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Elections fédérales suisses : les conservateurs grands gagnants

Pays : Suisse

Tags : Élections fédérales, Réfugiés, union européenne

La droite populiste suisse, l'UDC, résolument anti-immigration et anti-Union européenne, a enregistré dimanche 18 octobre une progression spectaculaire aux élections législatives, qui la conforte comme premier parti de la Confédération helvétique. Elle obtient près d'un tiers des sièges du Conseil national, selon les résultats définitifs.

L'Union démocratique du centre gagne onze élus, avec au total soixante-cinq représentants sur les deux cents de la chambre basse du parlement. Elle fait mieux que son meilleur score de 2007 (soixante-deux élus). Dans une projection, la télévision publique RTS estime le score en voix de l'UDC à 29,5%, son plus haut niveau historique (28,9% de 2007) et du jamais vu pour un parti suisse. Le décalage entre le score en voix et en députés s'explique par un système complexe de proportionnelle où les électeurs peuvent rayer des noms sur la liste des partis, panacher des candidats, et par des alliances locales entre partis.

L’illusion d’un monde parfait - ARTE Info à propos des clés du scrutin

Alors que l’Europe est confrontée à plusieurs problèmes simultanément, les politiques suisses sont engagés dans une campagne électorale plate, où il s’agit d’esquiver les sujets sérieux. Les candidats se concentrent sur des questions d’ordre régional et sur la pérennisation de la prospérité. Et déploient une énergie considérable pour paraître d’humeur joyeuse. Tour d’horizon des thèmes de campagne des élections fédérales suisses.

L’économie suisse se porte bien. Le taux de chômage est constant, aux alentours des trois pour cent. La Suisse n’est que peu touchée par l’afflux massif de réfugiés que connaît aujourd‘hui l’Allemagne. Si tous les partis en campagne ont conscience du fait que la Confédération ne pourra pas s’abstenir de trouver des solutions à cette problématique, ils préfèrent pour l’heure l’éluder et entretenir l’illusion d’une Suisse idyllique. Unanimes, tous déclarent que leur objectif suprême est de préserver la prospérité actuelle. Exemple avec le clip musical du parti populiste de droite UDC (Union démocratique du Centre) : 

La Suisse et les réfugiés

Selon l’Institut de sondages électoraux de la radio-télévision helvétique, les Suisses sont préoccupés en priorité par l’afflux de réfugiés et le droit d’asile. La réponse des différents partis à ces sujets ? A part le parti de droite populiste UDC clairement opposé à l’accueil des réfugiés, tous se focalisent sur la distinction entre "vrais" et "faux" réfugiés -à savoir réfugiés politiques contre réfugiés économiques. Sans pour autant proposer de nouvelles alternatives en matière de politique d’asile. Tous les partis s’accordent pour mettre en pratique les résultats du référendum de février 2014 "contre l’immigration de masse" qui prévoit le retour des quotas pour les immigrés selon les besoins en main d'oeuvre du pays. Le manque de divergences des partis sur la question s’explique par le fait que la démocratie directe ne peut être remise en question. En septembre, l’armée suisse a déjà procédé à des manœuvres en conditions réelles pour protéger efficacement les frontières en cas de crise grave. 

La Suisse et l‘Europe

Le référendum sur l’immigration de masse a également des incidences sur les relations avec l’Union européenne. Depuis ce scrutin, les membres du Conseil fédéral essaient à la fois de faire appliquer la décision et de maintenir les accords bilatéraux de coopération économique et culturelle avec l’UE. 

A commencer par l’accord en vigueur sur la libre circulation des personnes à l’intérieur de l‘UE qui profite largement à la Suisse. Or celui-ci est incompatible avec le dispositif de quotas de réfugiés prévu par le référendum.

Durant cette campagne, les partis du centre et de gauche reconnaissent à l’unisson que ces accords bilatéraux sont vitaux pour que la Suisse conserve son rôle au plan économique, culturel et éducatif. Mais des propositions et suggestions concrètes font défaut et le dilemme reste entier, les partis préférant ne pas s’opposer à la voix des urnes. Même le parti PLR (Libéraux-Radicaux), habituellement loquace sur les questions économiques, renonce à s’engager, préférant rester vague voire muet. Parallèlement les populistes de droite minimisent lesdits accords et partent du principe que la Suisse est en mesure de déterminer seule les traités susceptibles d’apporter richesse et bonheur au pays.   

La Suisse et la transition énergétique 

Il y a quelques jours, le quotidien zurichois Zürcher Tagesanzeiger a révélé l’état alarmant de la centrale nucléaire de Beznau.

La transition énergétique aurait pu être un véritable thème de campagne : il y a quatre ans, sous le choc de la catastrophe de Fukushima, la presque totalité des partis était pour la sortie du nucléaire. Aujourd’hui, les Verts sont bien seuls avec cet objectif. Les questions d’environnement ne suscitent plus vraiment l’intérêt de l’opinion publique, selon les résultats des sondages de l’institut de sondage gfs.bern.

Seule exception : le Parti démocrate-chrétien (PDC) qui s’intéresse aux énergies renouvelables. Mais, lorsqu’il s’agit d’envisager des mesures concrètes, il devient muet. Le parti libéral-radical (PLR) et l’Union démocratique du centre (UDC) veulent par contre faire machine arrière sur la question de la transition énergétique. 

Se faire remarquer avant toute chose

La campagne électorale est tapageuse et se veut surtout divertissante avec des éléments de culture pop. Le premier sujet de discussion en Suisse est la façon dont la campagne électorale est menée. Le quotidien Neue Zürcher Zeitung constate une "américanisation croissante". Symbole de ce phénomène : le clip vidéo du parti UDC. Ces images évoquent une Suisse idyllique, avec des responsables politiques qui se mettent en scène entourés de danseuses. 

Encore plus fort, l’UDC a récemment acheté la page de couverture du journal gratuit 20 minutes pour mettre en exergue sa campagne pop. Cette opération a provoqué une opération de financement participatif (crowdfunding) très remarquée : "Mir langets" (j’en ai ras-le-bol). Lancée sur Internet par un étudiant en colère, elle dénonce une campagne électorale vide de sens. Son projet lui a permis de collecter 140 000 francs suisses avec lesquels il a acheté le 14 octobre une double page dans 20 minutes pour publier les noms des donateurs

Le système électoral suisse
Le 18 octobre, les citoyens suisses sont appelés à élire pour une législature de quatre ans leur nouveau Parlement - ou plutôt l‘Assemblée fédérale - qui se compose du Conseil national et du Conseil des États. Les électeurs peuvent voter soit pour des listes établies par les différents partis, soit pour des listes résultant d’un panachage personnel de différents partis. Il est aussi possible de cocher deux fois le nom d’un ou de plusieurs candidats. En décembre, l’Assemblée fédérale élira à son tour le Conseil fédéral. Ce dernier est composé sur une base proportionnelle en fonction du nombre de voix obtenus par les divers partis ( il est actuellement représenté par 2 PLR, 2 PSS, 1 UDC, 1 PDC, 1 BPD).

Dernière màj le 8 décembre 2016