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"India Express", le livre

Pays : Inde

Tags : India Express, Littérature, Constantin Simon

C’est un peu l’envers du décor, la face cachée des reportages.  Ou encore le "making of", comme l’AFP l’appelle. Pendant 7 ans, Constantin Simon a sillonné l’Asie pour diverses télévisions. De ses souvenirs de reportages, de ses rencontres improbables, il a fait un livre, sorti le 15 janvier . Un roman pour être précis. Drôle, tendre et un rien cruel pour les mercenaires de l’info qui comme lui doivent vendre leurs sujets aux rédactions parisiennes. Et strasbourgeoise aussi puisque plusieurs de ces reportages ont été réalisés pour ARTE. Comme celui sur ces enfants qui dès le plus jeune âge travaillent dans les immondices d’une décharge à New Dehli. Vous trouverez ici non seulement ce reportage mais aussi l’extrait du chapitre écrit à partir de ce reportage. Et une interview de Constantin Simon.

Constantin Simon

ARTE Info : pourquoi écrire ce livre ?

 

Constantin Simon : Quand on est journaliste reporter d’images à bourlinguer depuis 7 ans en Inde, dans les pays voisins, en Asie, on emmagasine énormément d’histoires qui sont les à-côtés des reportages, des choses qui se passent avant, après, qu’on ne voit pas dans le reportage et qui sont bien souvent beaucoup plus drôles cocasses, originales, moins formatées finalement que le reportage lui-même. Et donc toutes ces  aventures j’en ai noirci des cahiers pendant des années jusqu’au jour où je me suis dit que j’avais une matière romanesque suffisante pour écrire un roman nourri de toutes ces histoires réelles et qui parle un peu de notre métier dont on voit souvent le résultat dans les reportages, mais dont on ne connait pas la préparation, la manière sont cela se fabrique. 

C’était aussi une certaine frustration de ne pas pouvoir exprimer dans ces reportages toutes ces anecdotes incroyables, ces personnages fantastiques que j’avais croisés. C’est une frustration que j’ai transformé en création. 

 

J’ai voulu que ce roman soit vraiment nourri et inspiré de la réalité.

Constantin Simon - 15/01/2015

C’est effectivement un roman avec des personnages truculents, notamment certains collègues. Quelle est la part de vrai et celle inventée ?

 

Constantin Simon : J’ai envie de dire qu’en un sens tout est vrai. J’ai vraiment voulu que ce roman soit nourri et inspiré de la réalité et c’est ça qui fait que les scènes, je l’espère du moins, peuvent paraître fortes… Après, j’ai fait le saut du roman, c’est-à-dire que ça aurait pu être un récit mais c’est bien un roman, ça veut dire que j’assume le côté fictionnel. Les gens se reconnaîtront ou pas, je ne veux pas rentrer là-dedans : quel collègue, quel journaliste, mais je vous le dis je me suis inspiré beaucoup de faits réels et de personnages réels.

En fait les personnages sont des additions comme on fait je crois souvent dans un livre. On se nourrit de personnages qui existent vraiment mais on les mélange… Bon allez, je peux vous dire que la Béatrice du roman n’a pas le même âge mais elle a très certainement les traits de caractère d’une vraie journaliste… Et il y a l’histoire d’amour à la fin du livre qui est un mélange de plusieurs femmes, je ne vous dirai pas qui.

Mais il y a aussi des hommes qui deviennent des femmes, des femmes qui deviennent des hommes, la danseuse, la ballerine, cet exemple de caméraman qui a réussi à sublimer son métier en filmant en dansant,  eh bien c’est inspiré d’un vrai JRI qui est un peu notre maitre à tous ;  c’est un homme j’en ai fait une femme.

 

Comment est-ce qu’on filme la mort ? Eh bien maintenant je ne la filme pas pareil, j’essaye de suggérer, de filmer des parties du corps...

Constantin Simon - 15/01/2015

C’est un livre qui porte regard ironique, parfois dur sur le métier de reporter, quel est votre pire souvenir parmi les histoires que vous racontez dans ces pages ?

 

Constantin Simon : Celui qui me frappe tout à coup c’est celui où une personne réelle est pratiquement morte devant  ma caméra. Pas dans l’épisode de Bangkok où un collègue  journaliste s’est pris une balle lors de l’assaut par les "chemises rouges", même si c’était très dur à voir. C’est quand la mort est arrivée de manière presque anecdotique, inattendue. Je filmais pour des repérages, une femme dont le mari était gravement malade, et puis un jour où j’arrive à la maison, j’avais à peine sorti ma caméra que l’homme a fait une crise cardiaque. 

Ça donnait une sorte de dramatisation à ce personnage qui avait accepté qu’on le suive dans tous les moments de sa vie privée, et je me mets à les aider à l’amener à l’hôpital et en même temps je filme. Je filme la mort de quelqu’un, la mort en face… On  sent que la vie est en train de partir de ce corps qui ressemble déjà presque à un cadavre et tout cela je le filme. 

Finalement le film ne s’est pas fait mais c’était à la fois d’une vulgarité, et ça m’a permis de m’interroger sur mon métier, ma présence,  de m’améliorer aussi. Comment est-ce qu’on filme la mort ? Eh bien maintenant je ne la filme pas pareil, j’essaye de suggérer, de filmer des parties du corps plutôt que de me précipiter sur le cadavre comme je l’ai fait ce jour-là.

 

Le reportage, daté du 12 juin 2012, qui a inspiré le chapitre "Le peuple des poubelles" :
Inde : le travail des enfants
Extraits du chapitre sur le travail des enfants en Inde, intitulé "Le peuple des poubelles" :

 

 

Dernière màj le 8 décembre 2016