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Irlande – Esclaves des chalutiers

Pays : Irlande

Tags : Pêche, crise des migrants, migrants, Réfugiés, esclavage

En pleine mer, les migrants africains et asiatiques seraient victimes de nombreux abus sur les bateaux de pêche irlandais.

Des témoignages accablants. Selon une enquête de The Guardian publiée le 2 novembre 2015, certains pêcheurs irlandais profitent de la crise des migrants pour s’adjuger sur leurs bateaux les services d’une main d’œuvre étrangère exploitée. Une situation que le quotidien britannique décrit même comme proche de l’esclavage. Pire, certains propriétaires de chalutiers officieraient comme passeurs pour amener des personnes en Irlande afin de les faire travailler sur les embarcations. Il s’agirait notamment de travailleurs migrants venus du Ghana, des Philippines, d’Egypte et d’Inde.

Les migrants interrogés semblent avoir été victimes de « toute une série d’abus », note Courrier International. Ils parlent de séquestrations, de privations de sommeil ou encore de journées sans repos. La plupart d’entre eux touchent moins de la moitié du salaire minimum légal irlandais et ne reçoivent pas la formation obligatoire en sécurité. Parfois, les travailleurs sont même « recrutés par des agences qui leur font payer des commissions importantes et illégales », précise The Guardian. Ils vivent la plupart du temps cachés, par peur d’être expulsés ou parce que leurs employeurs les y obligent. Le journal précise que tous les témoignages ont été recueillis sous le couvert de l’anonymat tant les salariés concernés craignent des représailles de la part de ce qui apparaît comme de véritables réseaux mafieux.

Pas le droit de descendre du navire

Abraham Okoh, ghanéen, raconte dans les colonnes du Guardian, repris par Le Figaro, comment il a été recruté à Accra, la capitale du Ghana. On lui a promis un contrat sur un bateau de pêche irlandais. Il devait se rendre à l'aéroport d'Heathrow à Londres puis prendre le bus jusqu’au port d'attache de son bateau d'affectation. Abraham se rend alors compte que les conditions de travail réelles ne sont pas conformes à ce qu'on lui a présenté lors de la signature du contrat : « On nous faisait travailler continuellement. J'ai passé parfois 48 heures à travailler sans dormir. » Aux escales, il n'a pas le droit de descendre du navire. Il ne dispose d'aucun jour de repos et ne touche que la moitié du salaire perçu pour le même travail par les Irlandais.

Selon des organisations humanitaires, l’État irlandais ne protège pas suffisamment les migrants sans papiers victimes d’abus. Cependant, le ministère de la Justice irlandais, cité par le journal britannique, souligne que « des mesures ont été mises en place pour lutter contre le trafic d’êtres humains » et que « tout soupçon de trafic humain fait l’objet d’une enquête exhaustive ».

 

Dernière màj le 8 décembre 2016