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Groenland - Faut-il exploiter l'uranium pour booster l'économie ?

Pays : Groenland

Tags : uranium, élections législatives

L'extraction d'uranium pourrait permettre au Groenland de s'affranchir économiquement du Danemark.  Mais l'île arctique est plus que jamais divisée sur la question. 

Le Groenland doit-il ou non se lancer dans l'extraction d'uranium ? Sur l'île, la question n'a pas fini de susciter débats et controverses. Elle est même devenue l'un des thèmes centraux de la campagne pour les élections législatives du 28 novembre. Une campagne qui a viré à la bataille rangée. D’un côté, le gouvernement social-démocrate de droite, qui a fait adopter en octobre 2013 une loi ouvrant la voie à l'exploitation de l'uranium, jusque-là interdite. De l'autre côté, le parti d'opposition de gauche, Inuit Atagatigiit (IA), qui dit non à l'uranium et souhaite la tenue d'un référendum sur l'exploitation de cette ressource. 

 

Une île sous perfusion

L'économie du Groenland est fortement tributaire de la pêche et du tourisme. Par ailleurs, ce territoire autonome sous tutelle danoise vit actuellement sous la perfusion des subventions de Copenhague, qui s’élèvent à 457 millions d'euros par an.

Le gouvernement au pouvoir voit dans l'extraction d'uranium un moyen de s'affranchir économiquement du Danemark. La Première ministre du Groenland, Aleqa Hammond, n'a eu de cesse de vanter le potentiel des gisements de l'île, qui pourrait se hisser « parmi les dix premiers » exportateurs d'uranium au monde, « voire les cinq premiers ». À rebours de ces annonces, une étude menée par treize experts danois, en début d’année 2014, montre que les bénéfices attendus sont surestimés. Selon ces spécialistes, il faudrait investir dans vingt-quatre mines de grande ampleur pour que le Groenland et ses 57 000 habitants ne soient plus économiquement dépendants du Danemark. Quoi qu'il en soit, le parti social-démocrate tente d'attirer les compagnies minières. Et les ressources de l'île (fer, aluminium, terres rares, pétrole, etc.) ne manquent pas d'aiguiser les appétits des prospecteurs miniers et des sociétés pétrolières qui se tiennent en embuscade, comme Vox Pop l'a montré dans son enquête intitulée Les voyous de l'environnement.  

 
Retour dans le giron européen

D’après le député français André Gattolin, et l'expert de l'Arctique Damien Degeorges, le Groenland et l’Union européenne (UE) pourraient resserrer leurs liens. Effectivement, le territoire arctique a besoin d’investisseurs à cause de la faillite imminente de son plus gros client anglo-chinois, London Mining. De son côté, l’UE cherche à se positionner face à ce territoire stratégique. « Un engagement financier renforcé de l'Union européenne au Groenland, à l'heure où des puissances majeures telles que la Chine font montre d'une approche pragmatique et d'un fort intérêt pour l'île arctique, serait plus que bienvenu en vue de garantir une économie groenlandaise saine sur le long terme  », déclarent-ils.

Le Groenland avait quitté la Commission économique européenne (CEE) en 1985 en raison de différents sur la réglementation de la pêche et d’une interdiction sur la commercialisation des peaux de phoques.

 

Céline Peschard

 

 

Dernière màj le 8 décembre 2016