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La Grèce, filtre à migrants de l'Union européenne

Pays : Grèce

Tags : crise des migrants, union européenne, conseil européen

La Grèce ouvre mercredi 17 février ses premiers hotspots. Cinq de ces centres d’enregistrement et de sélection des réfugiés sont désormais implantés sur plusieurs îles en mer Egée.

Sous forme de camps de préfabriqués, les hotspots doivent pouvoir accueillir un millier d’arrivants pour un délai de 72h. Au cours de ces trois jours, les autorités grecques sont censées procéder à l’enregistrement et au relevé d’empreintes digitales des migrants accueillis, notamment pour déceler la présence d’éventuels djihadistes. Mais surtout, ces hotspots ont pour but de différencier les migrants éligibles à une demande d’asile (ce qui est le cas de la plupart des Syriens, Afghans et Irakiens) des migrants économiques, incités à rentrer chez eux. C’est là tout l’objectif de ces centres, promis par l’Union européenne lors du Conseil européen du 23 septembre 2015 : mieux gérer l’afflux de réfugiés sur le continent.

Quatre de ces hotspots ouvriront officiellement, mercredi 17 février, sur les îles égéennes de Lesbos, Chios, Leros et Samos. Une implantation qui n’a rien d’anodine, ces îles faisant directement face aux côtes turques d’où provient la très grande majorité des afflux de migrants. Un dernier centre ouvrira sur l’île de Kos "d’ici 5 jours", soit le 21 février, a annoncé mardi 16 février à la presse le ministre de la Défense grec Panos Kammenos. Un retard de construction dû à plusieurs oppositions locales, dont celle du maire en place Giorgos Kiritsis.

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"hotspots" s'ouvrent au large des côtes grecques

Source AFP - 16/02/2016

Tensions sur l'île de Kos

Car l’île de Kos fait les frais d’une fronde explosive sur la question migratoire, à laquelle doivent faire face les autorités gouvernementales. De très violentes manifestations s’y sont déroulées le week-end du 5 février, à proximité de la caserne désaffectée qui doit accueillir le nouveau hotspot. Une partie des habitants de l’île craint que ce point d’enregistrement de migrants ne devienne à terme un centre de détention et ne nuise au tourisme, première ressource de l’île.

 

Deux autres centres pour les demandeurs d’asile

En plus des cinq hotspots au large des côtes, les autorités grecques annoncent l’ouverture imminente de deux autres centres d'accueil sur le continent, où les demandeurs d’asile enregistrés dans ces hotspots seront transférés, en attendant l’examen plus approfondi de leur dossier. L’un de ces centres est établi à Schisto, non loin d'Athènes, et l'autre à Diabata près de Thessalonique, dans le nord du pays. Tout comme à Kos, plusieurs habitants de ces villes ont vigoureusement protesté contre l'établissement de ces centres.

L’ouverture expresse de ces centres à la mi-février correspond en outre à une date butoir pour le gouvernement grec. Alexis Tsipras rendra compte de l’ouverture de ces camps, lors du Conseil européen qui s’ouvre jeudi 18 février à Bruxelles. Les attentes sur la Grèce sont énormes, de la part de ses partenaires européens, dont beaucoup souhaite qu’elle fasse plus que contrôler l’afflux de réfugiés sur son territoire.

 

Les objectifs du Conseil européen sous la loupe

Les tensions entre les Etats européens sont vives, à la veille du sommet des 28 qui regroupe les chefs d'Etat et de gouvernement. Les responsables des instances européennes tentent d’aplanir au mieux le terrain délicat sur lequel porteront les débats, dont la crise des migrants fera bien évidemment partie. Le dernier Conseil européen en date, qui s’est tenu le 23 septembre 2015, avait déjà posé des objectifs très clairs pour tenter de résoudre la crise migratoire. Des objectifs qui avaient semé des dissensions parmi les différents Etats membres : outre les quotas de répartition par pays, le Conseil européen avait décidé la mise en place des onze hotspots en Grèce et en Italie. En 2015, pas moins de 900 000 réfugiés sont arrivés par ces portes d’entrée.

