|

Huawei : un espion venu de Chine

Pays : Chine

Tags : Huawei, espionnage, Télécoms

Huawei, le géant chinois des télécommunications, s’est lancé à la conquête de l'Europe. Pourtant son image reste entachée par de graves soupçons de cyber-espionnage industriel. Mais l’Europe peut-elle pour autant se passer des investissements chinois ?

C'est un mastodonte encore méconnu du grand public. Le géant chinois Huawei, numéro 3 mondial des smartphones derrière Samsung et Apple, est bien déterminé à conquérir l'Europe. Le 29 septembre dernier, la France lui a ouvert les bras. Ce jour-là, le fondateur de la firme chinoise, Ren Zhengfei, est reçu à Matignon par le Premier ministre Manuel Valls. Il est venu annoncer un plan d'investissement de 1,5 milliard d'euros pour la France, avec à la clef la création de près de 2 000 emplois dans l'Hexagone. Quelques jours plus tôt, c'est en grande pompe que Huawei inaugurait à Sophia Antipolis – la technopole des Alpes maritimes – son centre de recherche et développement, avec là encore une vague de recrutements en prévision. 

 

Lourds soupçons d'espionnage

 

Pourtant, Huawei n'est pas une entreprise comme les autres. Son fondateur a longtemps travaillé dans le renseignement militaire pour le compte de l'armée chinoise. Et si elle tisse sa toile partout en Europe, de l'Allemagne à la Suède, son image reste entachée de graves soupçons d'espionnage. Le risque majeur : le siphonnage des données économiques des pays dans lesquels elle vend ses routeurs, des appareils par lesquels transitent l'ensemble de nos données informatiques.  

Huawei, un espion à la solde de Pékin ? C'est ce que dénonçait récemment l'ex-patron de la CIA, Michael Hayden. Déjà, en 2012, le congrès américain avait demandé que le groupe soit exclu des contrats publics. Depuis, l'Australie a déclaré Huawei persona non grata sur son territoire. Quant à l'Angleterre, qui accueille un centre d'évaluation de sécurité de Huawei sur son sol, elle a décidé de redoubler de vigilance

En France, l'opération séduction du géant chinois semble fonctionner à plein régime. On se souvient pourtant qu'en 2012 le sénateur Jean-Marie Bockel préconisait dans son rapport sur la cyber-défense, d'interdire le déploiement et l'utilisation de routeurs Internet et autres équipements de cœur de réseau d'origine chinoise. Une proposition qui a toujours posé problème alors que SFR et Bouygues Télécom font notamment partie des clients de Huawei. 

 

Peut-on se passer des capitaux chinois ?

 

Châteaux, domaine viticoles, immobilier de prestige, finances, énergies, modes… Les groupes chinois sont présents dans tous les secteurs de l'économie. Les échanges entre la Chine et l'Europe s'élèveraient actuellement à 1,2 milliard d'euros par jour.  Preuve, s'il en fallait une, de ce dynamisme : la « nouvelle Route de la soie », ce projet de grande ampleur conçu par Pékin pour rapprocher la Chine de son partenaire européen et étendre les capitaux chinois sur le Vieux Continent. C'est ainsi que le port allemand de Duisbourg est devenu une destination phare pour les trains de marchandises chinois grâce à une ligne ferroviaire parmi les plus longues du monde. Les Chinois investissent de plus en plus en Allemagne. Des piliers de l'industrie lourde allemande, comme le groupe Putzmeister, ont fait l'objet de rachats spectaculaires au cours des dernières années.

Reste que selon l'Agence française des investissements internationaux (Afii), l'Hexagone est  devenu en 2012 la première destination en Europe des investissements chinois créateurs d'emplois, devant la Grande-Bretagne et l'Allemagne. Depuis, on a assisté à l'une des plus spectaculaires prises de participation chinoise dans une entreprise française : l'investissement de 800 millions d'euros que va faire Dongfeng pour entrer au capital du constructeur automobile PSA. Mais les Chinois sont aussi présents dans des secteurs moins visibles. Dans un article de Rue 89, Pierre Haski pointe des exemples d'investissements inattendus comme celui de la production laitière.   

 

« Ce qui est à vendre...»

 

La France, elle, applaudit des deux mains. « Les investissements chinois sont les bienvenus en France, et nous sommes mobilisés pour les faciliter », s'est réjoui le chef de la diplomatie, Laurent Fabius, lors de la venue du président Xi Jinping en mars dernier. Le pays souhaite accueillir à l'avenir 50 000 étudiants chinois contre 35 000 aujourd'hui. Reste un pan de l'économie française dans lequel la Chine s'aventure encore peu. « D'une manière générale, les Chinois avancent prudemment sur les financements d'infrastructures ou les marchés publics ; ils ne veulent surtout pas apparaître trop pressés, voire comme des prédateurs », analyse le spécialiste de la Chine, François Godement dans Les Échos. Pour lui : « La question est de savoir ce qui est à vendre en France (…) Ni les ports, ni les concessions d'autoroute, ni les voies ferrées. En tout cas, pas pour l'instant… »

 

Manuel Vicuña

 

 

Dernière màj le 18 octobre 2016