|

"Israël a besoin d’une véritable aide internationale"

Pays : Israël

Tags : Knesset, Palestine, Netanyahou

Près de deux mois après la victoire de son parti, le Likoud, aux législatives, Benjamin Netanyahou a finalement formé un gouvernement, ce mercredi, peu de temps avant que l’échéance n’arrive à terme. Le premier ministre israélien entame ainsi son quatrième mandat, avec un cabinet désormais dominé par des partis religieux et ultra-conservateurs de droite. Pour tenter de comprendre les conséquences que cette nouvelle alliance pourrait avoir sur la politique israélienne, ARTE Info a interviewé Avi Primor, ancien ambassadeur israélien en Allemagne.

Avi Primor

ARTE Info : C’est officiel, le nouveau gouvernement israélien vient d’être formé et Netanyahou rempile pour un quatrième mandat. Assiste-t-on là à la fin d’une solution à deux États ? 

Avi Primor : Non, ce n’est pas la fin d’une solution à deux États. On devra bien y arriver un jour. L’idée qu’il faut mettre fin à l’annexion de la Cisjordanie est très répandue, même en Israël. Donc la discussion est loin d’être terminée. En revanche, il est clair que le changement ne viendra pas de Netanyahou et du nouveau gouvernement. Mais pour ça, Israël aurait besoin d’une véritable aide internationale.

Rudolf Dreßler, l’ancien ambassadeur allemand en Israël, qui a longtemps pris la défense de l’État hébreu en Allemagne, dit désormais que la situation dans le pays est catastrophique. Il demande de durcir le ton. Vous aussi ?

Non, ça ne servirait à rien. Nous l’avons déjà constaté dans le passé. Alors, ne parlons même pas de pression ou même de sanctions. Il n’y en aura pas et cela pour diverses raisons. Ce qu’il faut faire, c’est convaincre la population israélienne d’une solution. De nombreux sondages, menés ces dernières années, montrent qu’il existe au sein de la population israélienne une majorité constante désireuse de se séparer de la Cisjordanie. Nous savons d’ailleurs que cela est souhaitable pour Israël. Mais pour le moment, c’est la peur qui règne. Celle de ne pas être protégé au moment du retrait de Cisjordanie. Mais aujourd’hui, le pouvoir palestinien est incapable de faire face à un tel bouleversement. La crainte d’Israël, c’est donc de provoquer une absence de pouvoir comme à Gaza.

Le président israélien Reuven Rivlin sera bientôt de passage à Berlin. Que devrait lui dire la chancelière allemande ?

"Seule une action concertée des Américains et de l’Union européenne pourra apporter des résultats"

 

Je ne pense pas que la chancelière lui dise grand-chose. Elle dira bien sûr qu’il faut se diriger vers une solution à deux États et se prononcera contre la construction de nouvelles colonies. Elle réclamera des négociations équitables avec les Palestiniens, contrairement à ce qui s’est passé l’an dernier. Mais au final, seule une action concertée des Américains et de l’Union européenne pourra apporter des résultats. Les Américains pourraient d’ailleurs agir seuls, mais ils ne feront pas, pour des raisons propres à leur politique intérieure. Le problème, c’est que l’Union européenne doute en ce moment. Et si elle a des doutes, c’est parce que l’Allemagne en a. 

Il y a plusieurs moyens pour cela, comme la reconnaissance unilatérale d’un État palestinien, à l’image de ce qu’a fait la Suède. Ou encore des sanctions à l’encontre des produits israéliens en provenance des territoires occupés. D’autres exigent de geler les livraisons d’armes à Israël. Mais si on vous comprend bien, vous ne croyez pas à l’efficacité de telles mesures ?

