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Faut-il avoir peur des extrêmes droites européennes ?

Pays : France, Allemagne

Tags : extreme droite, populisme

C'est l'enseignement principal de ce scrutin. Il faudra désormais faire avec des députés d'extrême droite au Parlement européen. Qu'ils viennent de France, de Grèce du Danemark ou du Royaume-Uni, les eurosceptiques sont les grands vainqueurs de ces élections européennes. Seront-ils en mesure d'influencer la politique à Bruxelles et à Strasbourg ? Rien n'est moins sûr, car pour agir il faut pouvoir s'unir et former un groupe politique. Quelques jours avant le vote, nous avions interviewé deux politologues sur le sujet. Ils nous avaient confirmé que cette percée dans les urnes ne signifierait pas forcément qu'ils allaient gouverner l'Europe. Car l'extrême droite est une nébuleuse dont l'ADN n'est pas vraiment propice au compromis. Revoici donc le texte initialement publié le 12 mai.

A quelques semaines du début du scrutin, tous les regards se portent vers les partis d'extrême droite européens. Ils pourraient, selon les prévisions, voir leur nombre de députés doubler. Jamais l'extrême droite n'avait eu autant de chances de faire une entrée fracassante dans une institution démocratique. Philippe Marlière, professeur de Sciences politiques à l'University College of London :

"Les élections européennes sont traditionnellement favorables à ces forces d'extrêmes droites et eurosceptiques en général parce que c'est une élection qui traditionnellement n'a pas d'incidence directe sur les gouvernements nationaux, sur le jeu politique national. Quel que soit le résultat, le gouvernement restera en place (…) Il y a donc un effet de vote défouloir."

Il y aura très probablement plus de députés affiliés à l'extrême droite dans cette assemblée que dans la précédente. Traditionnellement, la crise économique et le chômage persistant font le lit des partis extrémistes. Or l'Europe ne parvient pas à sortir de la crise, et les citoyens doutent de plus en plus de la capacité de leurs élites à rétablir la situation. Toutes les conditions sont réunies pour faire de l'Europe le bouc-émissaire de tous les mécontents. Faut-il pour autant craindre l'influence politique grandissante des partis d'extrême droite ? Non, selon Magali Balent, directrice des projets à la Fondation Robert Schuman. Car pour gouverner il faut pouvoir s'entendre.

"Ce sont des partis qui au départ sont profondément nationalistes et par définition, il restent d'abord arc-boutés sur la défense de leurs intérêts nationaux et tous ces intérêts nationaux ne convergent pas forcément. Et comme ils sont nationalistes, ils ne sont pas prêts à faire trop de concessions aux autres partis, quand bien mêmes ils seraient alliés avec, si ces concessions signifient faire des compromis par rapport à leur propre intérêt national."

D'autant que la ligne politique de ces différents partis est loin d'être cohérente. En novembre 2013, à Vienne, sept d'entre eux – dont le Front national – avaient annoncé vouloir former un groupe dans le futur Parlement européen. Mais ils ne sont toujours pas parvenus à s'entendre car leurs programmes respectifs divergent sur de nombreux points. Certains partis défendent une vison identitaire de l'Europe, là où d'autres privilégient la défense des intérêts économiques nationaux. L'UKIP britannique juge le Front national infréquentable, les discours néonazis d'Aube dorée effraient le Front national en quête de respectabilité, tandis que le Jobbik hongrois affiche une réelle sympathie à l'égard de l'Islam. Il n'existe pas une mais des extrêmes droites européennes et leur force de frappe s'en trouve considérablement affaibli. Magali Balent :

"Je dirais même, pour être encore plus précise, que l'extrême droite est une nébuleuse. On peut distinguer au sein de cette nébuleuse des partis qui effectivement ont une origine d'extrême droite et d'autres qui ne sont qu'une radicalisation de partis issus d'une scission de la droite libérale ou conservatrice. Tous les partis qui sont aujourd'hui classés à l'extrême droite ne sont pas forcément originaires de cette mouvance politique. (…) Ces partis ont souvent du mal à s'entendre entre eux et par ailleurs ne s'entendent pas avec les autres groupes. Donc il y a peu de chances qu'ils parviennent à constituer des coalitions  pour faire blocage ou faire passer des lois."

Toutefois, l'entrée massive de députés d'extrême droite au Parlement européen pourrait avoir valeur de symbole. Leur discours profondément europhobe et leur défiance vise de la monnaie unique pourraient s'installer durablement dans les esprits de citoyens européens désœuvrés. Ils pourraient aussi contaminer les discours des autres partis, en quête des voix des populistes, et affaiblir durablement la construction européenne.

 

Pour approfondir :

Elections européennes 2014 : vers "une" extrême droite européenne ? (étude de la Fondation Robert Schuman)

 

A quoi sert un groupe parlementaire européen ?

Pour constituer un groupe parlementaire européen, il faut 25 eurodéputés (soit 3,3% du Parlement) provenant d’au moins un quart des Etats membres, soit 7 pays. Il élit un président (ou deux co-présidents). Il ne faut pas les confondre avec les partis européens, qui sont plus nombreux et parfois regroupés au sein d’un même groupe parlementaire. Par exemple, le Parti européen des libéraux, démocrates et réformateurs et le Parti démocrate européen forment le groupe Alliance des démocrates et des libéraux pour l'Europe (ADLE).

 

Les groupes parlementaires européens permettent :


-    De nommer un candidat à la présidence du Parlement européen.
-    De participer à l’élaboration de l’ordre du jour des séances plénières, avec les autres  présidents des groupes politiques.
-    D’avoir la garantie de pouvoir s’exprimer sur tout sujet abordé en séance plénière.
-    De disposer d’un secrétariat, avec bureaux et assistants, dont le budget est pris en charge par le Parlement européen (57 millions d’euros pour les 7 groupes en 2012).
-    D’accéder à la présidence des 20 commissions et 2 sous-commissions, dont la composition est proportionnelle au poids des groupes politiques de l’hémicycle.
-    De proposer un  rapporteur dans chaque commission, qui a le rôle le plus important de tirer les conclusions des travaux, puis de rédiger le projet de loi, avant de le soumettre au vote des députés en session plénière.
-    De déposer des motions et des amendements sur les textes de lois débattus, que cela soit en commission ou en séance plénière.

 

Les groupes ne permettent pas :


-    De voter à la place d’un député du groupe, absent lors du vote.
-    De sanctionner un député n’ayant pas voté selon la consigne du groupe.
-    D’échanger des sièges avec d’autres groupes politiques au sein des commissions parlementaires.
-    De financer toutes formes d’élections européennes, nationales ou locales.

 

Dernière màj le 8 décembre 2016