Espagne : Vers une révolution politique ?

Pays : Espagne

Tags : Podemos, Ciudadanos, système du bipartisme

Podemos, le parti de gauche radicale, et Ciudadanos, le parti de centre-droit ont pour objectif de mettre un terme au système bien établi du bipartisme en Espagne en cette année à forte composante électorale. Car après les élections régionales et municipales, ont lieu le 20 décembre les élections parlementaires. Les deux nouveaux venus, Podemos et Ciudadanos se chargent de mettre de l’animation dans la campagne.

Lors des élections européennes de  2014, Podemos avait déjà obtenu 8 pour cent des voix, soit cinq mandats de parlementaires européens. Depuis, sa popularité ne cesse de grimper dans les sondages. Lors des élections régionales du printemps dernier, le tout jeune Podemos s’est hissé à la troisième place avec 15 pour cent des suffrages en Andalousie. Comment expliquer cette percée fulgurante ?

 

Podemos – Produit des mouvements de contestation citoyens

En 2011/2012, nombre de jeunes Espagnols sont descendus dans la rue pour dénoncer la situation alarmante au plan social, politique et économique. C’est dans ce mouvement que Podemos trouve sa légitimité et c’est à partir de là que se définit le programme électoral du parti : il plaide en faveur d’un système économique sain d’où la corruption est bannie  – il faut en finir avec les relations douteuses entre décideurs politiques et économiques. Podemos veut régler son compte à l’élite politique espagnole et revoir le système électoral en vigueur pour tirer un trait sur le bipartisme.

 

Ciudadanos – Pour une économie libérale

Sur l'éventail politique,  Ciudadanos se situe exactement à l’opposé de Podemos. Ce parti libéralo-conservateur a été fondé en 2006 à Barcelone, mais a acquis entretemps une envergure nationale. Il se prononce en faveur d‘ un  "changement politique en douceur" :  Ciudadanos veut lui aussi la fin du bipartisme. Mais son attitude modérée en fait un adversaire intéressant de Podemos. Lors des élections régionales en Andalousie, Ciudadanos est certes arrivé avec 9 sièges juste derrière Podemos, mais le parti considère qu’il peut tout à fait améliorer son score à l’avenir. Sa campagne électorale donne la priorité au programme économique : pour faire baisser le chômage, le parti propose d’interdire les contrats précaires et à durée déterminée ainsi que de mieux venir en aide aux chômeurs longue durée grâce à des mesures de formation continue. Les entreprises qui recruteront des chômeurs longue durée bénéficieront d’avantages fiscaux.

En Espagne, où une personne sur quatre en âge de travailler est au chômage et où le gouvernement ne cesse d’instaurer des mesures de rigueur, de telles promesses ont de quoi séduire. 

 

Ciudadanos et Podemos ont de quoi faire trembler les partis établis

Si à l’issue des élections parlementaires, l’un des deux nouveaux venus recueillait suffisamment de voix pour faire vaciller l’un des deux partis traditionnels, le PP ou le PSOE, alors ce dernier risquerait de perdre sa position dominante au Parlement. C’est tout le système politique espagnol qui se trouverait donc à un tournant.

Pourquoi il est difficile pour les petits partis de se faire une place au Parlement 
Les 248 sièges au Parlement sont répartis au prorata de la population de chaque province. S’y ajoutent deux "mandats de base" par province, soit 100 sièges en plus. Mais le chiffre de la population n’étant pas le même dans chaque région, le nombre de sièges attribués au Parlement varie en conséquence.  Certaines circonscriptions n’élisent qu’un ou deux députés, tandis que des grosses telles que Valence (16 mandats), Barcelone (31 mandats) et Madrid (35 mandats) ont droit à un nombre plus important d’élus. Le chiffre moyen est de  6,7. C’est pourquoi il est quasiment impossible pour des petits partis présents dans de petites circonscriptions  de conquérir un siège au Parlement : avec  6,7 mandats à attribuer, il leur faudrait récolter au moins 15 pour cent des voix . Si ce chiffre n’est pas atteint, les voix de cette liste sont perdues. C’est pourquoi les petits partis ne présentent pas de candidats dans les petites circonscriptions ou s’ils le font néanmoins, ils ne sont jamais élus.  Ce dispositif électoral avantage donc les deux grands partis espagnols, le PSOE socialiste et le PP conservateur.