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Jour 12 - Ce que j’appelle "Mémoire"

Pays : France

Tags : Festival d'Avignon 2015, Théâtre, Retour à Berratham, Angelin Preljocaj

A propos de Retour à Berratham de Angelin Preljocaj, donné dans la Cour d’honneur du Palais des Papes jusqu’au 25 juillet... C’était en 2013. Olivier Py lui demandait une création pour la Cour d’honneur. Mais que faire, et surtout comment et avec qui ? Le chorégraphe a presque aussitôt décidé d’appeler le romancier Laurent Mauvignier, (avec qui il avait déjà travaillé en 2012 en chorégraphiant Ce que j’appelle Oubli). Commande est alors passée pour rédiger "une tragédie épique", une tragédie pour "danser avec les mots".

Cette tragédie, pour Preljocaj comme pour Mauvignier, doit raconter l’après-guerre, cette drôle de période où la réconciliation est impossible. Les âmes comme les corps gardent les séquelles vives, les stigmates apparents, et la mémoire brulante des faits et des gestes. 

L’histoire, c’est celle de ce jeune homme qui revient à Berratham. Il avait quitté cet endroit juste avant la guerre, il avait laissé Katja, et n’a désormais qu’une obsession : la retrouver. Mais là, il ne reconnaît plus les lieux dévastés, ni les gens qui y vivent encore. Berratham est peuplé par ses fantômes, sa mémoire et ses amours. 
Sur les mots de Laurent Mauvignier, impeccables, justes et bouleversants, Angelin Preljocaj fait danser la violence des hommes. Non pas pour surligner le texte, mais à l’inverse comme s’il l’épurait, justement pour lui donner toute son ampleur. 


Je cherche quelqu’un. Une femme. 
Dis lui de partir. 
Peut-être qu’elle est passée ici il n’y a pas longtemps ? 
Je me disais, peut être que...
On ne l’a pas vue, on a vue personne. Passe ton chemin."

 

Les gestes et les pas des danseurs sont secs, précis, tout comme le jeu des trois narrateurs qui viennent dire le texte au fur et à mesure pour nous raconter la violence de ce monde sur le chemin de la réconciliation. Et c’est sur la musique de ces mots que les 14 comédiens-danseurs se meuvent sur le plateau, pour raconter les meurtrissures des corps. Ils ne ménagent ni leur engagement ni leur énergie pour nous faire entendre les mots justes à travers les corps. Qu’ils soient ceux de femmes ou d’hommes, "les corps sont le premier lieu de la violence du monde" nous dit le chorégraphe. 

La vraie déception vient des décors, bancals et quelque part flemmards, commandés au plasticien Adel Abdessemed. Son œuvre traversée par la violence, peine à se retrouver sur le plateau.

Il n’en reste pas moins un spectacle inégal dans ce jeu chorégraphique mené par un tandem Preljocaj-Mauvignier, et des belles images, comme cette scène bouleversante du mariage, où une robe se déroule jusqu’à dénuder le corps d’une femme. Quelques instants précipités dans la violence du monde et de l’après-guerre.  

Dernière màj le 8 décembre 2016