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Elections régionales : le Front national en tête dans six régions

Pays : France

Tags : élections régionales, Attentats de Paris, enjeux

La France se réveille lundi sous "le choc" de la percée historique du Front national au premier tour des régionales, le FN arrivant en tête dans six régions et le PS se retirant en Nord-Pas-de-Calais-Picardie et Paca tout en se divisant sur le cas de l'Alsace-Champagne-Ardenne-Lorraine. 

Dans une France encore traumatisée par les attentats, le parti de Marine Le Pen a capté environ 28% des suffrages et s'est revendiqué "premier parti de France", devançant la droite (27%) et le PS (23,5%), selon les dernières estimations du ministère de l'Intérieur.

Les listes FN, qui ont battu les précédents records des européennes et départementales, arrivent en tête dans six des 13 nouvelles régions: Nord-Pas-de-Calais-Picardie, Provence-Alpes-Côte d'Azur, Alsace-Lorraine-Champagne-Ardenne, Midi-Pyrénées-Languedoc-Roussillon, Bourgogne-Franche-Comté, Centre. En dépassant les 6 millions de voix, elles s'approchent du record de Marine Le Pen (6,4 millions de voix à la présidentielle de 2012).

Moins marqué qu'au premier tour du scrutin de 2010, le taux d'abstention atteint presque 50% à l'échelle nationale, selon le ministère de l'intérieur.

Résultats, sondages, comparaison région par région

Les enjeux du scrutin

Après les attentats, la campagne bouleversée

À quoi servent les régions en France ?

Des super-régions, inspirées du modèle allemand

Une nouvelle carte de France au 1er janvier

Un échelon "éloigné de la population"

Dans chaque région, comparez les résultats du premier tour avec ceux du second tour des élections de 2010

 

 

Les enjeux des élections

Depuis 2004, la gauche est largement majoritaire dans les régions métropolitaines, sauf en Corse et en Alsace. Pourtant selon les sondages réalisés avant le premier tour, le Parti socialiste n’obtenait que quatre régions situées à l’ouest. La droite, qui a déjà remporté la majorité des départements aux élections de mars, remportait cinq régions, tandis que le Front national sortait vainqueur au Nord-Pas-de-Calais-Picardie et en région Paca. Les résultats du premier tour confirment la tendance, malgré les tentatives des partis de convaincre les électeurs.

50%

C'est le taux d'abstention au premier tour des régionales de 2015.

 

Renforcé depuis les attentats, le Front national se présente comme le parti dont les mises en garde n’ont pas été écoutées. Sa position anti-européenne, contre l’immigration et pour un renforcement de la sécurité, séduit de nombreux électeurs. Après une percée lors des élections européennes de 2014 puis des départementales de mars, le parti a retenu la leçon de l’après-Charlie. Lui qui s’était retrouvé exclu de l’union nationale après les attentats de janvier joue cette fois-ci la carte de la prudence avec la consigne d’éviter la surenchère. Avec 28% des suffrages, il remporte six régions sur les treize à l'issue du premier tour et s'impose comme le "premier parti de France".

Absent de la campagne et concentré sur les enjeux nationaux, le Parti socialiste apparait comme le grand perdant du 6 décembre, avec 23,5% des voix. Pour minimiser son revers, il avait pourtant misé sur la nationalisation des enjeux et l’unité retrouvée du parti, renforcé par le regain de popularité de François Hollande après les attentats. D'après un sondage Odoxa, 73% des Français ont trouvé que le président de la République s'est montré à la hauteur face à la tragédie.

Pour les partis, les régionales sont comme un galop d'essai avant les présidentielles."

Romain Pasquier - politologue

Entre les deux, la droite parvient à se hisser comme la deuxième force au niveau national, avec 27% des voix. La campagne avait pourtant mal débuté : la décision de Nicolas Sarkozy de supprimer des postes de policiers pendant son mandat a été vivement critiquée par ses adversaires. L'image de débacle offerte par certains députés républicains, accueillant par des sifflements le discours de François Hollande à l'Assemblée nationale, aurait pu coûter cher au parti.

Mais l’ennemi commun à tous les partis reste l’abstention. Selon le ministère de l'Intérieur, 50% des électeurs ne se sont pas déplacés aux urnes le 6 décembre. Un résultat à peine inférieur qu'aux élections de 2010, marquées par 53,7% d'abstentions au premier tour et 48,8% au second. Dernier scrutin avant les élections présidentielles de 2017, les régionales marquent une étape significative pour les partis politiques. Pour Romain Pasquier, directeur de recherche au CNRS et professeur à l’Institut d’études politiques de Rennes, “elles agissent comme un galop d’essai, permettant aux partis politiques de mesurer leur popularité avant les présidentielles”.