Cela n’arrivera pas. Aucune sanction ne sera prise. C’est ce que nous a déjà montré le passé. Il y a deux raisons pour cela. Comme je l'ai déjà dit, les Américains ne le feront pas pour des raisons de politique intérieure. Et en Europe, comme dans les autres pays occidentaux, on est toujours un peu bloqués. Personne n’est encore vraiment prêt à exercer une telle pression sur l’État hébreu. Il y aussi des raisons psychologiques. Et en plus de tout cela, nos opposants du monde arabe ne bénéficient pas en ce moment d’une très bonne image, si je puis m’exprimer ainsi. La plupart des gouvernements et des populations arabes sont bien sûr modérés, mais l’image qu’en a l’opinion occidentale est influencée par les fanatiques du groupe État islamique, du Hamas et du Hezbollah. Donc dans ce contexte, il est politiquement plus difficile d’imaginer des sanctions contre Israël.

Revenons maintenant en Israël. Avec soixante-et-un sièges sur cent vingt à la Knesset, Netanyahou dispose de la plus petite majorité imaginable. S’agit-il là d’un gouvernement condamné à l’avance ?

"Paradoxalement, une coalition avec les travaillistes faciliterait la tâche de Netanyahou"

 

D’expérience, nous savons qu’un gouvernement disposant d’une petite majorité s’en sort parfois mieux qu’avec une large majorité. La plupart du temps, les partenaires de coalition se déchirent moins car ils savent que des mesures capricieuses peuvent les faire dégringoler plus rapidement et leur faire perdre des postes. En plus, il ne faut pas oublier que, même si Avigdor Lieberman n’est pas entré dans le gouvernement à cause d’accusations de corruption, son parti soutiendra le gouvernement de Netanyahou au parlement. Mais la question qui se pose encore, c’est la formation, encore possible, d’un gouvernement de grande coalition. C’est ce que souhaite Netanyahou car il sait qu’avec son actuelle coalition, ses partis et leurs idées, il va devoir poursuivre son ancienne politique. Il sera obligé de continuer à repousser une solution à deux États et à construire de nouvelles colonies. Il s’attend donc à de nouvelles pressions internationales, notamment de la Maison-Blanche. Donc paradoxalement, une coalition avec le parti travailliste lui faciliterait la tâche. Cela pourrait lui servir de couverture. Il pourrait tout à fait envoyer un ministre des Affaires étrangères travailliste en Europe et aux États-Unis, histoire de faire les yeux doux aux Occidentaux.

Vous parliez tout à l’heure de l’Allemagne comme d’un frein diplomatique ?

C’est un véritable problème. L’Allemagne est toujours très paralysée et réservée dans sa politique à l’encontre d’Israël, à tel point qu’elle bloque de possibles actions de l’Union européenne. Mais je ne parle pas ici de sanctions ou de mesures répressives. Ce dont nous avons besoin, c’est d’un soutien international dans le domaine de la sécurité. Il faudrait une troupe internationale, munie d’un mandat et qui pourrait garantir et imposer la sécurité, aussi bien à Israël qu’aux Palestiniens.

"Le statut d'observateur des Casques bleus ne suffit pas"

 

Des soldats allemands en Israël ?

Non, il ne s’agira pas d’Allemands, ni d’Européens ou d’Américains. Il faudra d’abord bien définitir le mandat, les prérogatives et le financement. Des soldats, on peut en trouver partout : ils pourraient être aussi bien Turcs qu’Indonésiens ou Africains. Le plus important est qu’ils disposent d’un mandat assez puissant pour garantir la sécurité à tous les partenaires de l’accord. Mais les Casques bleus ne seraient pas non plus une solution adaptée. Leur statut d’observateurs ne suffit pas. En tout cas, en Israël, nous sommes très sceptiques à leur sujet.

La majorité des Israéliens souhaite un retrait de la Cisjordanie. En revanche, selon les médias, la restitution des colonies serait désapprouvée par 53% d’entre eux. Comme peut-on concilier ces deux idées, a priori antinomiques ?

Ce n’est pas tout à fait juste. Il s’agit d’abord de colonies bien distinctes. Il y a d’abord les colonies dites dispersées : elles sont isolées au sein de la Cisjordanie et nous voulons les évacuer. Ensuite, il y a trois grands blocs de colonies à cheval sur les anciennes frontières israéliennes de 1967. Israël veut les conserver, ce qu’acceptent d’ailleurs les Palestiniens. Et en contrepartie, les Palestiniens doivent recevoir des terres pour compenser cette perte.

 

Dernière màj le 8 décembre 2016