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Jour 2 - Des rois, des reines, et un empereur : Avignon sous le règne de Shakespeare

Pays : France

Tags : Festival d'Avignon 2015, #filmthepolice, Olivier Py

En juillet, Avignon se transforme en un théâtre géant, permanent : 'In' et 'Off' confondus, près de 1500 spectacles seront joués lors de cette édition 2015 !  Et pourquoi pas autant d’aventures et de découvertes ? 

 

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Le directeur du festival Olivier Py voulait faire revenir les grandes écritures. Et pour cette seconde édition sous sa direction, il a convoqué le maître des Auteurs : William Shakespeare. Trois pièces sont au programme, Le Roi Lear, Richard III et Antoine et Cléopâtre, mises en scène par trois grands metteurs en scène européens : le français Olivier Py, l’allemand Thomas Ostermeier et le portugais Tiago Rodrigues. Trois pièces furieuses et folles qui interrogent le pouvoir et la politique. Et à chaque fois, c’est aussi à une réflexion sur le théâtre que ces mises en scène s’essaient. 

 

Le Roi Lear

Pour son Roi Lear dans la Cour d’honneur, Olivier Py est allé jusqu’à reprendre le texte original et le retraduire, comme pour montrer que le dramaturge élisabéthain était plus que jamais contemporain. Et Py prévient très vite, "ce Roi Lear est une prophétie, celle de notre XX siècle". Sur les murs de la Cour d’honneur, en lettres de néon est écrit "ton silence est une machine de guerre". Le silence de Cordélia, mais également celui du politique que Lear abandonne à deux de ses filles qui manigancent. Sauf que Lear s'il accepte de céder l'exercice du pouvoir, veut tout de même en garder les bénéfices. Les conditions de la chûte, de la folie et du désastre sont alors réunies pour la tragédie. Dans sa mise en scène, Py revient sur le théâtre, son théâtre bien sûr et ses obsessions, mais il convoque également la symbolique du Théâtre du Globe, comme pour rendre hommage au dramaturge anglais.

 

Richard III

Dans son Richard III, l’allemand Thomas Ostermeier s’amuse de ce même Théâtre du Globe, en reproduisant la proximité entre le plateau et le public. Créé au printemps à la Schaubuühne de Berlin, Richard III est à sa façon une autre digression sur le pouvoir et la folie. Ce roi sanguinaire, précurseur là encore du totalitarisme, n’a qu’un objectif : conserver son trône. Acteur fétiche d’Ostermeier, Lars Eidinger compose un roi Richard monstrueux, comme animal. Shakespeare nous dit, encore et encore, que le pouvoir n’est rien s’il n’est que ça, une obsession, et qu’il n’entraîne que le désastre. 

 

Antoine et Cléopâtre

Enfin, c’est le directeur du théâtre national de Lisbonne Tiago Rodrigues qui s’attaque à l’une des pièces romaines de Shakespeare, Antoine et Cléopâtre.  Toujours le pouvoir, et l’oubli de la politique, pour un amour brûlant et fusionnel. Cette fois, c’est la chorégraphie qui vient soutenir le texte de Shakespeare, à travers six chants. Tiago Rodrigues reste pourtant fidèle au lyrisme de Shakespeare. 


Et c’est bien de cela qu’il s’agit. A chaque fois, ces trois metteurs en scène entendent d’abord rendre un hommage à l’œuvre folle et grandiose de William Shakespeare, sous le ciel d’Avignon. Et en même temps, rien d’étonnant. Dans une période de plus en plus malade, Shakespeare s’impose par son esprit, sa grandeur et sa dérision. Il nous aide aussi à comprendre le monde.