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Festival d'Avignon, jour 16 - La nef des egos

Pays : France

Tags : Festival d'Avignon 2015, Théâtre

A propos de Trilogie du revoir de Botho Strauss, mise en scène de Benjamin Porée. Au lycée Aubanel, jusqu’au 25 juillet.

"Là où il y a un tableau, il y a un trou dans la réalité.
Là ou règne le signe, il n’y a pas de place pour la chose signifiée."

 

L’un des derniers spectacles d’Avignon et l’envie de finir en beauté, c’était un peu l’idée en allant voir cette Trilogie du revoir de l’Allemand Botho Strauss ; ce d’autant que son metteur en scène Benjamin Porée serait, à 29 ans, l’un des plus prometteurs de sa génération. L’an dernier, il montait le Platonov de Tchekhov, et voilà qu’il s’embarque dans une autre grande aventure du théâtre, voulant faire "un grand spectacle, un spectacle complet". Sauf que le compte n’y est pas, il est même loin d’y être, tant on est déçu.

Comme chaque été, les Amis des arts se retrouvent pour découvrir l’exposition "Réalisme capitaliste" de Moritz, directeur d’un musée perdu dans la nature. Une réunion, un rendez-vous qui entraîne une confrontation avec les œuvres d’art, mais aussi avec le regard des autres, et même la censure. L’occasion aussi pour chacun de s’affirmer et d’être en représentation.

Sur le plateau, il y a dix-sept comédiens qui évoluent dans la salle d’un musée. Un décor sobre, presque élégant. Et là, Benjamin Porée montre qu’il est d’abord un metteur en scène qui aime les images - et il en produit de belles, très cinématographiques. Pour un peu, son théâtre serait à contre-courant de ce que l’on voit aujourd’hui, entre le bruit et la fureur d’un plateau.

Mais voilà, le résultat est presque ennuyeux, long (plus de trois heures) et, surtout, le texte finit par devenir inaudible. On aimerait rire car la prose de Botho Strauss est souvent drôle, avec ses sarcasmes et son ironie. Rien n’y fait. Sans doute leur a-t-on mal expliqué, mais les acteurs semblent souvent ne pas comprendre ce qu’ils jouent. C’est bien dommage, car on sent une véritable intelligence et sensibilité dans la proposition.

Nous sommes finalement en face d’un théâtre en construction, un style qui cherche sa voie, un théâtre de l’intime. "J’aime regarder un acteur dans l’aveu de ce qu’il est. Dans mon théâtre, j’ai besoin de sentir la solitude sur un plateau", déclarait Benjamin Porée dans une récente interview. On aurait aussi voulu sentir tout cela pour l’un des derniers spectacles d’Avignon. Un peu déçu devant tant d’ambition affichée et d’énergie déployée.

 

 

Dernière màj le 8 décembre 2016