’est notamment cette volonté du leadership kurde d’associer la ville et sa région au référendum sur l’indépendance, qui a accru les tensions avec Bagdad. La région concentre 40 % des réserves irakiennes de pétrole brut. Cinq des six champs pétrolifères de la province de Kirkouk sont désormais à nouveau sous le contrôle des autorités de Bagdad, qui récupèrent progressivement une production de plus de 400 000 barils par jour. Jusqu’ici, près des trois quarts étaient exportés par la région autonome du Kurdistan, contre l’avis du pouvoir central.

 

Quel avenir proche pour le Kurdistan irakien ? 

L’attaque des forces kurdes à Kirkouk, dans la nuit du 16 au 17 octobre, par l’armée régulière irakienne pourrait ainsi initier un conflit autour de la vente de pétrole, entre le gouvernement régional du Kurdistan et le gouvernement irakien. De plus, le retour de milliers de réfugiés ayant fui Kirkouk dans la crainte d’un conflit armé pourrait faire planer le spectre d’une guerre civile sur l’ensemble du Kurdistan irakien.

Dernière màj le 19 octobre 2017