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Élections en République tchèque: la zone euro et le "Tchexit"

Pays : République Tchèque

Tags : République Tchèque, élections présidentielles, Politique, Europe, union européenne

Le scrutin présidentiel de vendredi et samedi en République tchèque s'annonce très serré. Milos Zeman, président sortant, devra-t-il céder sa place au nouveau venu en politique qu'est Jiri Drahos ? L'enjeu est de taille pour le pays, car l'issue de cette élection décidera aussi de son attitude future vis-à-vis de l'Union européenne, entre position de repli et ouverture.

 

Lors du premier tour, Milos Zeman faisait figure de favori, mais l'écart s'est nettement réduit depuis : les tout derniers sondages le placent au coude-à-coude avec son adversaire, Jiri Drahos. L'électorat de Zeman est essentiellement rural, tandis que la population instruite des grandes villes votera plutôt pour Drahos.

 

Dix pour cent des Tchèques demeurent toutefois indécis, et ce sont les voix de ces électeurs qui feront pencher la balance dans un sens ou dans l'autre. "Zeman s'efforce désormais de les séduire", explique Milan Nic, spécialiste de l'Europe centrale et orientale au sein de la Société allemande de politique étrangère. Si lors du premier tour Zeman avait évité tout affrontement direct avec son opposant, il a déclenché les hostilités lors d'une violente prise de bec télévisuelle avec Drahos à quelques jours seulement de l'élection.

 

"Zeman mène une campagne agressive. Il se présente comme le seul candidat à même de protéger la République tchèque du danger de l'immigration.

Milan Nic

"Zeman mène une campagne agressive. Il se présente comme le seul candidat à même de protéger la République tchèque du danger de l'immigration",  selon Nic.

 

Il accuse son adversaire d'avoir une attitude trop bienveillante sur la question des migrants. Et pourtant, Drahos rejette lui aussi les quotas de répartition entre pays prônés par l'UE, estimant qu'il s'agit là d'une "stratégie inconsidérée et médiocre".

 

Des positions contraires vis-à-vis de l'UE

 

En dehors de la question des réfugiés, les deux candidats se distinguent dans leur rapport à l'UE. Drahos souhaite renforcer les liens avec l'ouest. Il fait campagne pour l'entrée dans la zone euro, alors que cette idée n'a jusqu'ici recueilli que peu de soutien dans le pays. Inversement, Zeman est connu pour ses critiques très virulentes envers l'UE et souhaite organiser un référendum pour décider si le pays reste dans l'Union, ou si l'heure du Tchexit a sonné.

 

"Une victoire de Drahos pourrait dissiper la crainte de voir les courants populistes prendre de l'ampleur.""

Milan Nic

Le président sortant, lui, a les yeux tournés vers l'est : proche de Poutine, il est le seul dirigeant européen à s'être ouvertement opposé aux sanctions envers la Russie. Selon l'issue du vote, le message envoyé aux autres États-membres sera tout à fait différent.

 

"Une victoire de Drahos pourrait dissiper la crainte de voir les courants populistes prendre de l'ampleur. La République tchèque pourrait alors faire entendre une voix différente et plus nuancée au sein des pays du groupe de Visegrad", juge Nic.

Un vent nouveau pour la démocratie tchèque

 

Selon une enquête, seuls 12% des Tchèques font confiance à leurs représentants politiques. Pour les déçus du système démocratique actuel, Drahos est porteur d'espoir. À 68 ans, ce novice en politique s'est toutefois fait un nom en tant que professeur de chimie et président de l'Académie des sciences tchèque.

 

Il tente de gagner la confiance des électeurs en mettant en avant son parcours : les sciences lui auraient appris à respecter les faits et à ne faire que des promesses qu'il puisse tenir. Et même si ses détracteurs lui reprochent d'être transparent et insipide, sa modestie et sa sobriété offrent, pour beaucoup, un contraste bienvenu avec le mode de gouvernance appliqué par Zeman.

 

Âgé de 73 ans, le vieux routier de la politique encourage quant à lui la haine des migrants, attise la peur des musulmans, compare l'ancien dirigeant palestinien Yasser Arafat à Hitler et l'UE au pacte de Varsovie. Avec ses déclarations virulentes il contribue à polariser l'opinion tchèque. Drahoset sa posture non partisane, en revanche, pourraient contenir la poussée populiste à la manière du président slovaque Andrej Kiska, avance Nic.

 

Le président et le gouvernement

 

Comme c'est le cas en Allemagne, le président tchèque remplit surtout des fonctions représentatives, et n'est pas réellement responsable du pouvoir exécutif. À un détail près : c'est lui qui choisit la personne qui formera le gouvernement. C'est précisément l'enjeu de cette élection. Zeman soutient le controversé Premier ministre Andrej Babis, alors même que le gouvernement minoritaire de ce dernier a été contraint de se retirer mercredi 24 janvier après avoir perdu une motion de confiance.

 

Zeman vient pourtant de réitérer sa volonté de nommer Babis à la tête du gouvernement, ce qui laisse Drahos au pied du mur : même si ce dernier gagnait les élections face au président sortant, il n'aurait plus aucun pouvoir sur la nomination de celui qui formera le gouvernement. En effet, la constitution tchèque prévoit que le président ne puisse donner son avis sur cette nomination que deux fois, avant que le Parlement ne choisisse à son tour un chef de l'exécutif. Or, Milos Zeman a déjà joué ces deux cartes.

 

Pour le challenger de ce scrutin, Jiri Drahos, il ne reste plus qu'à espérer que Babis ne parvienne pas à former un gouvernement, ce qui entraînerait l'organisation de nouvelles élections. Autrement, il sera contraint de travailler avec lui. Dans ce contexte, l'élection présidentielle tchèque prend donc plutôt la forme d'une consultation "pour ou contre les idées anti-européennes et anti-migrants" du tandem Zeman-Babis au pouvoir. Un scrutin essentiel pour l'Europe. 

 

Dernière màj le 26 janvier 2018