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Festival d'Avignon, jour 14 - Les maîtres danseurs fous

Pays : France

Tags : Danse, Festival d'Avignon 2015

A propos de Monument 0 : hanté par la guerre (1913-2013), une chorégraphie d’Estzer Salamon. Cour du lycée Saint-Joseph, jusqu’au 22 juillet.

L’ambition d’Eszter Salamon est folle. Ce Monument 0 n’est qu’un volet d’une série qui veut confronter l’histoire du XXe siècle à celle de la danse "pour créer de nouveaux espaces symboliques" et "des fictions d’où peuvent surgir de nouvelles interrogations" sur la danse du monde. D’ailleurs, son siècle de danse ne commence pas à n’importe quel moment. Il commence alors que le monde danse sur un volcan, et qu'Igor Stravinsky crée son Sacre du printemps, une œuvre majeure du XXe qui révolutionna la chorégraphie et les ballets. Voilà pour le projet, immense.

Dans ce premier volet créé au Sommerfestival de Hambourg, la chorégraphe venue de Hongrie (avec sa complice Ana Vujanovic) s’est attachée à la guerre et à ses codes, à la fois de manière historique et anthropologique. La guerre, pas n’importe laquelle. Des conflits qui se sont déroulés hors d’Europe, avec l’implication des occidentaux. Du coup, ce sont des danses tribales qui nous sont exposées sur le plateau du lycée Saint-Joseph. Autant de rituels qui nous transportent de Bali à l’Afrique, en passant par l’Océanie. Autant de danses et de codes qui nous font vite penser aux scènes devenues mythiques des Maîtres fous de Jean Rouch.

La première partie est une succession de tableaux, une suite de danses où petit à petit, les corps et les chants vont se tendre. D’abord intrigant par des images qu’il nous propose, et extraordinaire par la maitrise des six danseurs impliqués sur le plateau, le spectacle, par ses répétitions, finit par se diluer dans sa deuxième partie dans ce qu’il prétend dénoncer. Trop de symboles pour dénoncer ce temps maudit des colonies, et la domination des uns par les autres. L’objectif étant "de se dresser contre l’amnésie". Ce Monument 0 produit de belles images, notamment celle où l’un des danseurs, volontairement dégingandé, danse sur le plateau renversant les panneaux indiquant les dates des différents conflits qui ont hanté le XXe siècle, hanté par la guerre, hanté par la danse. Ce travail pas toujours convaincant recèle tout de même des promesses.  Il n’est qu’un premier volet qui veut réécrire une histoire de la danse. On attend la suite.

 

Dernière màj le 8 décembre 2016