Japon: la politique énergétique 3 ans après Fukushima

Pays : Japon

Tags : Japan, Fukushima

En 2011 le gouvernement japonais stoppe tous ses réacteurs atomiques après la catastrophe de Fukushima. Trois ans après, le gouvernement conservateur, qui soutient l'énergie nucléaire, veut la remettre en route malgré les protestations. En cause : le prix des autres matières énergétiques qui met à mal ses finances.

"Remise en marche de réacteurs nucléaires sécurisés" 

La décision vient du premier ministre Shinzo Abe. Lors d'une session de la Diète - le parlement japonais, il a déclaré : "J'aimerais relancer les réacteurs dont la sûreté a été confirmée par des normes strictes introduites par l'Autorité de régulation nucléaire, en faisant en sorte que la population locale me comprenne". Pas si facile. 30 000 personnes, militants anti-nucléaire, ont manifesté la veille de la commémoration de Fukushima qui a entraîné la plus grave des catastrophes nucléaires du monde depuis Tchernobyl en 1986.

 

Sortie du plan nucléaire 

En 2012, le gouvernement précédent avait décidé une sortie du tout nucléaire en 2040, une décision remise en cause par le gouvernement Abe en 2013. Mais selon les experts, seuls 15 réacteurs nucléaires sur les 50 que compte le Japon pourraient obtenir le sésame et être remis en marche. Ce rallumage est pourtant un élément clé de la stratégie économique du gouvernement Abe. Car Tokyo veut baisser le coût de son électricité qui a bondi depuis l’extinction de la totalité des réacteurs de l’archipel et l’augmentation de la production des centrales fonctionnant au gaz, au charbon et au pétrole. 

 

Le prix de l'énergie japonaise en hausse constante

Environ 30% de l'électricité totale du Japon étaient produites par l'énergie nucléaire avant mars 2011. En 2012 et en 2013, l'énergie nucléaire ne représentait que 1,7%. Cet immense manque d'électricité a contribué au déficit commercial record du Japon, car les importations d'énergie fossile ont grimpé en flèche pour répondre à la demande domestique. Une tendance qui va à l'encontre des politiques élaborées par le Premier ministre pour relancer l'économie du pays. En janvier le Japon a enregistré un déficit record de près de 11 milliards d'euros. 

 

La protection de climat - une cause oubliée 

Dommage collatéral : Tokyo remet en cause ses ambitions concernant la protection du climat. En 2013, le Japon s'était pourtant engagé à baisser un quart de son émission de CO2. 

 

La nécessité de réformer 

Cependant selon Martin Schulz, économiste au Fujitsu Research Institute, la remise en marche de ces centrales ne suffira pas à combler le déficit énergétique. Une réforme est nécessaire et urgente. A condition qu'une nouvelle autorité de régulation nucléaire indépendante renforce drastiquement les règles de sûreté des centrales. Enfin Tokyo veut casser les monopoles des fournisseurs d'énergie nucléaire- visé l'exploitant de Fukushima, Tepco, et ainsi permettre la concurrence sur le marché d'énergie. 

 

Frank Dürr

 

Le mix énergétique du Japon avant et après la catastrophe

 

 

Source : Ministère japonais de l'Économie, du Commerce et de l'Industrie, www.arcticgas.gov