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Irlande du Nord - En lutte contre l’exploitation sexuelle

Pays : Royaume-Uni

Tags : prostitution, pénalisation, Irlande du Nord

En se prononçant pour la pénalisation des clients de prostituées, le Parlement irlandais lance une nouvelle croisade contre l’« esclavage » sexuel.

En Irlande, les clients des prostituées ont du souci à se faire. Le pays, qui interdisait jusqu'ici  le racolage, le proxénétisme et les maisons closes mais pas les relations sexuelles tarifées, veut désormais poursuivre les clients de prostituées. C'est tout du moins l'objectif de l'amendement adopté au parlement le 21 octobre dernier, dans le cadre d’un projet de loi sur la traite des êtres humains. Les partisans de cette réforme affirment qu’elle va permettre de réduire les mauvais traitements liés à la prostitution. De leurs côtés, ses détracteurs considèrent que la nouvelle loi risque d'encourager la prostitution clandestine. Interdire totalement la prostitution ou décourager proxénètes et clients du commerce sexuel ? C'est un débat qui n'a pas fini de diviser en Irlande.

 

Des prostituées sous la coupe de réseaux mafieux

Selon une étude de la Queen's University de Belfast, près de 17 500 hommes paieraient chaque année pour des services sexuels en Irlande du Nord. Pour l’Immigrant Council of Ireland, la prostitution reste un phénomène très répandu dans le pays. Selon les recherches de cette organisation portant sur l’Irlande du Nord, une grande majorité des prostituées, notamment originaires d'Europe de l'Est seraient sous la coupe de réseaux très organisés et très rentables. Des filles particulièrement « vulnérables» selon Ivana Bacik, professeur de droit criminel au Trinity College de Dublin. Cette chercheuse estime que la pénalisation des clients risque de favoriser des formes de prostitution plus clandestines et précaires.

 

Montrer aux clients la réalité du trafic sexuel

Début novembre, une campagne numérique a été lancée avec l’agence Eightytwenty. Son but est d'alerter sur la réalité du trafic sexuel. Une opération pour le moins originale : l'application pour smartphone, Tinder, destinée aux rencontres amoureuses, s’est vue dotée de faux profils. L’utilisateur, séduit par le profil de jeunes femmes aguicheuses, comprend assez rapidement par des photos explicites que celles-ci sont en fait des jeunes filles mineures et prostituées de force.  

 

Le modèle nordique

En Irlande, nombre de commentateurs vantent le modèle suédois où justement la vente de services sexuels est légale, mais son achat, lui, criminalisé. Depuis 1999, la Suède a adopté une loi dite « d’achat sexuel » («sexköpslagen»). Cette dernière interdit le paiement pour un rapport sexuel mais pas le fait de vendre ce service. Neuf ans après la Suède, la Norvège et l’Islande ont à leur tour introduit une loi semblable. De son côté, le Parlement européen exhorte les Vingt-Huit à suivre le « modèle nordique » pour combattre la prostitution. Le 26 février dernier, les eurodéputés ont ainsi adopté, à une large majorité, une résolution prônant la pénalisation des clients de prostituées.

 

Céline Peschard

 

 

Dernière màj le 8 décembre 2016