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Esclavage moderne : l’Australie met les grandes entreprises face à leurs responsabilités

Pays : Australie

Tags : moderne Sklaverei, Australien, Gesetzesvorlage, Landwirtschaft

La première loi fédérale australienne sur l’esclavage moderne, la "Modern Slavery bill 2018", a été votée par le Parlement le 29 novembre. Ce texte a pour but de faire avancer la lutte contre les nouvelles formes d'exploitation de l'homme par l'homme, en forçant les grandes entreprises nationales et multinationales à lever le voile sur les conditions de travail au sein de leurs établissements.

Pourquoi une loi contre l’esclavage moderne ?

La Déclaration universelle des droits de l’Homme en atteste : l’esclavage et le commerce d’esclaves sous quelque forme que ce soit sont interdits. À l’heure actuelle, plus aucun État ne légitime juridiquement l’esclavage. Malgré tout, on trouve partout dans le monde des formes illégales d’exploitation de l’homme par l’homme.

L’ONG Walk Free Foundation considère que 45,8 millions de personnes dans le monde sont touchées par l’esclavage moderne.

Selon un reportage publié dans l’édition australienne du quotidien The Guardian, environ 4 000 personnes travaillent dans des conditions s’apparentant à de l’esclavage en Australie. Parmi les secteurs concernés : l’agriculture, la pêche, la prostitution et l’industrie minière.

 

Que prévoit cette loi ?

Le texte de loi prévoit d’obliger les entreprises nationales et multinationales à déclarer les risques d’esclavage moderne que présentent leurs activités. Cela concerne quelque 3 000 grandes sociétés, dont le chiffre d’affaires dépasse les 100 millions de dollars australiens. Ce dispositif devrait permettre de collecter des données sur les diverses pratiques d’esclavage moderne : traite des êtres humains, travail forcé, prostitution forcée.

C’est le sénateur libéral Alex Hawke qui est à l’origine de cette offensive. Son projet de loi s’inspire de la loi sur l’esclavage moderne, la "Modern Slavery Act" adoptée par le Royaume-Uni en 2015.

 

Comment cette loi est-elle reçue ?

Cela faisait déjà plusieurs années que des organisations de défense des droits humains et des acteurs de la société civile en faisaient une priorité absolue. Elle fait aussi l’objet de critiques, notamment parce qu’elle ne prévoit pas de sanctions pour les entreprises fautives, ou encore parce que le texte pris dans son ensemble est jugé trop laxiste.

 

Qu’est-ce que « l’esclavage moderne » ?

Si la notion d’“esclavage moderne” recouvre une réalité protéiforme, l’ONG. Walk Free Foundation s’est efforcée de la circonscrire : selon elle, l’esclavage moderne comprend la traite d’êtres humains, le travail forcé, la servitude pour dettes, le mariage forcé et les formes extrêmes de travail des enfants, sa forme la plus répandue étant le travail forcé au sein du secteur privé.

En 2007, le Conseil des droits de l’Homme de l’ONU nommait pour la première fois une rapporteuse spéciale chargée de la lutte contre les formes contemporaines d’esclavage. Actuellement, ce poste est occupé par l’avocate des droits de l’Homme sud-africaine Urmila Bhoola. Cette dernière visite l’Italie en ce mois d’octobre 2018, notamment dans le but de convaincre le gouvernement italien d’adopter des lois qui ouvriraient la voie à une reconnaissance officielle de l’exploitation au travail.

 

Sept exemples d’esclavage moderne

L’esclavage moderne ne touche pas que les pays en développement. Dans la majorité des cas, les dérives sont inhérentes au système économique mondial et à la prospérité des pays industrialisés.

 

Comment lutter contre l’esclavage moderne ?

Selon une étude de la Confédération syndicale internationale (2017), la chaîne d’approvisionnement des entreprises des secteurs de l’industrie et des services doit devenir plus transparente afin que les poursuites engagées pour toute faute ayant trait à une forme d’exploitation puissent se traduire par des sanctions.

Le préalable indispensable à toute lutte contre l’esclavage moderne est la volonté politique. Les gouvernements devraient fixer des règles claires aux entreprises et user de leurs législations respectives pour mettre fin à l’esclavage moderne.

Lors du débat politique concernant la “Modern Slavery Bill 2018” en Australie, il y a bien eu consensus au Parlement, mais l’adoption de cette loi n’a pas fait l’unanimité parmi les entreprises concernées. Ainsi, la multinationale Nestlé (groupe suisse) a clairement essayé de faire capoter le projet de loi. Selon un article du Sydney Morning Herald, elle a mis en garde les sénateurs, arguant que la lutte contre l’esclavage moderne frapperait les consommateurs au porte-monnaie et que les obligations de déclaration pour les entreprises et les fournisseurs pourraient s’accompagner d’une hausse des coûts et d’une perte de temps.

L’exemple australien met en lumière les obstacles auxquels cette lutte est confrontée, mais aussi le lien honteux qui unit le système économique mondial et l’esclavage moderne.