 

 

Après les attentats, la campagne bouleversée

L’onde de choc des attentats s’est propagée jusque dans la campagne des régionales. Alors que Manuel Valls et François Hollande ont affirmé que les attaques n’auraient aucun impact sur la tenue et la date du scrutin, les principaux leaders politiques ont suspendu leurs meetings : les deux rassemblements auxquels le premier ministre devait participer la semaine suivante pour soutenir le parti socialiste ont été annulés et la réunion des écologistes prévue le 17 novembre à Paris s’est transformée en soirée d’hommage aux victimes.

La campagne officielle a timidement débuté le 23 novembre, à l’exception du parti socialiste qui a attendu l’hommage national rendu aux 130 victimes quatre jours plus tard pour démarrer la sienne. Pour tous, la consigne est la même : privilégier les rencontres citoyennes aux réunions publiques, afin de rassurer les électeurs. Pris de court, la plupart des candidats n’ont pas eu le temps de modifier leurs affiches ou leurs tracts. Ils montrent des visages souriants et des programmes déconnectés de l’actualité. L'état d'urgence, en vigueur jusqu’en février, devrait amplifier encore le climat de tension, avec un renforcement de la sécurité dans les bureaux de vote le jour du scrutin.

Conséquence des événements : la campagne est presque terminée avant même d’avoir commencé. Exit la Conférence sur le climat ou la crise économique. Une grande partie des questions régionales sont évacuées au profit d'une hyper-nationalisation des débats, notamment sur les enjeux de sécurité qui ne relèvent pas des compétences régionales mais de l’État : police, contrôles d’identité, immigration... Dans la région Nord-Pas-de-Calais-Picardie, le Front national a promis qu’en cas de victoire, “le parti stoppera les financements encourageant l'immigration clandestine". Mais il oublie que tout ce qui concerne l’accueil des réfugiés dépend en grande partie de l’État.

 

 

À quoi servent les régions en France ?

Contrairement à l’Allemagne ou à l’Espagne, les régions en France ont peu de pouvoir face à l'État. Pourtant, elles n'ont cessé de monter en puissance depuis plus de trente ans grâce aux lois de décentralisation. Elles sont notamment compétentes dans le domaine du développement économique, des transports, de l’aménagement du territoire, de l’éducation et de la formation professionnelle. Aujourd’hui cheffes de file en matière de développement durable, elles interviennent aussi dans la culture, le sport et le tourisme.

Deux lois concernant la taille et le rôle des régions ont été votées en 2015. Celle du 7 août, baptisée loi NOTRe, a renforcé le pouvoir des régions : elles disposent désormais d'une compétence exclusive en matière d'aides aux entreprises et récupèrent la gestion des transports scolaires, qui incombait jusqu’à présent aux départements. La réforme supprime en revanche la clause de compétence générale des régions qui leur permettait d'intervenir dans n'importe quel domaine, y compris ceux qui ne relevaient pas de leur responsabilité.

 

Les régions, plus jeunes que les autres échelons
- 1789 : la commune devient l’échelon administratif de base
- 1790 : la France est divisée en 83 départements
- 1964 : création des régions dirigées par un préfet représentant l’État
- 1982 : la région devient une collectivité territoriale, sur le modèle des communes et des départements
- 1986 : premières élections régionales au suffrage universel direct
- 2004 : la loi Raffarin renforce l’autonomie des régions
- 27 janvier 2014 : la première loi de l’acte III de décentralisation affirme le rôle des métropoles.
- 16 janvier 2015 : une deuxième loi dessine une nouvelle carte des régions
- 7 août 2015 : la loi NOTRe augmente les compétences des régions tout en conservant les départements.

 

 

Des super-régions, inspirées du modèle allemand

Avec la réforme, le législateur institue une forme de hiérarchie des collectivités territoriales. Dans les domaines concernant la gestion des déchets, l’aménagement du territoire, le tourisme ou le développement durable, les régions rédigent une feuille de route, à laquelle les autres échelons tels que les communes et les départements doivent désormais se soumettre. C’est la première fois que les régions ont ce pouvoir normatif, car jusqu’à présent seul l’État pouvait imposer des règles.

