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Irlande du Nord : le blocage pourrait persister après les élections

Pays : Union européenne

Tags : Irlande du Nord, union européenne, Brexit

Les résultats des élections régionales anticipées en Irlande du Nord, sont tombés : avec un seul siège d'avance, les unionistes du DUP l'emportent sur les nationalistes du Sinn Féin qui réalisent eux une belle percée à l'assemblée régionale. Mais si les règles du pays obligent le parti nationaliste et le parti unioniste à se partager le pouvoir au sein d’un gouvernement de coalition, les profonds désaccords qui les oppose depuis plusieurs mois font craindre une persistance de la crise politique après ces élections.

Depuis plusieurs mois, l’Irlande du Nord traverse une crise politique majeure due aux divisions entre les deux partis de gouvernement. Le Sinn Féin, parti nationaliste favorable à la réunification avec la République d’Irlande et à une sortie du Royaume-Uni, formait depuis 2007 une coalition avec le Parti unioniste démocrate (DUP), pro-britannique. En effet l’accord de Belfast signé en 1998 veut que les unionistes protestants gouvernent avec les nationalistes catholiques, pour éviter la reprise des conflits entre communautés qui ont ravagé l’Irlande du Nord pendant des décennies.

Au mois de janvier, le vice-premier ministre Martin McGuinness, figure du Sinn Féin, a présenté sa démission du gouvernement de coalition, en signe de désaccord avec Arlene Foster, la Première ministre unioniste. En cause, les pertes conséquentes pour l’économie nord-irlandaise qu’a provoqué le programme "d’incitation à l’énergie renouvelable" (RHI) d’Arlene Foster (le scandale "cash for ash"), mais également le fait que la Première ministre n’ait jamais reconnu son erreur. (Voir l’infographie)

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Si elles sont une conséquence logique de la démission du vice-président, les élections anticipées du 2 mars pourraient ne pas suffire à résoudre la crise politique en Irlande du Nord. Selon les derniers sondages, ce sont les mêmes partis -le DUP côté unioniste et le Sinn Féin chez les nationalistes- qui remporteraient le scrutin. Le Sinn Féin pourrait toutefois arriver en tête, ce qui modifierait le rapport de force.

Michelle O'Neill pourrait ne pas accepter de gouverner avec Arlene Foster: le blocage risque donc de se perpétuer.

Christophe Gillissen, enseignant-chercheur à l'université de Caen - 27/02/2017

Mais pour Christophe Gillissen, enseignant-chercheur à l’université de Caen et spécialiste de l’Irlande du Nord, "le fait qu’Arlene Foster ne se soit pas retirée et qu’elle représente le DUP aux élections pose problème. Michelle O’Neill, désignée pour succéder à McGuinness et représenter le Sinn Féin, pourrait ne pas accepter de gouverner avec elle : le blocage risque donc de se perpétuer".

Si tel est le cas, l’Irlande du Nord pourrait théoriquement retourner sous l’administration directe de Londres. Cependant, James Brokenshire, le ministre britannique chargé de l’Irlande du Nord, a maintes fois répété que cela n’arriverait pas.

 

Tensions à la frontière sud

Ces élections anticipées, qui interviennent seulement dix mois après la dernière consultation en Irlande du Nord, viennent ajouter à la confusion déjà provoquée par le vote en faveur du Brexit. Bien que l’Irlande du Nord ait voté à près de 56% pour le maintien du Royaume-Uni au sein de l’Union européenne, Londres refuse de laisser leur mot à dire aux parlements régionaux.

 

 

En outre, si le processus du Brexit arrive à son terme, la frontière qui sépare l’Irlande du Nord de l’Eire deviendra une frontière extérieure de l’UE. L’éventualité du rétablissement de postes-frontières entre les deux Irlande fait craindre de nouveaux conflits.

Christophe Gillissen décrypte ainsi l’inquiétude nord-irlandaise : "La question de la libre-circulation entre l’Irlande du Nord et la République d’Irlande est un enjeu primordial, en raison du flux important de personnes qui traversent la frontière. Pour les nationalistes, le fait que la frontière avec la République d’Irlande soit devenue invisible était un symbole fort, celui d’un premier pas vers une réunification. Mais si les contrôles sont rétablis après le Brexit, ce serait très mal vécu par les nationalistes, qui pourraient dénoncer une remise en question des accords de paix".

Peu de risques d’un retour au conflit armé

Pour l’instant, les tensions en Irlande du Nord ne semblent pas inquiéter outre mesure le Royaume-Uni, penché sur son processus de sortie de l’Union européenne. Pour Christophe Gillissen, le risque d’un regain de violences est pour l’instant assez peu élevé. "Il y a des groupes dissidents, mais ce ne sont que des réseaux minoritaires", explique le chercheur. Mais si le contexte frontalier changeait radicalement, "avec le rétablissement d’une frontière visible et contraignante", cela pourrait déstabiliser le pays, à l’équilibre politique fragile.

Dernière màj le 2 mars 2018