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Espagne – Ciudadanos veut créer la surprise

Pays : Espagne

Tags : Podemos, Ciudadanos

Dans un récent sondage en vue des élections législatives du 20 décembre, le petit parti libéral talonne le PP et le PSOE.

En Espagne, la scène politique bouillonne. Après la percée du parti de gauche radicale Podemos, lors des dernières élections municipales de mai 2015, une nouvelle formation, plus libérale cette fois, semble vouloir bousculer les ténors traditionnels que sont le Parti socialiste (PSOE) et le Parti Populaire (PP). Son nom : « Ciudadanos », le « parti des citoyens », connu aussi sous son abréviation « C’s ». Publié le 8 octobre 2015, en vue des élections législatives du 20 décembre, un sondage adjuge 21,5 % des intentions de vote au nouveau venu, juste derrière le PSOE (23,5) et le PP (23,4%). Une popularité dopée par son score (18 % des voix) aux élections régionales de Catalogne, le mois dernier.

À cette occasion, Ciudadanos, qui défend l’unité de l’Espagne, a catalysé le vote anti-indépendantiste. Fondé en 2006 dans la région, mais actif sur la scène nationale depuis décembre 2014, « C’s » sème le trouble dans l’échiquier politique espagnol. Depuis sa création, la formation menée par Albert Rivera, un avocat de 35 ans, s’est alliée selon les circonstances avec le PSOE et le PP. La gauche y voit ainsi un parti de droite classique, quand la droite place plutôt Ciudadanos au centre-gauche. Beaucoup de médias internationaux s’en sortent en le qualifiant de « parti centriste » ou « libéral », comme le note La Tribune.

« Le capitalisme des amis »

En réalité, le « parti des citoyens » ressemble à certains égards à Podemos. Outre sa lutte contre le souverainisme catalan, C’s entend combattre la corruption des élites politiques traditionnelles, encore issue de l’après-franquisme espagnol. Le parti condamne un « capitalisme des amis » et souhaite un État plus transparent et plus efficace, qui investisse massivement dans l’éducation. Autant d’orientations qui font penser à celles des « indignés ». D’ailleurs, Albert Rivera se voit bien jouer les trouble-fêtes lors des élections législatives, à la manière d’un Pablo Iglesias, leader de Podemos, lors des derniers scrutins locaux. Dans une interview accordée à El Pais, réagissant au récent sondage, l’avocat a déclaré que son parti n’avait pas atteint son point haut et qu’il « luttera pour la victoire », autrement dit la première place.

Sur le plan économique, comme l’explique La Tribune, Ciudadanos, pro-européen, affirme une vision « entrepreneuriale » de l’économie et prône des baisses d’impôts massives financées par un État plus léger, ou encore l’avènement d’un « contrat unique » qui, cependant, serait plus souple que l’actuel CDI et s’accompagnerait d’une indemnité chômage plus progressive. Un penchant très libéral donc, qui dissimule pourtant quelques réticences sociétales : opposé au mariage homosexuel, Ciudadanos propose dans son programme d’autoriser l’IVG dans les 12 premières semaines de grossesses, contre 14 semaines actuellement. Certains observateurs s’inquiète même d’un « espagnolisme » de « C’s », qui, derrière sa politique de fermeté vis-à-vis de l’immigration et son monarchisme assumé, frôle parfois le nationalisme. 

 

Dernière màj le 8 décembre 2016