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Espagne - Le gratin du foot dans le viseur du fisc

Pays : Espagne

Tags : football, fraude fiscale

L’administration espagnole part en « croisade » contre plusieurs stars du foot soupçonnées de fraude fiscale.

Après avoir épinglé le prodige du ballon rond Lionel Messi, en 2013, l’administration espagnole resserre son étau. Aujourd’hui, pas moins d'une dizaine de joueurs sont dans le collimateur du fisc. Et pas des moindres. Parmi eux : Sergio Ramos, Iker Casillas, Xabi Alonso, Carles Puyol, Xavi Hernandez, Andres Iniesta ou encore Gerard Piqué. Autant de stars du ballon rond sous le coup d'une enquête pour fraude fiscale, selon le quotidien espagnol El Mundo. Ils sont soupçonnés d'avoir soustrait à l'impôt une partie de leurs revenus, liés notamment aux droits à l'image, c'est à dire à l'exploitation commerciale de leur image.

 

Cadeaux fiscaux

En Espagne, depuis 1996, les footballeurs bénéficiaient de dégrèvements d'impôts sur 15 % de leur salaire. Sur cette part de leurs revenus, déclarée comme droits à l'image, via des sociétés externes, les sportifs ne payaient en effet que 30 % d'impôts au lieu des 52 % habituellement prélevés.  Et si en 2006, cette loi a été modifiée, pour mettre fin à ce cadeau fiscal, la pratique, elle, a perduré jusqu'à aujourd'hui. Il aura fallu attendre ces derniers mois pour que le fisc espagnol se penche sur le problème. Pour « rattraper », cette indulgence fiscale, l'administration entend désormais diffuser des formulaires « standards » pour accélérer une régularisation massive de la situation des joueurs.  

 

Arrangements

En Espagne, les autorités ont toujours été indulgentes avec le statut fiscal des grands sportifs. Au fil des années, plusieurs arrangements ont vu le jour. Comme la loi de 2003 qui a favorisé la signature de David Beckham au Real Madrid. Ce texte, adopté sous le gouvernement de José Maria Aznar, permettait aux étrangers résidents depuis moins de six ans en Espagne et ayant un salaire supérieur à 600 000 euros annuels de ne payer que 24 % d’impôt pendant six ans, au lieu des 43 % payés par les autres contribuables. Cette loi dite « Beckham » a été retirée le 1er janvier 2010.

 

« Liquider les clubs espagnols »

D’après le quotidien catalan, La Vanguardia, Lionel Messi aurait pour sa part soustrait au fisc quelque 5,1 millions d’euros. En effet, entre 2007 et 2009, le footballeur envoyait directement les bénéfices de ces droits à l’image vers des sociétés étrangères. Après s'être mis en conformité avec l'administration fiscale, Lionel Messi est devenu le plus gros contribuable d'Espagne. En l'espace de sept ans, il a en effet versé plus de 100 millions d’euros au Trésor.  

Depuis ces différentes affaires, une véritable guerre fait rage entre le président de la fédération espagnole de football, Javier Tebas, et la directrice du département de recouvrement du fisc, Soledad Garcia. Selon des témoignages anonymes révélés dans El País, la directrice est accusée de vouloir « liquider les clubs espagnols ».  Les paris sont donc ouverts sur ce match hors stade.

 

Céline Peschard

 

 

Dernière màj le 8 décembre 2016