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France-Allemagne : un nouveau coup de Rhin !

Pays : France

Tags : football, Euro, presse

France-RFA, 1982. Les journaux d’hier et d’aujourd’hui -enfin surtout d’aujourd’hui- se plaisent à décrire un profond traumatisme qui hanterait tout un pays. Comme si cette défaite était inscrite dans l’ADN de chaque Français. Comme si cette malédiction ne pouvait que se répéter inlassablement. On ne va pas ici vous refaire le fil du match, ni vous raconter pour la énième fois la plus ébouriffante tragédie sur Terre depuis Hamlet de Shakespeare. Nous ne sommes pas des docteurs ès ballon rond, alors laissons aux autres le soin de vous expliquer que non,  vraiment, 1982, ce n’est pas 2016. On va plutôt vous expliquer qu’il y a bien une chose qui n’a pas changé en trente-quatre ans : le rapport de forces et l’atmosphère entre les deux camps. Tour d’horizon de la presse d’hier et d’aujourd’hui.

Le football allemand ne connaît pas, de toute évidence, la modestie.

Pierre Georges - 10/07/1982

1982 : le petit poucet tricolore chambré par l’aigle noir

En 1982, les Bleus ne sont pas favoris face à l’équipe de la RFA, c’est un fait. L’ogre allemand avale ses titres avec appétit (deux coupes du monde en 1954 et en 1974 ; deux Euros en 1972 et en 1980), alors que la France fixe une assiette désespérément vide (0 titre). Résultat : la presse française n’espère pas plus que du spectacle, alors la presse allemande vend la peau de l’ours avant de l’avoir abattu.

Le 10 juillet 1982, le journaliste du Monde Pierre Georges résume à merveille cette atmosphère dans son article d’après-match : 

"On ne pouvait être plus clair. Des Français, on espérait qu'ils fassent le spectacle. Des Allemands, on attendait qu'ils empochent la recette. Ce sentiment était d'ailleurs parfaitement partagé par le camp allemand, où journalistes et joueurs faisaient preuve d'une confiance et d'une absolue tranquillité, très proches de l'arrogance. On promettait aux Français du 4-1 Le football allemand ne connaît pas, de toute évidence, la modestie et tire sa substance d'une certitude un peu exaspérante, celle d'être le meilleur."

L’Equipe titre à l’époque sur le (faux) espoir d’une victoire dans la douleur :

 

Une de l'équipe

 

Et après le match sur un match épique : pour le quotidien sportif, c'est une défaite, certes, mais une défaite "fabuleuse"

 

Equipe 82

 

2016 : et rebelote ! 

Chers Français, choisissez votre titre : "Rien ne va bleu", "La vie en raus", "Heute kommt der Fraxit". 

 

Bild

 

Voici la Une du Bild, l’un des quotidiens le plus lus en Allemagne. Le Berliner Zeitung annonce quant à lui que la "Mannschaft" va "faire des trous dans le fromage" français. 

 

 

Bref, outre-Rhin, la presse chambre gentiment, peut-être avec un poil d’assurance en moins qu’en 1982. Elle joue avec des clichés inoffensifs : cuisses de grenouilles, fromage et vin rouge. Pas une once de lexique guerrier, ni aucune référence à ce match qualifié par les Français d’historique et d’épique. Outre-Rhin, il n’a jamais eu une quelconque importance, ce match, d’ailleurs. C’est en tout cas ce qu’affirme le journaliste pour la Deutsche Welle, Joscha Weber : "Très honnêtement, si vous vous promenez dans la rue en Allemagne et demandez aux gens ce qu’évoque Séville en 82 pour eux, ils ne sauront pas quoi vous répondre." 

Les Français, quant à eux, n’affichent aucune certitude, comme en 1982, mais surtout de l’espoir : "On y croit", "Objectif finale", "On veut vibrer". En 2016 encore, la presse française n’ose toujours pas se moquer -même gentiment- de sa bête noire…

 

Dernière màj le 7 juillet 2016