|

Festival d'Avignon, jour 10 - Ombres et lumières

Pays : France

Tags : Théâtre, Danse, Festival d'Avignon 2015

Deux spectacles de danse et dans chacun, une grande importance donnée au son et à la lumière. Regards croisés sur deux chorégraphies qui étaient attendues en Avignon : Barbarians et Jamais assez.
 

Cours Hofesh, cours !

"Hofesh, qu’est ce que tu fais ?

Je sais que tu es là. Réponds-moi.

Je ne sais pas."

Barbarians, mise en scène de Hofesh Schechter 

Dès le début de la pièce, une voix d’ordinateur (la petite conscience du chorégraphe israélien ?) nous prévient : "Mais que fais-tu, Hofesh ?". Et Hofesh Schechter de répondre : "Je ne sais pas", puis d’ajouter "Pourquoi je cours ?". C’est vrai qu’on aurait aimé le savoir tant le spectacle déçoit - et ce n’est pas à cause des danseurs qui sont tous assez incroyables, mais plutôt d’une mise en scène qui n’existe pas, ou qui existe trop. Des effets de lumières stroboscopiques, un son poussé à un niveau extrême  - on nous distribue des bouchons d’oreilles à l’entrée : alors on court et le spectateur essaie de comprendre où il va dans ce Barbarians. On nous dit que c’est un combat entre "culture et instinct, un voyage à la frontière entre la bête et l’humain". Certes…

Formé à la fameuse compagnie Bastheva Dance Company de Tel-Aviv, Hofesh Shechter est basé à Londres depuis 2002 au point d’être devenu là-bas une véritable coqueluche. Cela n’empêche, et il le repète, il est en pleine crise de création, et veut mettre à sac les règles qui ont fait son œuvre depuis le début. Sans doute, mais entre transe, baroque et rave, ce Barbarians ne va nulle part (c’est sans doute le propre des barbares de n’amener que du chaos), il fait du bruit et du clip.

Et surtout, se dégage au fur et à mesure une dimension mégalomane du créateur. Sur le troisième et dernier tableau, le chorégraphe israélien apparaît en costume traditionnel bavarois (pourquoi ?). Une partie qui commence comme un duo avec une danseuse, pour se finir avec toute la troupe qui revient sur le plateau, comme une cérémonie du sacre. Nous voilà avertis. Pas convaincus.

Fabrice Lambert, zéro déchet

"L’homme a demandé de l’aide, mais en vain.

Alors il a construit une chambre funéraire

dans les entrailles de la terre, une cachette,

pour que le feu brûle pour l’éternité."

Jamais assez, mise en scène de Fabrice Lambert.

Le spectacle Jamais assez joue lui aussi sur les lumières et le son, mais c’est tellement plus convaincant. Inspiré par le projet Onkalo, un chantier démesuré d’enfouissement des déchets nucléaires en Finlande. Des travaux ont commencé il y a dix ans pour enterrer des déchets qui, eux, dureront cent mille ans.

Au départ, le plateau est plongé dans l’obscurité quand soudain, comme un rouleau, apparaissent les dix danseurs, tous allongés, qui traversent le plateau en roulant. Une première image forte où dansent des ombres. Jusqu'à ce qu’elles s’élancent sur un plateau baigné par des très belles lumières imaginées par Philippe Glandieux. Les dix danseurs sont tous impeccables, minutieux et fragiles. Comme les lumières, ils irradient jusqu’à la transe.

Plus que danser, ils dessinent sur le plateau, parfois de manière saccadée, comme si on frôlait l’accident en permanence, et nous laissent des images fortes comme lorsqu’ils dansent presque à l’infini en formant, au choix, le symbole de l’atome ou le signe mathématique de l’infini. C’est une sorte de danse du feu contemporaine que nous propose Fabrice Lambert (pour la première fois dans le "in"), incroyable et envoûtante.

Dernière màj le 8 décembre 2016