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Grèce : le blocage des discussions en quatre questions

Pays : Union européenne, Grèce

Tags : Grexit, Zone euro

Tout d'abord, il faut savoir que rien n'a changé : les concessions que les Grecs sont prêts à faire sont les mêmes… et  les exigences des créanciers aussi. Ce sont deux interprétations du monde qui s'affrontent, et le feuilleton risque encore de durer quelques semaines. En attendant, voyons où ça bloque en quatre questions.

Fiction : et si la Grèce quittait la zone euro ?

Pourquoi vouloir encore baisser les retraites ?

C'est bien la question que se posent les Grecs. En 2012, il y a déjà eu une baisse, que le conseil constitutionnel grec a d'ailleurs annulée la semaine dernière. Mais les créanciers en souhaitent une nouvelle car les retraites pèsent trop lourd dans le budget du pays, et pour dégager de l'argent, il faut une baisse "structurelle" des dépenses publiques. Depuis cinq mois, le gouvernement Tsipras propose d'autres solutions pour faire entrer de l'argent dans ses caisses, comme par exemple, réduire le budget de la défense. Une proposition pas réellement prise en compte par les créanciers. Baisser encore une fois les retraites n'est politiquement pas possible pour le gouvernement Tsipras. 

 

Pourquoi augmenter la TVA sur l'énergie ?

Evidemment, il s'agit de faire entrer de l'argent dans les caisses de l'Etat, mais c'est aussi un impôt indirect qui vient directement ponctionner le porte-monnaie des Grecs. Les créanciers poussent la Grèce à le faire, car pour trouver de l'argent, il faut des recettes "structurelles". Mais là encore, les créanciers semblent une fois oublier la réalité du pays. Aujourd'hui, au moins 300 000 foyers grecs ne sont déjà pas en mesure d'honorer leurs factures d'électricité. Alors à quoi cela sert d'augmenter leurs factures s'ils ne peuvent déjà pas payer celles qui s'accumulent dans leur boite aux lettres ? Politiquement, c'est encore une mesure que le gouvernement Tsipras ne peut pas accepter.

 

La spirale infernale de la dette grecque

Où trouver l'argent ?

Pour financer sa dette, la Grèce n'a que deux solutions : soit financer les sommes dues par ce qu'on appelle l'excédent primaire, ce qui correspond à la différence entre les recettes et les dépenses calculée sans tenir compte des dépenses concernant le remboursement de la dette publique. Utiliser cette notion, c'est regarder l'Etat du point de vue du banquier. Ce dernier s'intéresse donc à la capacité de son débiteur à le rembourser… Et dans le cas grec, le contribuable peut s'attendre à des hausses d'impôts. Sur ce point-là, le gouvernement Tsipras n'est pas entièrement hermétique, mais il a précisé que si hausses d'impôts il y a, elles ne toucheront pas les plus faibles.

 

Soit la Grèce doit faire de nouvelles dettes auprès de ses créanciers. Or, c'est exactement ce que le gouvernement Tsipras ne veut pas. Il veut un accord global pour ne pas se retrouver à chaque échéance à devoir quémander une nouvelle aide financière… pour rembourser ses dettes. Tsipras a promis aux Grecs d'en finir avec ce système car à ses yeux accepter un troisième plan d'aide ne sert à rien. Si ce n'est qu'à repousser le problème. En fait, c'est une situation absurde. 

 

A lire aussi :

"Nous n’avons pas de problème avec la Grèce, mais avec l’Allemagne !", interview du chercheur chercheur en sciences économiques Heiner Flassbeck.

Mais que font les dirigeants européens ?

Il faut dire que jusqu'à maintenant, ils ont toujours refusé de discuter d'un quelconque aménagement de la dette. Angela Merkel en tête. Elle a promis à son électorat que l'euro serait sauvé. Coûte que coûte. Certes les allemands sont ceux qui ont prêté le plus d'argent à la Grèce, mais le véritable problème, c'est la BCE. Les traités européens lui interdisent toute négociation sur la dette qu'elle détient. Athènes voudrait que le MES (le mécanisme européen de stabilité mis en place en 2012) rachète sa dette pour pouvoir restructurer ensuite. Mais les européens ne veulent pas, ou disons plutôt que l'Allemagne et la France ont un droit de véto au sein de l'organisme. Bref c'est l'impasse. Il y aura donc certainement défaut grec. Sauf si il y a un sursaut politique.

Dernière màj le 8 décembre 2016