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Islam cherche imams

Pays : France

Tags : Islam de France, Formation des imams

Aujourd'hui en France, n'importe qui peut s'autodéclarer imam, rien n'est contrôlé ni encadré. Face à la radicalisation de certains jeunes, le gouvernement a pris conscience qu'il y avait là un véritable enjeu sécuritaire et qu'il fallait s'y attaquer en collaboration avec les institutions musulmanes françaises. Pour le Premier ministre Manuel Valls, il faut pouvoir former des imams français, qui adhèrent aux valeurs de la France.

Islam cherche imams

 

Voilà des mois que le Premier ministre Manuel Valls tente de redéfinir les contours d’un islam de France. Après le choc des attentats du mois de janvier, le gouvernement a pris conscience de la nécessité, une fois pour toute, de mettre fin au processus de radicalisation dans certaines mosquées françaises. Trop longtemps, l’Etat a abandonné la religion au nom de la laïcité pour découvrir un beau matin que la religion, elle, ne l’avait pas oublié. Bien sûr, sur les 4 à 5 millions de musulmans que compte la France, seule une infime minorité se radicalise pour s’en prendre à la République. Mais c’est une infime minorité qui trop souvent permet à certains de fustiger toute une communauté qui se sent ensuite marginalisée. Bref, il était grand temps que le gouvernement reprenne le dialogue avec les musulmans.

Il est assez difficile d’avoir une idée précise du nombre de musulmans en France car la loi française interdit de classer les populations en fonction de leur confession. Toutefois, l’estimation la plus répandue serait entre 4 et 5 millions de musulmans, sachant qu’on englobe dans ce chiffre les fidèles pratiquants et ceux simplement originaires d’un pays musulman. Le recensement des lieux de cultes est tout aussi compliqué mais le ministère de l’Intérieur l’a évalué en 2012 à 2500, plus une soixantaine de mosquées.

Lutter contre les influences étrangères

Pour Manuel Valls, il y a deux grands chantiers prioritaires pour renouer le dialogue avec l’Islam de France et surtout faire en sorte qu’il soit compatible avec la République : la formation des imams et le financement des mosquées. Il y aurait 1700 imams exerçant sur le territoire français parmi lesquels un tiers aurait été envoyé de l’étranger. C’est justement de ces influences étrangères sur le territoire national que le Premier ministre aimerait se débarrasser.

Pour Samim Akgönul, chercheur au CNRS, ces influences s’expliquent par une volonté, de la part des pays d’origine, de garder la main sur leur diaspora : "Ces pays d’origine des immigrés et descendants d’immigrés vivant en France sont très jaloux de leur identité, de leur nationalité, de leur vision du monde et de leur islamité. Donc ces pays, principalement quatre, Maroc, Algérie, Tunisie et Turquie, sont très interventionnistes donc envoient à la fois le personnel religieux, les imams mais également un discours politico-religieux." Cette mainmise sur l’Islam de France n’est possible que parce qu’il existe un manque en France que seuls ces pays sont à même de combler. Un manque de candidats à l’imamat mais aussi un manque de critères stricts et reconnus pour pouvoir devenir imam. Aujourd’hui n’importe qui peut se déclarer imam. Et comme c’est un métier qui demande un engagement total pour un salaire de misère, peu de jeunes sont tentés par le sacrifice.

L'importance de la formation théologique

Fort de ce constat, le gouvernement veut encourager les formations universitaires à la laïcité, qui seraient obligatoires pour se déclarer imam. Il en existe déjà six, il en voudrait douze. Mais ces formations ne règlent pas tous les problèmes car elles visent avant tout à améliorer l’intégration. L’Etat ne peut en aucun cas se mêler de théologie, puisque selon la loi de 1905, il n’a pas à intervenir dans le religieux. Pourtant cette formation théologique est indispensable pour empêcher les dérives et les réinterprétations malveillantes du Coran. Il existe bien quelques instituts privés en France mais ils sont débordés par les demandes. C’est ce qui a poussé l’Union des mosquées de France, traditionnellement proche du royaume chérifien, à se tourner vers le Maroc, comme elle l’explique dans un communiqué de presse : "L’Union des mosquées de France (UMF), sollicitée par de nombreuses mosquées désireuses de recruter des imams français, a fait le choix murement réfléchi de solliciter un partenariat avec le Ministère des Habous et des Affaires Islamiques du royaume du Maroc pour permettre à des jeunes français de suivre une formation théologique d’un haut niveau universitaire au sein de l’institut Mohammed VI de formation des Imams prédicateurs et des prédicatrices à Rabat."

L'institut de formation des imams de Rabat est l'un des outils de la diplomatie religieuse du Maroc. Le roi Mohammed VI, qui est aussi le commandeur des croyants, veut prendre la tête d'un mouvement qui vante un islam modéré et tolérant. Pour ce faire, il a noué des partenariats avec plusieurs pays d'Afrique pour former des imams, aux frais de sa majesté. L'école, inaugurée en mars dernier, accueille, en plus des deux cent cinquante étudiants marocains, près de quatre cent cinquante étudiants étrangers. Ils viennent principalement du Mali, de Guinée, de Tunisie et de Côte d'Ivoire. Parmi eux, on trouve aussi une vingtaine de Français, venus chercher ici une formation pointue en théologie.

Maroc : la formation des imams

 

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Dernière màj le 8 décembre 2016