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Fraudes alimentaires : impostures poissonnières

Pays : France

Tags : Fraude, alimentation, étiquetage

Alors que le scandale de la viande de cheval a poussé les autorités européennes à sévir en matière de fraudes alimentaires, les illégalités se poursuivent et les produits de la mer ne sont pas épargnés.

Dans la tête des Européens, la fraude alimentaire a l’odeur de la viande. C’est de la faute au « Horsegate », à « l’affaire Findus » ou à « l’affaire Spanghero », ce scandale sanitaire qui, en 2013, a mis au jour les pratiques de fournisseurs ou de fabricants de plats préparés qui garnissaient de viande de cheval des produits censés être 100% pur bœuf. La tromperie avait poussé les autorités européennes à réagir, en proposant un renforcement des contrôles et des règlements permettant la traçabilité et l’étiquetage des aliments.

Cette réaction a débouché, entre autres, sur la création en juillet 2013 d’un « Food Fraud Network » : un réseau européen de lutte contre la fraude alimentaire. Composé de représentants de la Commission et des États membres, mais aussi de fonctionnaires d’Europol, ce nouvel organisme européen officiel a pour rôle de fortifier la coordination d’une approche européenne des questions de fraude et de permettre un traitement plus efficace des affaires transfrontalières. En tout, depuis le début des années 2000, l’UE a consacré 133 millions d’euros à la lutte contre la fraude alimentaire, sans pouvoir empêcher plusieurs scandales.

La palme de l’imposture revient au thon rouge

Dans son dernier rapport annuel publié en 2014, outre la viande, le « Food Fraud Network » met en évidence des cas réguliers de fraude en matière de poisson. Ce constat est confirmé par une étude menée en France en 2014 par le magazine Terra Eco qui a travaillé en partenariat avec les associations Bloom et Oceana ainsi qu’avec deux chercheurs de l’Inserm et du Muséum national d’Histoire naturelle. D’après l’enquête, si la substitution d’une espèce de poisson pour une autre demeure rare, avec un taux de fraude de 3,5%, ces dernières se concentrent sur les produits frais : 8% des filets vendus en poissonnerie et 4 % de ceux vendus en supermarché ne correspondent pas à l’étiquette.

Comme le rapporte le journal Le Monde, aucun cas de fraude n’a été détecté sur des espèces comme le colin d’Alaska, le bar, le lieu noir, la lotte et le merlan. En revanche, le cabillaud, qui représente 17% des achats de poissons frais des Français, était remplacé dans plus de 4% des cas par de l’églefin ou du merlu, des espèces de valeur commerciale inférieure. Mais la palme de l’imposture revient au thon rouge. « A une exception près, le poisson étiqueté ainsi dans nos échantillons s’avère être du thon obèse [non rouge] ou de l’albacore », précisent les auteurs de l’étude.

Selon Terra Eco, ces fraudes se produisent surtout en bout de chaîne, au niveau des restaurateurs, des supermarchés et des poissonneries, plutôt que des pêcheurs. Le magazine poursuit : « Contrairement aux poissonniers qui sont forcés par la loi d'afficher sur leur étal les noms d'espèce, l'origine géographique du poisson et de sa naissance (élevé ou pêché), la restauration n'a que peu de contraintes. Elle doit seulement mentionner le nom du poisson et, pour le reste, être capable de dégainer l'étiquette de son fournisseur sur demande d'un client ou d'un inspecteur des fraudes. »

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Dernière màj le 11 janvier 2017