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Euthanasie: France ou Allemagne, mêmes tabous

Pays : Allemagne

Tags : Euthanasie, Bundestag, Débat, Santé

Le débat sur l'euthanasie a repris aujourd'hui au Bundestag. Les députés allemands ont étudié quatre propositions de loi visant à réguler ou interdire la fin de vie assistée. Ils devront se prononcer à l’automne sur un nouveau texte mais d’ici là, les discussions s’annoncent houleuses, et rappellent le débat côté français. 

« Euthanasie », ou le mot à éviter

Il y a de ces débats qui, quels que soient les pays, reviennent… et se ressemblent. Celui sur l’euthanasie présente des points communs entre la France et son voisin Allemand. Dans les deux pays l’euthanasie est un sujet tellement sensible que les politiques évitent même de prononcer son nom. Dès sa campagne présidentielle, François Hollande optait pour la paraphrase : il parlait alors d'une « assistance médicalisée pour terminer sa vie dans la dignité ». Les Allemands utilisent quant à eux le terme « sterbehilfe», soit 'aide à la mort': Outre-Rhin, le mot euthanasie évoque encore l’extermination d’handicapés physiques et mentaux perpétrée par les nazis.

 

Extrême prudence chez les politiques

Au sein même des groupes politiques, les voix sont discordantes. Chez les Verts par exemple, la député Renate Künast a cosigné la proposition de loi la plus libérale. Aux côtés de la députée Petra Sitte du parti de gauche Die Linke , elle prône un « droit à mourir », et prévoit un remboursement des médecins et associations qui aident les patients à mourir.

 

"L'aide au suicide doit rester pleinement autorisée" Petra SItte

 

Mais chez les Verts et le parti de Gauche, certains députés allemands soutiennent un autre projet, moins permissif, qui combat toute forme de commercialisation du suicide assisté. Bien qu’elle soutienne ouvertement ce dernier projet, Angela Merkel a tenu à rassurer les allemands, indiquant que la future loi ne s’appliquerait de toute façon pas à « tous les cas jusqu’au dernier ».

 

Toujours les mêmes termes du débat

En Allemagne comme en France, le débat semble centré autour de la notion –vague- de « respect de la vie humaine ». Est-ce respecter la vie d’un

Le devoir du médecin est de soulager, d'aider, jamais de tuer

Frank-Ulrich Montgomery

homme que de l’aider à partir ? Pour l’Ordre des médecins allemand, la réponse est non. Au cœur du dialogue, son président Frank-Ulrich Montgomery  refuse « pour des raisons éthiques » que des patients allemands bénéficient d’une aide médicale pour mourir.  Ce dernier a par ailleurs estimé que le devoir du médecin était « de soulager, d’aider, jamais de tuer ».

 

Un autre thème capital dans le débat est celui de la marchandisation de la mort. En Allemagne, certaines associations peuvent administrer à leurs patients des médicaments qui les aident à mourir, on parle alors d’euthanasie indirecte. L’acte est légal à condition que le patient ait une autorisation signée d’un médecin. De nombreux députés se sont opposés à une banalisation de l’euthanasie sur le sol allemand pour éviter un « business de la mort ».

 

Comme ailleurs en Europe, le sujet épineux risque de diviser politiques, associations et professions médicales. Optimiste, le vice-président du Bundestag a déclaré ce matin que quelle que soit l’issue des négociations, le simple fait d’aborder le thème de la fin de vie représentait déjà « une grande avancée ».

 

Dernière màj le 8 décembre 2016