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Angela Merkel victorieuse, mais affaiblie

Pays : Allemagne

Tags : Législatives

Les conservateurs allemands ont remporté les élections législatives de dimanche avec 33% des voix, mais l'entrée historique de la droite nationaliste et populiste (12,6% des suffrages) à la chambre des députés vient sérieusement ternir le résultat d'Angela Merkel. La chancelière l'a reconnu elle-même : le score de son parti conservateur est "décevant" et elle doit à présent s'atteler à la tâche difficile de former une nouvelle majorité dans un paysage politique éclaté. Une tâche d'autant plus compliquée que le SPD de Martin Schulz (20,5% des suffrages) a d'emblée refusé de reconduire la grande coalition au pouvoir depuis 2013. Angela Merkel n'a d'autre option que de négocier une coalition avec les Verts (8,9%) et les libéraux du FDP (10,7%), qui font leur retour au Bundestag après en avoir été éjecté en 2013.

Quelle coalition autour d'Angela Merkel ?

La CDU-CSU est aussi loin de son objectif de 40%. Ce résultat associé à la percée de l'AfD promettent de compliquer les calculs d'Angela Merkel pour former une majorité. L'option la plus simple aurait été de reconduire la grande coalition avec les sociaux-démocrates, qui ont choisi de rester dans l'opposition.

Une seule possibilité reste alors: une alliance de la CDU-CSU avec le FDP et les Verts. Mais les divergences entre écologistes et libéraux sur l'avenir du diesel ou l'immigration s'annoncent très compliquées à gérer. Les tractations pourraient durer jusqu'à la fin de l'année. Et ce n'est qu'après l'officialisation d'une nouvelle majorité que Angela Merkel sera formellement désignée chancelière une quatrième fois. Les couleurs de la prochaine coalition auront une importance capitale pour une série de sujets comme les réformes de la zone euro, l'avenir de la relation transatlantique ou encore la question des sanctions imposées à la Russie.

 

La victoire en demi-teinte d'Angela Merkel

La CDU-CSU, avec seulement 33% des voix, a battu le score le plus bas historique d'Angela Merkel (33,8% en 2009). Elle devance néanmoins nettement Martin Schulz et les sociaux-démocrates du SPD (20,5%) qui enregistrent leur plus mauvais score depuis 1945. La grande surprise est le score de l'Alternative pour l'Allemagne (AfD), parti anti-immigration, qui ressort troisième avec environ 12,6% et provoque un choc pour le pays : ce parti qui tient des discours anti-immigrants, anti-islam, anti-euro et révisionnistes fait une entrée en force à la chambre des députés.

Alors qu'il avait échoué aux portes du Bundestag en 2013, il devance désormais la gauche radicale Die Linke (9,2%), les libéraux du FDP aux alentours de 10,7% et les Verts (8,9%).  

 

Un quart des électeurs s'est tourné vers les extrêmes

"Propaganda 4.0", le livre qui décortique l’AfD

Thème de prédilection de l'AfD : accuser la chancelière de "trahison" pour avoir ouvert le pays en 2015 à des centaines de milliers de demandeurs d'asile majoritairement musulmans. La chancelière va devoir s'expliquer de cette percée devant les siens, ses alliés bavarois de la CSU et la frange la plus conservatrice de la CDU l'ayant appelée à maintes reprises à écouter ses électeurs les plus à droite, excédés par son cap jugé trop centriste. 

L'AfD a grignoté des points en fin de campagne malgré une radicalisation de son discours et un appel à être fiers des actes des soldats allemands durant la Deuxième guerre mondiale. Du jamais-vu dans un pays dont l'identité d'après-guerre repose sur la lutte contre les extrêmes, la quête du compromis et la repentance pour les crimes du IIIe Reich.
Illustration du séisme, le ministre des Affaires étrangères Sigmar Gabriel a estimé juste avant le scrutin que l'entrée de l'AfD au Bundestag marquerait le retour des Nazis "pour la première fois depuis plus de 70 ans".

Par ailleurs, cette percée nationaliste et les 9% enregistrés par Die Linke signifient que près d'un quart des électeurs ont choisi les extrêmes. Ce phénomène, bien connu en Europe, avait jusqu'ici épargné l'Allemagne.  

 

Martin Schulz, le grand perdant
Martin Schulz, du leader au rival

Le grand perdant de la soirée est sans conteste l'ex-président du Parlement européen Martin Schulz qui a conduit son camp social-démocrate à une quatrième défaite d'affilée face à l'insubmersible chancelière.  Incapable d'incarner le changement, le SPD qui gouverne avec Mme Merkel depuis 2013, n'a pas su rassembler avec une campagne axée sur la justice sociale dans un pays en pleine croissance, avec un chômage au plus bas.

Avec un score historiquement bas pour le SPD dans l'histoire d'après-guerre, l'avenir de M. Schulz à la tête du SPD est en question, lui qui avait été accueilli comme l'homme providentiel en début d'année.

 

Les résultats définitifs (source : ARD)

 

Retrouvez le suivi du scrutin en direct avec les équipes de l’AFP :

 

 

Dernière màj le 26 septembre 2017