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Federica Mogherini, nouvelle figure de proue de l'Europe

Pays : Union européenne

Tags : Federica Mogherini, UE

La nomination de la ministre italienne des Affaires étrangères au poste de chef de la diplomatie européenne est-elle un coup de génie ? Ou a-t-elle justement été choisie pour son manque relatif d'expérience afin que les États membres puissent continuer à mener séparemment leurs propres politiques étrangères ? Pour Marco Zatterin le correspondant à Bruxelles du journal italien La Stampa, Federica Mogherini a, elle aussi, le droit à sa chance et pourrait même donner une nouvelle impulsion.

Federica Mogheri est-elle la bonne personne à la bonne place ?

Marco Zatterin, correspondant à Bruxelles du journal italien La Stampa : C'est en tout cas la personne à qui il faut donner une chance. Il s'agit d'une femme qui a très bien étudié la politique étrangère pendant 20 ans. Elle n'a pas une très grande expérience mais elle travaille beaucoup. Je pense qu'elle a la capacité de bien faire, du moins si on lui en laisse la possibilité car il ne faut pas oublier que ce sont toujours les États membres qui ont le dernier mot. Il est impossible de mener une politique étrangère unique s'il n'y a pas la volonté des États membres.

 

On dit d'elle qu'elle serait la créature de Matteo Renzi. Pourquoi a-t-il insisté pour que ce soit elle et pas une autre ?

Premièrement parce qu'il s'agit de la ministre italienne des Affaires étrangères et on ne devient pas ministre des Affaires étrangères en gagnant à la loterie. Le projet de Matteo Renzi est de ramener l'Italie dans le grand débat de la politique internationale, là où le pays est resté absent pendant les 20 ans de l'ère Berlusconi. Matteo Renzi est un homme nouveau qui essaie de faire quelque chose de différent en Italie et je crois que son ambition, c'est de donner un visage italien à la politique étrangère.

 

Un visage italien... Ca peut rendre le poste de Haut représentant plus visible ?

Il faut d'abord dire que Catherine Ashton est meilleure que ce qu'on a pu écrire sur elle et que ce que beaucoup de monde pense. Si elle est accusée d'être invisible, c'est parce qu'elle ne donne pas d'interviews à la presse depuis des années. Elle a fait beaucoup de conférences de presse, mais de façon très brève. Je crois que Federica Mogheri est une politicienne très sérieuse qui a les moyens d'essayer de changer la situation. Mais il est encore une fois important de souligner que la volonté d'un seul ou d'une seule femme n'est pas suffisante. Il faut que les États membres soient dans le même esprit. Si on reproduit ce qui s'est passé en pleine crise ukrainienne, lorsque les ministres polonais et allemands des Affaires étrangères se rendent de leurs propre initiative à Kiev, on se dirige vers la fin de la politique commune européenne.

 

Sur le dossier ukrainien justement, elle est accusé d'être proche de Poutine. C'est justifié ?

Il ne faut pas se contenter de juger, il faut regarder les faits. Il est vrai que l'Italie, comme l'Allemagne, veut tout faire pour le dialogue car il y a de grands intérêts économiques en jeu. Avant de déclarer la guerre à la Russie, l'Italie veut être sûre qu'il n'y a pas d'autres alternatives car cela risque de coûter beaucoup d'argent. C'est plus facile de couper les ponts pour les Américains car entre la Russie et les États-Unis, il y a l'Océan Atlantique et l'Océan pacifique.  Mais l'Italie est tout de même prudente vis-à-vis de la Russie et c'est là aussi que s'arrêtent les accusations à l'égard de Federica Mogherini. Tout le monde répète qu'elle a rendu visite à Poutine mais ce que personne ne rappelle, c'est qu'elle était à Kiev la veille. Je ne crois pas qu'elle soit une copine de Poutine. On utilise parfois des demi-vérités à visées politiques. Ces accusations ont été gonflées pour des raisons politiques, notamment par les pays de l'Est de l'Europe et des pays baltes, pour pouvoir placer un candidat de leurs propres pays.

 

Mais cette image qui reste d'elle ne risque-t-elle pas d'être un handicap pour la médiation de la crise ukrainienne ?

Oui, elle a une certaine image dans certains pays et dans certains médias. Mais si on est honnête, on juge un livre par son contenu et non par sa couverture.

 

Toujours sur l'Ukraine, est-ce qu'on connaît sa position sur le dossier ?

Oui, bien sûr. Elle a déjà dit qu'elle trouve la situation inacceptable et que l'Italie est prête à soutenir les projets de sanctions de l'Union européenne. Mais en même temps, elle a répété qu'il faut utiliser le dialogue dans la mesure du possible. Car comme le disait Churchill "To jaw-jaw is always better than to war-war" : discuter, c'est toujours mieux que faire la guerre.

 

Comment est-elle perçue en Italie ? Est-elle aussi peu connue dans son pays que dans le reste de l'Europe ?

Lorsqu'elle a commencé sa carrière en tant que ministre des Affaires étrangères, Federica Mogherini était presque complètement inconnue. Tout le monde disait que c'était mieux avec Emma Bonino. Donc elle est partie de rien, mais ça fait six mois qu'elle travaille et il n'y a eu ni scandale, ni critique. Elle commence maintenant à avoir une grande crédibilité dans le pays. Elle doit bien sûr faire plus, beaucoup plus. Mais je crois que c'est seulement une question de temps, de peu de temps peut-être.

Dernière màj le 8 décembre 2016