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Grèce : trois questions sur le troisième scrutin de l'année

Pays : Grèce

Tags : Syriza, Alexis Tsipras, Austérité

Pourquoi ces nouvelles élections législatives ?

Après des mois d'âpres négociations, la Grèce et ses créanciers (Union européenne, Banque centrale européenne et Fonds monétaire international) se sont mis d'accord début août sur un nouveau renflouement d'un montant de 86 milliards d'euros, en échange de drastiques mesures budgétaires et réformes structurelles. Le plan d'aide a bien été adopté le 14 août par le Parlement grec, mais a été rejeté par un tiers des 149 députés de Syriza, le parti de gauche au pouvoir. Face à la fronde de son propre camp et afin de retrouver une majorité et renforcer sa légitimité, le premier ministre Alexis Tsipras, en poste depuis janvier, a démissionné six jours plus tard, le 20 août, entraînant de nouvelles élections législatives, programmées ce dimanche 20 septembre.

Où en est la Grèce ?

En cinq ans et trois plans d'aide, la Grèce a reçu plus de 300 milliards d'euros d'aides européenne et internationale. Côté pile, donc, ces soutiens financiers venus de l'extérieur et côté face, de brutaux programmes d'austérité faits notamment de coupes dans les budgets de l'Etat et d'augmentation des impôts. L'économie grecque est aujourd'hui au plus mal :

- Le produit intérieur brut (PIB) a chuté de plus de 30% depuis 2008.

- La dette du pays - 320 milliards d'euros - est abyssale, à hauteur de 180% du PIB.

- 26,5% des Grecs se trouvent au chômage - ce taux se hisse à 52,4% chez les moins de 25 ans.

- Depuis 2010, les salaires ont baissé de 38%, les retraites de 45%.

- 18% de la population n'arrive plus à satisfaire ses besoins alimentaires et un tiers des Hellènes vit sous le seuil de pauvreté.

Quels sont les clés du scrutin ?

En janvier, Alexis Tsipras et son parti Syriza avaient été plébiscités sur la promesse de mettre un terme aux cures d'austérité qui plongent le peuple grec dans l'abîme depuis cinq ans - et qui se sont avérées, qui plus est, totalement inefficaces dans la perspective de désendettement du pays. Force est de constater que ces espoirs de changement se sont envolés : le nouveau plan d'aide paraphé début août tend vers une austérité encore plus féroce.

L'un des enjeux de ces législatives est de savoir vers qui vont se tourner les 61,31% de Grecs qui ont voté "non" au référendum du 5 juillet dernier, qui portait sur les conditions imposées par les créanciers de la Grèce. Ces électeurs vont-ils renouveler leur confiance à Alexis Tsipras, alors que l'ex-premier ministre a en quelque sorte trahi le résultat de la consultation, en donnant son accord aux mesures d'austérité que le peuple avait rejeté quelques semaines plus tôt ? Rien n'est moins sûr. D'autant que Tsipras doit désormais composer avec un nouveau parti à sa gauche, Unité populaire, fondé par des anciens députés de Syriza, déçus de la "capitulation" du chef du gouvernement. Cette formation est néanmoins créditée de seulement 3 à 4% des intentions de vote.

Les derniers sondages donnent Syriza et les conservateurs Nouvelle démocratie au coude-à-coude en tête du scrutin, preuve de la résignation d'une partie de l'électorat grec. "Syriza a perdu son image de jeunesse, d'espoir et de changement, c'est rare en Europe de voir une telle dégringolade en si peu de temps", analyse Manos Papazoglou, professeur de sciences politiques à l'université du Péloponnèse, interrogé par l'AFP. Derrière ces deux partis suivent les néo-nazis d'Aube Dorée, les communistes du KKE et les socialistes du Pasok, qui obtiendraient entre 5 et 7% des suffrages.

Le nouvel homme fort de la droite grecque

Evangelos Meïmarakis, 61 ans, a été propulsé début juillet à la tête de Nouvelle démocratie suite à la démission d'Antonis Samaras. Le peut-être futur premier ministre est salué comme une force unificatrice par ses collègues conservateurs.

Si l'on se base sur les intentions de vote, aucun parti n'est ainsi en mesure de conquérir suffisamment de sièges au Parlement pour gouverner seul. Syriza ou Nouvelle démocratie devront s'appuyer sur une coalition pour diriger la Grèce.

Dans une interview accordée à la chaîne Euronews, Alexis Tsipras se dit prêt à coopérer :"Si nous n'obtenons pas la majorité, nous aurons notre programme, notre plan et il y aura toujours des partis ou des députés qui ne voudront pas prendre le risque de nouvelles élections." En janvier, Syriza avait fait alliance avec les Grecs indépendants, parti eurosceptique de droite, pour obtenir la majorité au Parlement. Son rival Evangelos Meïmarakis de Nouvelle démocratie souhaite la formation d’une équipe de négociation avec Bruxelles, qui regrouperait le plus large éventail de partis possible, et appelle Syriza à un gouvernement de coalition : "Les Grecs veulent avant tout de la stabilité politique et la collaboration de leurs représentants pour reprendre le chemin de la croissance."

Signe d'un scrutin qui ne passionne pas grand-monde dans le pays méditerranéen, cette phrase d'Ilias Papazoglou, un chômeur grec, dans les colonnes du quotidien britannique The Guardian"Nous sommes appelés à voter pour un gouvernement dont le travail va être de décrocher le téléphone quand Merkel appelle et de faire tout ce que dit l'Allemagne."