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Irak : chrétiens, chiites et yazidis poussés à l'exode par les djihadistes

Pays : Irak, Syrie, Turquie

Tags : Chrétiens, Etat Islamique, d, Kurdes, yazidie, qaraqosh

200.000 personnes ont été obligées de fuir leurs maisons, chassées par l'armée de l’État Islamique, qui s'est installée dans le nord du pays. Les djihadistes sont déterminés à étendre leur emprise sur les territoires tenus par les Kurdes. Dans une rare union sacrée, les Kurdes d'Irak, de Syrie et de Turquie, soutenus par l'aviation irakienne, se sont alliés pour lancer une contre-offensive sur les villes prises par les insurgés sunnites.

L'ONU parle de tragédie humanitaire. Une de plus. Des djihadistes de l'Etat Islamique (EI) se sont emparés le 07 août de Qaraqosh, la plus grande ville chrétienne d'Irak, poussant des dizaines de milliers de personnes à fuir. Le clergé chaldéen appelle la communauté internationale à l'aide. Selon Le patriarche Louis Sako, les djihadistes ont lancé leur attaque mercredi soir. 100.000 chrétiens ont été poussés à fuir avec rien d'autre que leurs vêtements sur eux. "C'est un désastre humanitaire", a-t-il lancé. "Femmes, enfants et veillards sont sur les routes par une chaleur étouffante de 55°C". En outre, "les insurgés occupent des églises dont ils ont abattu les croix, et plus de 1.500 manuscrits sont également partis en fumée", a-t-il ajouté.

 

"Aujourd'hui, nous lançons un appel avec beaucoup de douleur et de tristesse, au Conseil de sécurité de l'ONU, à l'Union européenne et aux organisations humanitaires, pour qu'ils aident ces gens en danger de mort", a insisté le patriarche, en redoutant un génocide. A Rome, le pape François a évoqué des "événements angoissants" et a lui aussi lancé un appel urgent à la communauté internationale pour protéger les populations en fuite dans le nord de l'Irak.

 

Se convertir ou mourir

Précédés par leur réputation de cruauté forgée à coup de pendaisons et d'exactions à l'encontre de tous ceux qu'ils considèrent comme "infidèles", les djihadistes ont chassé la population en quelques heures à peine. Les combattants de l'EI forcent en effet les habitants à se convertir à l'Islam, sous menace de mort. Pour tenter de contrer l'avancée djihadiste, les combattants kurdes d'Irak, de Syrie et de Turquie, ont temporairement mis leurs différents de côté pour unir leurs forces dans une rare alliance. Leur objectif : secourir des milliers de civils bloqués dans les montagnes voisines. Au total, jusqu'à 200.000 personnes seraient concernées selon l'ONU.

 

"Les Kurdes venus de Syrie et de Turquie sont chargés de combattre les djihadistes dans la région de Rabia et Sinjar, à l'ouest de Mossoul", a déclaré Hallo Penjweny, haut responsable du parti de l'Union patriotique du Kurdistan irakien (UPK). "Nous (les peshmergas), nous occupons de Zoumar et du reste du secteur au nord et à l'est de Mossoul", a-t-il annoncé.

 

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40 enfants morts

Le retrait de Sinjar des peshmergas a également obligé des milliers de civils à fuir, et en particulier de nombreux Yazidis, minorité kurdophone persécutée de longue date, considérée par l'EI comme des adorateurs du diable. Nombre d'entre eux sont maintenant menacés autant par la faim et la soif, que par les massacres des djihadistes. "Plusieurs enfants sont déjà morts et ont été enterrés dans la montagne", a-t-il ajouté. L'Unicef a évoqué mardi un premier bilan de 40 enfants morts. Le Conseil de sécurité de l'ONU a prévenu que les persécutions de l'EI contre les minorités pouvaient constituer "un crime contre l'humanité".

 

Réunion en urgence du Conseil de sécurité

Le 04 août, Bagdad avait décidé d'appuyer la contre-offensive kurde, dans un mouvement exceptionnel de coopération illustrant la gravité de la situation. Ce jeudi, dans une autre alliance inédite, des soldats irakiens, des miliciens chiites et des forces kurdes ont lancé plus au sud une vaste opération conjointe pour libérer Amerli, une ville turcomane au nord de Bagdad assiégée depuis près de deux mois par les islamistes de l'EI. Mais après les événements de cette semaine et la prise dimanche dernier de la ville kurde de Sinjar, la possibilité d'une offensive djihadiste contre Erbil et Kirkouk, en vue de la conquête du Kurdistan irakien n'est plus du tout exclue. Les combattants de l'État islamique sont actuellement à 30 kilomètres de la capitale de la région autonome, soit 20 minutes en pick-up. A la demande de la France, le Conseil de sécurité de l'ONU doit se réunir en urgence jeudi soir à New York au sujet de la situation en Irak.