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IAA : l’électrique allemand au cœur d’un salon abandonné par les plus grands

Pays : Allemagne

Tags : Voitures, voiture électrique, IAA, automobile, Francfort

Le plus grand salon automobile, le salon de Francfort (IAA) ouvre ses portes le 14 septembre, pour dix jours. Le moteur électrique et la conduite automatique sont au cœur de cette 67ème édition du salon où 50 marques automobiles seront présentes mais certaines, dont Tesla, Peugeot, Fiat, Volvo, boudent l’évènement.

Les marques allemandes en reconversion électrique

Après le scandale du « dieselgate », Volkswagen et son président Matthias Müller misent tout sur le moteur électrique. Le groupe allemand continue ses investissements dans la mobilité électrique, un plan de 20 milliards d’euros d’ici 2030 a été mis en place (soit presque le coût du scandale du diesel qui a entaché depuis deux ans la réputation de la société). Le directeur précise que d’ici 2025, les différentes marques du groupe Volkswagen lanceront sur le marché plus de 80 nouveaux modèles de voitures aux moteurs électriques, dont 50 aux moteurs totalement électriques et 30 aux moteurs hybrides. « Nous avons compris le besoin et nous le comblerons. Ce n’est pas une déclaration d’intentions facultative mais un engagement personnel, auquel nous nous mesurons aujourd’hui ». Le directeur ajoute « la transformation de notre industrie ne s’arrête devant rien. Nous allons mener cette transformation ». Il a tout de même indiqué son désaccord face aux directives d’interdiction des moteurs à diesel en Allemagne : « l’interdiction est un coup dur porté à l’industrie que l’on ne peut accepter en aucun cas », a-t-il précisé au journal Bild. Pour l'instant les trois villes de Berlin, Stuttgart et Munich reflechissent encore à interdire leurs accès à certaines voitures diesel. 

Le groupe Daimler aussi a annoncé ses intentions de sortir des modèles électriques ou hybrides pour tous les modèles de sa marque de voitures Mercedes-Benz d'ici à 2022 et convertir sa citadine Smart en une marque électrique. Ce plan va concerner « plus de 50 versions de véhicules électrifiés (...) Le temps est venu » de croire en l'électrique, intégral ou partiel, puisque « la densité énergétique des batteries progresse alors que les coûts diminuent », a-t-il fait valoir à l'AFP. Selon Frank Lindenberg, directeur financier de la marque Mercedes-Benz, 25% des ventes globales du constructeur seront réalisées d'ici à 2025 « par des modèles électrifiés ».

Enfin, la semaine dernière, le rival bavarois BMW avait détaillé sa stratégie de développement de l'électrique, annonçant 25 modèles d'ici à 2025, soit 12 voitures 100% électriques et 13 hybrides. « Nous préparons actuellement toutes nos usines à l'électrique. A l'avenir, nous serons en mesure d'équiper chacun de nos modèles avec la motorisation souhaitée », avait assuré le patron de la firme, Harald Krüger.

 

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Moteur électrique BMW au salon IAA © ULI DECK / DPA

 

D'autres solutions, d'autres moteurs 

Situé entre l’essence et l’électrique, l‘hybride "léger 48" est un nouveau type de moteur, moins coûteux, qui semble être un nouveau compromis. Le moteur hybride combine le moteur électrique et moteur à explosion (essence ou diesel),  ce qui permet de réduire la consommation de diesel, et donc d'emission de CO2. Le "léger 48" est plus faible qu'un moteur hybride normal (alimenté par une tension d'environ 200 volts) donc la consommation de carburant est plus élevée.  Le moteur hybride "léger 48" réduirait de 15 à 20% la consommation de carburant tandis que celle-ci serait plutot réduite de 45% pour un hybride normal. L'intérêt du moteur "léger 48" serait donc de démocratiser plus rapidement un moteur propre, car la solution est moins coûteuse pour le consommateur.  

Rouler propre n’est pas forcément synonyme d’électrique. Différents types de moteurs permettent de réduire la consommation de CO2 présente sur Terre, comme le précise le directeur d’administration de Volkswagen, Hans Dieter Pötsch à la DPA : « Le diesel n’est pas un problème, mais une solution » car les nouveaux modèles de moteurs sont beaucoup plus propres et efficaces. «Nous nous efforçons de rendre le diesel respectueux de l’environnement », ajoute-t-il. En effet, ce n’est pas l’utilisation du diesel qui est en soit polluante, le diesel permet au contraire d'avoir plus d’autonomie et provoque moins d’émissions de CO2 que l’essence. Le diesel émet en revanche des particules NOx (oxyde d’azote) qui sont dangereuses pour les voies respiratoires. Elles sont reconnues cancérogènes par l’OMS (Organisation mondiale de la Santé). Carlos Tavares, président du groupe PSA, critiquait ce manque de communication sur le diesel à l’antenne de RTL. « Je pense qu'il y a un déficit d'information sur la modernité du diesel et sur sa performance réelle en matière de dépollution. Le diesel moderne, c'est à dire celui qui respecte les normes Euro 6, est parfaitement propre », a-t-il dit. Les normes Euro 6 imposent en effet aux nouveaux moteurs diesel de réduire presque à néant les émissions de CO2 et de NOx. Cependant ces normes s’appliquent aux nouveaux moteurs et les anciens, aux émissions plus fortes continuent de rouler.  

 

Philippe Mangeard, PDG de TK'Blue, une Agence de notation extra financière de l’empreinte environnementale du Transport, rappelle aussi que le CO2 n'est pas un polluant, il n'est pas dangereux pour la santé, mais contribue au réchauffement climatique. Ce qui est dangereux pour l'homme ce sont les particules NOx et SOx qui sont produites par le moteur mais surtout par les frottements des pneus et des freins. Pour lui, remplacer totalement le diesel par l'électrique serait une erreur. " À ce stade, les camions électriques ne peuvent transporter que 800kg de marchandises, contre 16 tonnes pour les camions normaux, ce qui va augmenter considérablement le trafic", explique-t-il. La hausse de véhicules engendrerait une hausse du trafic et des frottements. Donc avant de passer au "tout électrique", il faut penser au "coût sociétal global" qui est aussi élevé pour l'électrique : la production d'une batterie électrique nécessite l'utilisation de matières comme le lithium qu'on ne sait pas encore recycler, et nécessite aussi une plus grande production électrique dont les usines produisent du CO2.

Absence de Tesla et bien d’autres

Si la voiture électrique est au cœur des questions automobiles, Tesla et Nissan, deux des plus gros constructeurs électriques ne sont pas présents à Francfort. « La plus importante voiture de l’année n’est pas au salon », critique Ferdinand Dudenhöffer, expert en industrie automobile qui fait référence au modèle électrique Tesla Model 3. La marque électrique de luxe se justifie auprès de l'AFP : "nous ne sommes pas un constructeur automobile traditionnel, nous recherchons donc des événements ne relevant pas de ce domaine", indique le groupe. Elle n’était pas non plus présente aux shows automobiles de Detroit et de New York. Nissan, dont le modèle Leaf est la voiture électrique la plus vendue au monde, déserte aussi l’IAA. D’autres grandes marques comme Peugeot, Fiat, Volvo et Mitsubishi boudent aussi le salon. Un tel évènement représente effectivement un grand coût pour les entreprises, qui critiquent aussi la foire allemande de privilégier les marques germaniques.