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"Il est trop simple de produire des armes chimiques"

Pays : Syrie

Tags : arme chimique, attaque, chlore

Des habitants du bastion rebelle de Kafar Zeita dans le centre de la Syrie auraient récemment été les victimes d'une attaque chimique. Selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme, une ONG proche de l'opposition, ils auraient suffoqué et montré des symptômes d'empoisonnement. Les États-Unis déclarent détenir des indications selon lesquelles un produit chimique, probablement du chlore, a été utilisé sur place. Juste avant eux, la France avait également affirmé avoir des éléments sur l'utilisation récente d'armes chimiques par le régime. En octobre dernier, la Syrie avait pourtant intégré officiellement la Convention sur l'interdiction des armes chimiques.

Oliver Meier est expert en armement et chercheur à l'Institut allemand de politique et de sécurité internationales. Il a répondu aux questions d'ARTE Journal.

 

Quelles évolutions concrètes a-t-on pu observer depuis que la Syrie a officiellement intégré la Convention sur l'interdiction des armes chimiques ?
Oliver Meier : Depuis l'an dernier, la Syrie s'est montrée prête à acheminer ses propres stocks d'armes chimiques en dehors de ses frontières. Selon les derniers chiffres disponibles, environ 80% des stocks d'armes chimiques déclarées ont quitté la Syrie et la destruction des sites de production progresse. Mais même si des avancements considérables ont été constatés, il est important de souligner les nombreuses failles qui persistent encore.

 

 

Des failles ?
Oliver Meier : Oui, il y a des failles dans la mesure où les délais d'évacuation de l'arsenal chimique n'ont pas été respectés. Ils étaient dans un premier temps fixés à fin mars avant d'être reportés à fin avril. Et pour l'instant, il est loin

80%

des stocks d'armes chimiques déclarées ont quitté la Syrie.

Oliver Meier

d'être certain que l'ensemble des stocks déclarés soient transportés hors de Syrie avant la dernière date limite. Il ne faut pas non plus perdre de vue que la Syrie s'était égalementengagée à détruire tous ses sites de productions. Mais là aussi, selon l'OIAC, l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques, il y a certes eu des avancées mais l'objectif initial n'est pas encore atteint.


 

Comment une nouvelle attaque chimique a-t-elle pu être possible ?

S'il s'avère que c'est bien ce qui s'est passé, il s'agirait d'une grave violation des engagements syriens. Il faut bien rappeler que la Syrie a adhéré l'an dernier à la Convention sur les armes chimiques."

Oliver Meier

Oliver Meier : Nous ne savons pas encore exactement ce qui a bien pu se passer sur place. Plusieurs indices, qui émanent aussi bien du gouvernement syrien que des rebelles, portent à croire qu'une attaque chimique aurait eu lieu au cours des derniers jours. Une substance chimique, probablement du chlore, aurait été utilisée contre la population. S'il s'avère que c'est bien ce qui s'est passé, il s'agirait d'une grave violation des engagements syriens. Il faut bien rappeler que la Syrie a adhéré l'an dernier à la Convention sur les armes chimiques. Damas s'était alors engagé à ce qu'il n'y ait plus d'attaques chimiques dans le pays. Pour l'instant, on n'en connaît ni la date, ni les auteurs. On ne sait d'ailleurs même pas si elle a réellement une lieu. En revanche, il serait plus que nécessaire d'enquêter sur cette affaire et éventuellement de le faire dans le cadre de la Convention sur les armes chimiques, ce qui était impossible il y a à peine un an.

 



Pourquoi le chlore ne figure-t-il pas sur la liste des armes chimiques à détruire ?
Oliver Meier : La Convention sur les armes chimiques ne dispose pas d'une définition bien précise de ce qu'est concrètement une arme chimique. Elle se contente d'interdire l'ensemble des composants chimiques toxiques à des visées dites non pacifiques. Mais il se trouve que certaines substances, en l'occurrence le chlore, sont également utilisées à des fins civiles. Cette spécificité affranchit les autorités syriennes de toute déclaration auprès de l'OIAC. Mais si l'on devait se rendre compte que ce composant a été employé comme une arme chimique, il est évident qu'il aurait fallu le déclarer comme tel auprès de l'OIAC.



 

Il est aussi possible de mettre en place un système de contrôle permanent de l'interdiction d'armes chimiques en Syrie. Mais  ces mesures sont difficiles à mettre en œuvre dans un contexte de guerre civile."

Oliver Meier

Comment procéder à l'avenir pour empêcher de nouvelles attaques ?
Oliver Meier :
Dans l'absolu, il n'existe malheureusement pas de solution miracle pour éviter que cela ne se reproduise. Il est en effet bien trop simple de produire des armes chimiques. On ne peut que se contenter de réduire au maximum l'éventualité d'une attaque en détruisant les stocks d'armes qui se trouvent déjà dans le pays, mais aussi en anéantissant les infrastructures qui permettent leur production. Il est aussi possible de mettre en place un système de contrôle permanent de l'interdiction d'armes chimiques en Syrie, comme ce qui est d'ailleurs prévu par la Convention sur les armes chimiques. Mais dans tous les cas, ces mesures sont particulièrement difficiles à mettre en œuvre dans un contexte de guerre civile. La priorité est donc d'abord de permettre un retour au calme.

Dernière màj le 8 décembre 2016