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Élections turques : trois contre Erdogan

Pays : Türkei

Tags : Erdogan, élection présidentielle, AKP

Le 24 juin, les électeurs turcs sont appelés à renouveler le Parlement et à élire leur (nouveau) président, avec près d’un an et demi d’avance sur l’échéance initialement fixée à novembre 2019. Avec ce scrutin anticipé, le chef de l'Etat Recep Tayyip Erdogan espérait prendre de court l'opposition, qui a malgré tout réussi à se mobiliser. ARTE Info fait le portrait des candidats en lice.

Recep Tayyip Erdogan (AKP)

Recep Tayyip Erdogan, président de la République de Turquie, est au pouvoir depuis quinze ans. Nommé Premier ministre en 2003, il devient président un an plus tard. Âgé de 64 ans, Erdogan est co-fondateur du Parti de la justice et du développement, l’AKP (Adalet ve Kalkınma Partisi en turc). Sa ligne politique de plus en plus autoritaire et répressive n’a cessé de diviser les Turcs. Sa présidence a fortement remodelé le paysage politique du pays, notamment depuis la tentative manqué de coup d’État de 2016. Le 16 avril 2017, un référendum constitutionnel a approuvé à une courte majorité le passage progressif à un régime présidentiel.

Mais l’essor économique dont a bénéficié la Turquie depuis l’arrivée d’Erdogan au pouvoir s'essouffle et de nombreux électeurs pourraient se détourner de lui. La plupart des sondages le créditent d’environ 45% des suffrages au premier tour. C’est loin de la majorité absolue espérée, et le dirigeant sera vraisemblablement contraint à un second tour.
 

Muharrem Ince (CHP)

Muharrem Ince, 54 ans, est le candidat de la formation sociale-démocrate CHP, le Parti républicain du peuple (Cumhuriyet Halk Partisi). Créé en 1923 par Mustafa Kemal Atatürk, fondateur de la République de Turquie, le CHP est le plus ancien parti du pays. Depuis les élections de 2002, il représente également le plus important groupe d’opposition au Parlement. La désignation de M. Ince par le CHP a surpris les observateurs. Proche du peuple, le candidat est considéré comme l’opposant le virulent d’Erdogan. Durant sa campagne électorale, il a annoncé vouloir abolir le régime présidentiel et revenir à la démocratie parlementaire. Il promet aussi d’augmenter le salaire minimum et de rendre son indépendance à la justice.

Les sondages d’opinion lui attribuent 30 % des suffrages, un chiffre encourageant. Sa popularité reste cependant nettement inférieure à celle d’Erdogan.

 

Meral Akşener (Bon parti)

Meral Akşener, ancienne ministre de l’Intérieur, est la seule femme en lice. À 61 ans, elle représente la formation nationaliste et laïque du Bon parti (Iyi Parti ou IYI), qu’elle a fondée en octobre 2017, après un différend avec la direction du Parti d’action nationaliste du MHP. Pour de nombreux électeurs, elle reste néanmoins associée à l’extrême droite et rien ne dit qu’elle saura convaincre les électeurs plus modérés. Comme M. Ince, elle prône le retour au régime parlementaire. Elle promet de renforcer l’État de droit, de défendre la liberté d’expression et de libérer les journalistes emprisonnés.

Selon les sondages, elle recueillerait près de 15 % des suffrages.

 

Selahattin Demirtas (HDP)

Selahattin Demirtas, 45 ans, ancien militant des droits de l’Homme, défendra les couleurs du Parti démocratique des peuples, le HDP (Halkların Demokratik Partisi). Le HDP, à gauche de l’échiquier politique, s’investit dans la défense des minorités et notamment celle des Kurdes. Seul problème : Selahattin Demirtas est en prison depuis novembre 2016 pour avoir prétendument soutenu la guérilla du PKK, considérée comme terroriste en Turquie. Comme lui, des milliers de membres et de fonctionnaires du HDP sont aujourd’hui derrière les barreaux et l’AKP reproche régulièrement au HDP de soutenir le terrorisme. En 2015, lors des dernières élections parlementaires, Selahattin Demirtas était parvenu à faire entrer son parti au Parlement pour la première fois, et à empêcher l’AKP d’obtenir la majorité absolue.

Selon les sondages, Selahattin Demirtas dépasserait une nouvelle fois la barre fatidique des 10%. Et en cas de second tour, le report des voix du HDP pourrait être décisif.

 

Les autres candidats 

Le Parti patriotique (Vatan Partisi), formation nationaliste de gauche, sera représenté par son premier secrétaire Doğu Perinçek. Soupçonné de diriger une organisation terroriste, Doğu Perinçek a été incarcéré en 2014 avant d’être remis en liberté. Son parti est proche des mouvances populistes de droite et pro-russes, qui ont récemment émergé en Europe.

Le sixième candidat est Temel Karamollaoğlu, représentant du du Parti de la félicité (Saadet Partisi). Cette formation pro-islamique s’oppose au rapprochement avec l’Occident et à une adhésion à l'Union européenne. Elle revendique une Turquie forte sur le plan international.

Dernière màj le 22 juin 2018