"Je me sens moins coupable"

Pays : Belgique

Tags : Djihad, terrorisme, mère

Le fils aîné de Saliha Ben Ali s’est rendu en Syrie pour y faire le djihad. Il y est mort, il avait 19 ans. Dans le film « La chambre vide », Saliha, mère de quatre enfants raconte son combat pour comprendre et éviter que d'autres suivent le chemin de son fils.

Chambre Vide (La)

ARTE Info : Le film vous montre, ainsi que d’autres parents, au cœur de votre combat, dans l’action. Au Parlement, dans les écoles, aux côtés d’imams et de jeunes…

Saliha Ben Ali : Oui, c’est ma manière à moi de tenir debout : les conférences, les débats, les rencontres à l’étranger… Pour que la mort de Sabri ne serve pas à rien. C’est ma manière à moi d’avancer, de me projeter vers l’avenir. Après un événement comme celui-là, tu perds tout : tes repères, tes croyances, tes espoirs… Chaque parent s’accroche comme il peut. Et le fait de se rencontrer, d’échanger entre parents, ça nous a aidé et ça continue à nous aider. On se sent moins seuls. On peut partager les mêmes souffrances. 

 
Pour les besoins du film, vous avez accepté d’aller jusqu’en Syrie. Pourquoi ?

C’était, là encore, une manière d’entamer mon deuil. Je voulais fouler la terre syrienne, passer par les différents endroits où Sabri étaient sans doute passé. Et j’ai emporté avec moi ses habits. Je voulais les offrir là-bas, à des gens qui fuyaient la guerre. C’était à la fois symbolique, nécessaire et de l’ordre du don, du partage. 

 

Le processus de radicalisation est complexe. Il est nécessaire d’avoir des outils pour comprendre, décoder, expliquer, mettre en perspective.  

Saliha Ben Ali

Depuis plusieurs mois, vous avez créé votre propre association (Society against violent extremism Belgium). Quelle est son but premier ? 

La lutte contre toutes formes de radicalisation violente. Nous effectuons un travail de prévention et de sensibilisation auprès des jeunes, des acteurs de première ligne, des enseignants… Nous travaillons sur toutes les formes de « replis ». Nous apportons un espace d’accompagnement, d’écoute, de conseil et d’échange d’informations. Et nous avons aussi lancé le projet de Mother’s school. Le processus de radicalisation est complexe. Il est nécessaire d’avoir des outils pour comprendre, décoder, expliquer, mettre en perspective.  

 

Deux ans après le décès de votre fils, comment vous sentez-vous ? 

La souffrance au quotidien reste énorme, mais je me sens moins coupable. Je profite intensément des petits bonheurs de la vie, de la beauté des choses. Je ne veux surtout pas lâcher prise, surtout.

 

 

Dernière màj le 8 décembre 2016