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Espagne – Tous unis contre les expulsions

Pays : Espagne

Tags : Blackstone, expulsions

À Barcelone, New York et San Francisco, des manifestations ont eu lieu simultanément contre un ennemi commun : Blackstone. Ce fonds d’investissement américain est accusé d’être le responsable d’expulsions massives, notamment en Espagne et aux États-Unis.

 

Un vent de colère souffle en Espagne. Le 11 février 2015, des défenseurs du droit logement se sont rassemblés à Barcelone, et simultanément à New York et à San Francisco, pour protester contre les agissements du fonds d’investissement Blackstone. Le collectif de lutte contre les expulsions, Plataforma de Afectados por la Hipoteca (Plate-forme des victimes d'hypothèques), PAH, soupçonne la banque américaine de vouloir augmenter les crédits des logements dont elles ont racheté les emprunts, obligeant les personnes aux revenus modestes à quitter leur domicile. Lorgnant sur le marché de l’habitation en Europe, Blackstone souhaite s’imposer face à la concurrence d’autres groupes comme Goldman Sachs ou Apollo Management. En Espagne, le fonds d'investissement a acquis depuis deux ans près de 42 000 crédits hypothécaires sur des propriétés à Madrid et Barcelone.

 

Une lutte 2.0

Grâce à la portée des réseaux sociaux, la lutte contre les expulsions a pris une dimension internationale. Vêtus de t-shirts verts estampillés « Stop Eviction ! » (« Halte aux expulsions ! »), des milliers de participants ont marché et chanté à travers les rues espagnoles et américaines. Dans une vidéo adressée à Blackstone, une vingtaine d’Espagnols font part de leur mécontentement et menacent ouvertement le groupe. Sur fond de musique dramatique, des hommes et femmes de tous âges s’expriment en anglais, face à la caméra, pour  dire que les manifestations et les occupations de logements ne prendront fin que si les expulsions cessent.  Une grand-mère clôt le message par un « Soyez prêts !» énergique.

Pour tenter d’apaiser les tensions, le porte-parole de Blackstone, Peter Rose, s’est exprimé le 11 février 2015 sur le site Internet New York Daily News : « Nous avons un vaste programme qui doit permettre à ceux qui ont un crédit de conserver leurs logements. Seules onze personnes sont menacées d’être mises à la porte sur 500 cas. » Les militants n’ont pas tardé à répondre via leurs comptes Twitter qu’ils ne croyaient pas à ces « promesses », comme @TorrellesXavier qui a posté avec humour : « En Espagne, on ne fait pas que manger des paëllas, on met aussi un terme aux expulsions. »

 

Une Espagne aux abois

Depuis sept ans, l’Espagne est enlisée dans une profonde dépression avec un taux de chômage qui s'élève à 24 %, des banques nationales qui s’effondrent et des déficits budgétaires astronomiques. Avec l’éclatement de la bulle immobilière en 2008, des milliers d’Espagnols se sont retrouvés surendettés. Résultat des courses : plus de 700 000 d'entre eux ont fui le pays et environ trois millions de logements sont vides. Les municipalités et gouvernements régionaux ibériques n’ont pas hésité à céder à des firmes internationales des emprunts immobiliers autrefois détenus par des banques qui depuis ont fait faillite. « Ces prêts hypothécaires appartenaient au peuple espagnol. Nous n’allons pas leur permettre de prendre nos maisons », déclare Carlos Macias, porte-parole du collectif PAH.

 

Une vague d’expulsions

Entre 2008 et 2013,  327 000 Espagnols ont été expulsés de leurs logements. En réponse à ce phénomène, des mouvements anti-expulsion se sont formés, avec pour mot d’ordre la résistance pacifique. Les manifestants ont ainsi pour habitude d’empêcher les opérations d’expropriation menées par la police, en s’installant au bas des immeubles. Cette initiative a pris une telle ampleur qu'elle a forcé le gouvernement de Mariano Rajoy à instituer un moratoire temporaire sur les expulsions en 2012. Mais elles n’avaient pas tardé à reprendre de plus belle.

 

Céline Peschard

 

Dernière màj le 8 décembre 2016