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Jour 7 - Le goût de l’instinct

Pays : France

Tags : Patrice Chéreau, Festival d'Avignon

Pour sa réouverture au public ce samedi, la Collection Lambert se devait d’être à la hauteur. Elle l’est, avec cette exposition, un hommage à Patrice Chéreau, disparu il y a bientôt deux ans. Le musée imaginaire nous entraine dans l’univers de l’artiste. 

A consulter aussi :

Jour 1 - L’utopie Avignon
Jour 2 - Avignon sous le règne de Shakespeare
Jour 3 - La ruée vers l’Off
Jour 4 - Le cas Lupa
Jour 5 - Shakespeare lui va si bien
Jour 6 - Ici & maintenant

Organisé et pensé avec l’IMEC, l’institut mémoire de l’édition contemporaine, l’exposition fait résonner la géographie de Patrice Chéreau avec l’histoire de l’art, classique ou contemporain. 

 

La première partie organise la vie de cet ogre de travail qu’était Patrice Chéreau. Une approche chronologique de l’enfance, jusqu’à ces dernières créations. A travers des manuscrits, des croquis, des lettres, et des œuvres d’autres artistes (de Géricault à Picasso, de Peder Balke ou encore Anselm Kiefer) qui viennent se refléter à merveille dans le travail de ce monstre sacré du théâtre, de l’opéra, et du cinéma qu’était Patrice Chéreau. 

 

A ce stade de l’exposition, il est déjà frappant de constater le nombre de chefs d’œuvres qu’il nous a laissé.  Que ce soit le "Ring" de Wagner à Bayreuth, la "Reine Margot" au cinéma, ou encore ses mises en scène de Bernard Marie Koltès ou Jean Genet. 

 

On choisit par intuition, dans l’urgence, et ainsi on fabrique un objet complètement différent de celui qu’on avait cru programmer.

Patrice Chéreau - 2013

Frappant aussi de constater sa boulimie inextinguible. Patrice Chéreau avait des yeux qui dévore tout ce qui passe, les livres, les pièces, les films et avec des mains pleines et des doigts noueux, comme s’il avait besoin d’elles pour empoigner ses acteurs, ses chanteurs, ses comédiens, comme il en a eu besoin pour empoigner sa vie. 

 

Mais le plus beau dans toute l’exposition, c’est ce qu’on pourrait appeler la chambre des obsessions, cette grande salle du deuxième étage de la Collection Lambert en Avignon. Et c’est là que le "musée imaginaire" de Patrice Chéreau prend son sens et nous emporte. Nous pénétrons alors son âme et découvrons ses obsessions. Pour la mort, l’exil, les masses et leurs massacres (les camps de concentration, la saint Barthélémy, ou encore la période révolutionnaire, et napoléonienne) et puis les corps, et toute la violence qui en découle. Pas étonnant de retrouver alors des œuvres de Géricault, ou de Goya, ou encore ce Marat assassiné dans sa baignoire peint par Yan Pei-Ming qui viennent illustrer ses mises en scènes. 

 

Autant d’intuitions magnifiques voulues par le Commissaire de l’exposition Eric Mézil. On sort de là bouleversé de toutes ces fréquentations. Chéreau était l’un de nos plus grands artistes, Plus qu’un univers, Patrice Chéreau est un continent rempli d’histoires, de visages et de corps. 

Dernière màj le 8 décembre 2016