Le système français se rapproche ainsi du modèle allemand, où les Länder sont au-dessus des autres échelons. Mais leurs domaines de compétences sont bien plus étendus qu’en France. Dotés d’une Constitution, d’un gouvernement et d’une cour constitutionnelle, les seize Länder voient leurs actions listées dans la Loi fondamentale allemande. Ils sont chargés de la sécurité, de l'éducation, de l'enseignement supérieur, de l'administration et de la gestion des communes. Ils peuvent utiliser leur pouvoir législatif, contrairement aux régions françaises dépourvues de pouvoir réglementaire et soumises au législateur national.

 

 

Une nouvelle carte de France au 1er janvier

L’autre loi votée en janvier modifie la taille des régions. Dès le début de l’année 2016, la France ne comptera plus que quinze régions dont treize en métropole, contre vingt-six actuellement. Si certaines comme la Bretagne, le Centre ou l'Île-de-France vont rester identiques, d’autres vont fusionner, formant des territoires géants, dignes des Länder allemands. Ainsi, l'Aquitaine-Limousin-Poitou-Charentes sera deux fois plus grande que les Pays-Bas tandis que l’Alsace-Lorraine-Champagne-Ardenne sera presque trois fois plus vaste que la Rhénanie-Palatinat. Plus hétérogènes qu'en France, certains Länder allemands ont fusionné, comme le Bade-Wurtemberg, né en 1952 de la fusion du Bade et du Wurtemberg.

Principal objectif de la réforme : réduire les dépenses publiques mais aussi atténuer les disparités démographiques et économiques entre régions. Les territoires où le vieillissement est le plus marqué fusionnent avec d’autres où les populations sont moins âgées : l’Auvergne avec la région Rhône-Alpes, l’Aquitaine avec le Limousin et le Poitou-Charentes. En s’associant, les régions mettent en commun leur PIB mais aussi leurs dettes. Certaines comme la Picardie voient leur dette par habitant augmenter de 30% avec la fusion.

 

Les nouvelles régions, colosses aux pieds d’argile

Si la réforme prévoit de renforcer les compétences des régions, leur budget, lui, reste identique. Selon le politologue Romain Pasquier, l’autonomie fiscale dont les régions bénéficient depuis 2010 tend à diminuer au profit de dotations de l’État : alors qu’elles finançaient elles-mêmes 40% de leur budget en 2010, elles n’y contribuent aujourd’hui qu’à hauteur de 10% par le biais des taxes et impôts. La loi de finance 2016 prévoit d’augmenter leur marge de manœuvre fiscale en leur confiant une part de la cotisation sur la valeur ajoutée aux entreprises mais l’Association des régions de France (ARF) estime que les budgets votés pour 2016 ne permettront pas de couvrir l’ensemble des nouvelles dépenses introduites par la réforme, en particulier celles concernant les aides aux entreprises que les départements ne supporteront plus. Comparé aux Länder allemands, le budget des régions françaises est très faible. Il représente moins de 2% du PIB national, contre 12% en Allemagne, selon les chiffres de l’ARF.

 

 

Un échelon "éloigné de la population"

La nouvelle carte a été dessinée sur un coin de table sans consultation."

Romain Pasquier - politologue

La réforme de 2015 s’inscrit dans un vaste programme de décentralisation censé transférer des compétences nationales aux échelons locaux. Mais dans la pratique, les initiatives sont prises depuis Paris et avec les nouvelles régions, l’écart entre les politiques et la population risque encore de se creuser. Comme le souligne Romain Pasquier, “la carte des régions a été dessinée sur un coin de table dans le bureau du président de la République et les populations n'ont pas été consultées”.

L'une des solutions pour éviter l’éloignement entre l'élu et les citoyens consiste à renforcer le rôle des départements. Mais cette superposition d’échelons risque d’alourdir le coût de la réforme. “Il faudra coordonner les actions, organiser les déplacements et homogénéiser les salaires des fonctionnaires entre les régions qui fusionnent, en retenant bien entendu le salaire le plus élevé des deux”, explique le politologue.

1757 conseillers au 1er janvier

Les 6 et 13 décembre, les électeurs élisent les conseillers des treize régions métropolitaines, auxquelles s’ajoutent la Réunion et la Guadeloupe. Les électeurs de Guyane et Martinique sont eux aussi appelés aux urnes afin d'élire leurs représentants aux nouvelles collectivités territoriales uniques. En temps normal, le scrutin a lieu en mars, en même temps que les élections départementales mais la réforme a bouleversé le calendrier de manière à coïncider avec l’institution des nouvelles régions en janvier. Le nombre d’élus ne diminue pas pour autant : comme lors des précédentes élections régionales de 2010, les 1 757 conseillers régionaux sont élus pour un mandat de six ans et siégeront dans les nouvelles régions à compter du 1er janvier 2016.

Dernière màj le 8 décembre 2016