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Élections sous haute tension au Nigeria

Pays : Nigéria

Tags : Goodluck, Buhari, élection présidentielle

Les Nigérians votent ce samedi 28 mars pour les élections législatives et présidentielle. Plus de 80% des 66 millions d'électeurs ont reçu leur carte personnelle d'identification, nécessaire pour s'inscrire dans les bureaux de vote. Ces élections se poursuivront dimanche 29 mars, car en raison de problèmes techniques, elles ont été suspendues, samedi matin, dans certaines zones du pays. Un scrutin par ailleurs sous tension, au moment où l'armée est en pleine offensive contre Boko Haram grâce au soutien décisif des soldats tchadiens, nigériens et camerounais. En ce premier jour d'élection, le groupe terroriste a lancé plusieurs attaques dans le Nord du pays faisant au moins 23 morts.

Jamais une élection présidentielle n'a semblé aussi serrée depuis le retour au pouvoir des civils en 1999. Le président sortant Goodluck Jonathan affronte Muhammadu Buhari, soutenu par l’union de quatre partis de l’opposition, une première. La probabilité pour le Parti au pouvoir (Parti démocratique populaire, PDP), de perdre devant le principal parti d'opposition (Le Parti du Congrès de tous les Progressistes, APC), est la plus élevée depuis le début de son leadership au Nigeria en 1999. 

 

Couvre-feu

Résultat : les autorités craignent les débordements. Les frontières maritimes et terrestres ont été fermées, et la police a annoncé l’interdiction aux véhicules de circuler le jour du vote. Mardi, la police a diffusé un communiqué annonçant l'entrée en vigueur du couvre feu samedi matin à 8h, jusqu'à 17h. Mercredi, Olusegun Obasanjo ((président de 1999 à 2007), a mis en garde contre toute tentative de coup d’Etat militaire, une habitude dans le pays qui a connu une succession de putschs et 28 ans de dictature militaire après son indépendance. L’ancien président sait de quoi il parle : il est lui-même général, et l’unique militaire à avoir rendu le pouvoir aux civils dans l’histoire du Nigeria.

 

Élection repoussée

Dans cette atmosphère de suspicion, certains observateurs s’inquiètent de la capacité du perdant à accepter la proclamation des résultats. Beaucoup ont encore en souvenir le millier de morts provoqué par la victoire de Goodluck Jonathan sur Muhammadu Buhari, déjà opposés en 2011. Au début de la campagne de 2015, une soixantaine de personnes ont déjà été tuées, avant que l'élection ne soit repoussée. De nombreux Nigérians en tout cas, sont persuadés que les votes seront manipulés et craignent une flambée de violences. 

 

Chute du pétrole

L'insécurité nationale, mais aussi l'économie et le défi de la corruption auraient dû dominer les débats, mais ces questions ont été reléguées au second plan face aux trivialités remontées à la surface au cours des dernières semaines. Pourtant, l'insécurité est là et l'économie est toujours en état critique. La chute des prix du pétrole a pris au dépourvu le Nigeria. Le Naira continue son plongeon face au dollar américain, les taux d'intérêt sont plus élevés que jamais. A mesure que la manne du pétrole se réduit comme une peau de chagrin, la diversification économique est plus attendue que jamais. Faut-il encore que les candidats s'en aperçoivent.

 

Dernière màj le 8 décembre 2016