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Festival d'Avignon, jour 15 - Méditerranée(s)

Pays : France

Tags : Théâtre

Depuis qu’il est arrivé à la tête du festival d’Avignon, Olivier Py a fait de la Méditerranée une de ses priorités. L’an dernier, la Grèce était représentée ; cette année, c’est le monde arabe, à travers deux pièces qui nous parlent aussi du monde d’aujourd’hui. De l’Egypte et de l’Algérie, deux regards.

Une cène sur scène 

A propos de The last supper d’Ahmed El Attar

"De la vermine, tous de la Vermine"

Le Général dans "The last supper"

En pleine période post-révolutionnaire, une famille de la haute bourgeoise cairote se retrouve le temps d’un dîner. Insouciante, frivole et méprisante face aux événements. Un dernier dîner ? C’est peut-être l’envie du metteur en scène Ahmed El Attar qui aimerait en finir sans doute avec cette classe dominante qui ne pense qu’à l’argent et à ses privilèges. Pendant le repas, tous les signes sont là et prédisent la chute de ces hommes et femmes (un général, un artiste, un pacha… ), mais ce que montre la pièce, c’est surtout l’incapacité de cette tablée à envisager l’avenir, et à se remettre en cause.

Avec cette pièce créée en novembre 2014 au Caire, le metteur en scène n’entend pas faire de théâtre politique ni de satire sociale. Il entend surtout dépeindre une réalité sociale qui ruine l’Egypte depuis tant d’années. Et la révolution n’y a semble-t-il rien changé. Pour Ahmed El Attar, "nous avons reproduit le même schéma (que celui du régime d’Hosni Moubarak) avec Morsi puis avec Sissi. Nous ne savons pas vivre sans ce père autoritaire, même si nous le détestons. Pour moi, la révolution sociale aboutira le jour où la société égyptienne saura tuer le père et renvoyer le vieux dans ses cordes".

C’est sans doute l’intérêt de cette pièce, de dépeindre une caste qui s’attache à ses privilèges, une classe décadente. Cela nous rappelle aussi qu’une révolution ne se gagne pas en quelques semaines.

Voyage en Algérie(s)

A propos de Meursault(s) de Philippe Berling

"C’était un lundi du mois de mars 1963.
Le pays était en liesse,
mais une sorte de peur régnait en filigrane,
car la bête qui s’était nourrie de sept ans de guerre
était devenue vorace et refusait de rentrer sous terre."

 

Meursault(s) est un voyage dans l’Algérie coloniale et post-coloniale, qui retisse les liens entre passé et présent et tente d’aller au-delà des clichés qui circulent. En décidant d’adapter le roman de Kamel Daoud, Philippe Berling s’attaque à ce défi.

Le roman de Kamel Daoud Meursault, contre-enquête redonnait un nom à l’Arabe tué par Meursault dans le roman d’Albert Camus. Il devenait Moussa et dans un long monologue, son frère Haroun lui rendait son identité.

Le problème de la pièce, c’est avant tout sa mise en scène : elle peine à convaincre tant elle est démonstrative, à se demander pourquoi on a voulu monter un tel spectacle, ainsi. Dans cette adaptation, le plus important reste le texte. Tout y est, à la fois la critique de la religion (qui vaut toujours à Kamel Daoud une fatwa d'un dirigeant salafiste algérien demandant au gouvernement de condamner et d'exécuter le journaliste-écrivain) et critique aussi sur la situation de l’Algérie contemporaine et de son pouvoir sclérosé et autoritaire. Comme un appel urgent à se réformer et à plus de cinquante ans après l’indépendance, à ce que l’Algérie trouve enfin sa véritable identité. La pièce tournera en Algérie la saison prochaine, pour l’heure dans les seuls instituts français.

 

Dernière màj le 8 décembre 2016