 

La Grèce satisfaite de son bilan

L’ensemble des objectifs posés lors le sommet de 2015 seront passés au crible lors du Conseil des jeudi 18 et vendredi 19 février. La Grèce sait qu’elle est sur la sellette. En novembre 2015, l’Union européenne lui avait donné trois mois pour pallier les "sérieuses défaillances" dans sa gestion migratoire, notamment pour accélérer l’ouverture de ses cinq hotspots et pour améliorer ses procédures d’identification.

Le jeu consistant à renvoyer les responsabilités sur la Grèce est terminé.

Panos Kammeros, ministre de la défense grec - 16/02/2016

Si la Grèce ne tient pas son cahier des charges, l'Union européenne se réserve le droit de rétablir les contrôles aux frontières intérieures pour deux ans, au risque d'isoler le pays. Face à la pression, la Grèce a tenu à défendre son bilan mardi 16 février, deux jours avant le Conseil européen. Le ministre de la défense Panos Kammenos estime que son pays a rempli son contrat en inaugurant, mercredi 17, quatre des cinq hotspots promis sur les îles proches de la Turquie. "Le jeu consistant à renvoyer les responsabilités sur la Grèce est terminé", a estimé mardi Panos Kammenos. Et de rappeler que la Grèce a accepté, mercredi 10, un plan allemand de déploiement en mer Egée d'une mission de l'OTAN chargée de surveiller les côtes turques et de mettre fin aux opérations de trafics humains. "La Grèce a honoré ses engagements, nous attendons que l'autre partie le fasse aussi", a renchéri pour sa part son ministre adjoint, Dimitris Vitsas.

 

Visegrad veut un mur grec

Un certain nombre d’Etats ne sont pas aussi enthousiastes que la Grèce sur ce bilan. C’est notamment le cas d’Etats d’Europe centrale. Le groupe de Visegrad, regroupant la République Tchèque, la Slovaquie, la Pologne et la Hongrie, sont décidés à faire entendre leur voix lors du Conseil des 18 et 19 février. Conjointement avec la Bulgarie et la Macédoine – dont les chefs d'Etat seront présents au Conseil européen – ces pays forment un pôle opposé aux quotas et favorable à une fermeture de la frontière grecque.

Exclure la Grèce de Schengen ne résoudra aucun de nos problèmes.

Donald Tusk, président du Conseil européen- 16/02/2016

En outre, le président du Conseil européen Donald Tusk, qui était en Grèce mardi 16 dans le cadre de sa tournée avant le sommet européen, a réaffirmé avec fermeté la position de l'Union : "exclure la Grèce de Schengen ne résoudra aucun de nos problèmes", a-t-il déclaré après un entretien avec le Premier ministre Alexis Tsipras. 

Le groupe de Visegrad, aux accents nationalistes, pourrait toutefois ébranler les leaders de l’Union européenne – dont l’Allemagne. Les quatre dirigeants devront cependant rester diplomatiques. Pour éviter, d'abord d’être catégorisés comme des Etats européens "récalcitrants". Ensuite parce que l’unanimité au sein du groupe n’est pas acquise. La Hongrie et la Slovaquie, l’aile dure du bloc, ont porté plainte en décembre 2015 contre les quotas devant la cour de justice de l'Union européenne. De l’autre côté, la République tchèque, plus modérée, souhaite une solution européenne.

Les citoyens européens disent "oui" à la solidarité
Quand les Etats européens sont divisés sur la question des quotas, les citoyens, eux, se prononcent en faveur de solutions solidaires. C’est ce qu’a mis en lumière un sondage effectué en décembre 2015 par la fondation Bertelsmann Stiftung. Selon cette étude, qui a été réalisée auprès de 11 410 citoyens provenant des 28 pays membres de l’UE, une majorité de citoyens (79%) se sont prononcés en faveur d’une répartition équitable des réfugiés entre les différents Etats membres de l’UE. "Le message envoyé par le peuple semble clair", estime le CEO de la fondation Aart De Geus. "Les citoyens souhaitent une Europe solidaire". Plus que cela, les sondés rejettent fermement l’idée que les Etats réagissent de façon individuelle à la crise migratoire. Seuls 22% d’entre eux souhaitent que leur pays gère individuellement les migrants. Chiffre significatif, 69% des interrogés souhaitent que les Etats qui refusent d’assumer leurs responsabilités, face à la crise des migrants, soient sanctionnés en percevant moins de fonds européens.

Dernière màj le 29 août 2017